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Arsenal, ton stade se meurt
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Publié 22/12/2017 à 10:51 GMT+1
PREMIER LEAGUE - Au-delà de résultats en dents de scie, la passion semble quitter Arsenal et son Emirates stadium dont l’affluence réelle et l’atmosphère déclinent année après année.
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La semaine passée, j’ai assisté à deux rencontres d’Arsenal. La première face à West Ham (0-0), au London stadium, qui n’a rien d’un stade de football, et la seconde contre Newcastle (1-0), à l’Emirates stadium, qui n’en est plus vraiment un. Au delà du spectacle sur le terrain, ennuyeux à souhait, j’ai été frappé par le nombre important de sièges laissés vides et l’absence totale d’ambiance dans l’enceinte qui a remplacé Highbury. Non pas que l’Emirates était un chaudron durant les neuf saisons que j’ai couvertes à Londres mais il savait porter son équipe dans les moments difficiles ou célébrer les grands rendez-vous. Dix ans après sa construction, l’Emirates stadium a encore tous les atouts d’un stade moderne : grand, ultra fonctionnel, confortable, trop sans doute, et silencieux, au point d’être surnommé "The Library".
Quand il ne se passe rien sur le terrain, en dehors de la reprise du gauche sublime de Mesut Özil, on a tendance à regarder ailleurs : les deux bancs de touche, les managers, les tribunes, la réaction des supporters… Devant une atmosphère totalement endormie, en dehors des quelques milliers de fans des Magpies qui donnaient de la voix, un supporter d’Arsenal s’est levé et a commencé à entonner un chant qui célèbre la rivalité - ou plutôt la haine - avec Tottenham. C’est une manière comme une autre de se réchauffer et tenter de réveiller tout le monde. Mais l’homme en question, bras écartés, levés au ciel, s’est trouvé bien seul alors qu’une poignée seulement l’avait suivi tout en restant assis sur leur siège douillet. Le supporter a jeté un regard à droite, un à gauche et, médusé par le manque d’enthousiasme des milliers de gens qui l’entouraient, s’est rassis, dépité, en hochant la tête.
De nombreux sièges vides, non comptabilisés
Cette anecdote en dit long sur l’ambiance qui règne dans ce stade et la passion qui a quitté ses supporters. Frustrés par les dernières années Wenger ? L’Emirates compte environ 45 000 season ticket holders (abonnés, dernier chiffre officiel datant de juin 2017) et affiche une affluence moyenne autour de 58 000 à 59 000. Mais le club ne communique que les… "tickets sold" soit les billets vendus qui ne reflètent pas toujours le nombre de spectateurs présents au stade puisque les abonnés sont systématiquement comptabilisés même lorsqu’ils ne viennent pas au stade. Exemple, face à Newcastle : 59 379 spectateurs annoncés ou plutôt billets vendus malgré de nombreux sièges vides. Après un rapide calcul pour chaque parcelle de tribune, on arrivait pourtant à 4 à 5000 de moins.
Il faut dire qu’Arsenal, malgré une légère baisse et malgré la relégation du club de la Ligue des Champions à l’Europa League, continue à proposer l’abonnement le plus cher en Premier League (891 £ soit 1005 euros pour le moins cher et 1768£ soit 1995 euros le plus cher). De nombreux abonnés ne viennent que très rarement aux home games, le plus souvent pour les matches qui comptent, et vendent leurs billets à des proches, des amis d’amis ou à la sauvette autour du stade les jours de match. Ça permet à un touriste lambda de venir assister à une rencontre sans avoir à s’y prendre des mois à l’avance. C’est plutôt sympa même si ce dernier ne connaît pas le moindre chant et a plutôt tendance à prendre des photos et des selfies. Ça donne des airs de salle NBA à l’Emirates. Il n’est pas le stade ainsi. On constate, à un degré moindre, la même chose à Old Trafford, l’Etihad stadium et de plus en plus à Anfield.
Après la rencontre, j’ai échangé quelques minutes en zone mixte avec Olivier Giroud qui filait au Noël des enfants des joueurs. Puis je suis parti. J’ai remonté Holloway road jusqu’au premier pub diffusant la rencontre Manchester City – Tottenham. "Réservé aux supporters d’Arsenal", m’a prévenu aussitôt l’homme de sécurité à la porte qui a fini par me laisser entrer, guère convaincu par ce qu’il venait de dire. A l’intérieur, l’ambiance était bien plus chaleureuse qu’à l’Emirates. J’ai très vite été alpagué par un fan, Chris, la trentaine, écharpe rouge et blanche autour du cou. Je lui ai expliqué que j’étais venu pour le week-end depuis Paris. Il m’a répondu qu’il avait fait la route depuis le Pays de Galles, comme pour chaque match.
"Trois heures et demie, parfois quatre, précise-t-il. Mais j’en peux plus. Tu as vu cette ambiance ? Rubbish ("pourrie !") ! Plus personne ne chante. Il n’y a plus de passion à l’Emirates." Il préfère se rendre aux matches à l’extérieur, là où les supporters chantent encore. "Ici, c’est fini, plus rien. Plus personne ne chante, sauf pour les grands matches." Je lui ai demandé quelle était la raison. "Je crois que les gens en ont marre. Les dirigeants nous prennent pour des cons. On ne voulait plus de Wenger et ils lui ont donné deux ans de contrat. Pas un mais deux ! Les gens sont frustrés, déçus. On n’est plus écoutés. J’aime ce club mais, l’année prochaine, je pense que je vendrais mon abonnement."
Combien de fois les supporters d’Arsenal ont-ils réellement vibré cette saison ? Une, deux fois ? Lors du North London derby remporté aux dépens de Tottenham (2-0) et face à Manchester United (2-3), malgré la défaite et les regrets car l’équipe à la défense d’argile était tombée sur un géant dans le but adverse, prénommé David et non Goliath. Mais, en dehors de ça, Arsenal est à l’image de ses entames de match : plat, sans flamme, sans envie. C’est triste quand on pense à ce qu’était l’ambiance à Highbury, lorsque Robert Pires vous raconte qu’il se sentait porté par les premiers rangs lors de ses chevauchées sur l’aile gauche.
Et les stars quittent le navire…
Au sein du club, la passion semble aussi s’éteindre. "C’est le bordel", m’a lâché un membre du club. Les joueurs arrivent en retard, les entraînements changent du jour au lendemain. Il n’y a ni discipline ni rigueur. A l’image du jeu proposé sur le terrain. Certains auraient aimé voir Patrick Vieira ou Thierry Henry sur le banc, au côté d’Arsène Wenger, pour préparer et assurer la succession. Mais un grand manager, resté aussi longtemps à la tête du même club, prépare-t-il vraiment la relève ? Bien au contraire. D’après vous, pourquoi Alex Ferguson a choisi David Moyes, "the Chosen One" ? Vous pensez vraiment que Sir Alex s’est dit que l’ancien manager d’Everton était taillé pour le costume ? C’était davantage une manière de montrer le vide qu’il laissait à son départ et l’importance qu’il avait à la tête de ce club depuis vingt-sept ans.
Sur la gestion de l’effectif, Arsenal est revenu cinq ans en arrière lorsque, asphyxié par le financement du stade, Wenger n’avait pas d’autres choix que de lâcher ses stars, l’une après l’autre - Fabregas, Song, Van Persie, Nasri… -, lorsque ces derniers attendaient la dernière année de contrat pour obliger le club à les vendre. En juin prochain, si ce n’est dès cet hiver, les Gunners vont perdre Mesut Özil et Alexis Sanchez, deux stars qui entrent dans les six derniers mois de leur contrat. Gestion catastrophique. Quel grand club fait ça ? Le Real Madrid ? Non. Barcelone ? Non. Le Bayern ? Non. La Juve ? Non. Il y a bien longtemps qu’Arsenal n’est plus un grand club, capable de se hisser en finale de la Ligue des Champions (2006) ou de finir un championnat invaincu (2004). Et la passion qui l’accompagnait semble, elle aussi, disparaître.
Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.
Pour approfondir le sujet, retrouvez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.
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