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West Ham, colère et pacte avec le diable

West Ham, colère et pacte avec le diable

Le 13/03/2018 à 20:55Mis à jour Le 14/03/2018 à 15:59

PREMIER LEAGUE - Deux ans après le déménagement au stade olympique et les rêves d’Europe, West Ham flirte avec la relégation et sombre dans la colère alors que ses dirigeants entretiennent des relations étroites avec d’anciens hooligans.

Le dernier week-end de football a montré tout ce qu’il y a de plus beau mais également de plus inquiétant dans ce que représente le football d’aujourd’hui : de l’hommage sublime de toute l’Italie au capitaine de la Fiorentina, Davide Astori, disparu soudainement, à la colère des supporters lillois qui ont envahi le terrain pour s’en prendre à leurs propres joueurs ou à la manifestation de mégalomanie et de dangerosité du propriétaire du PAOK en Grèce, arme à la ceinture. Et l’Angleterre, qu’on citait en parfait exemple sur des plateaux TV français, n’a pourtant pas échappé à ce regain de violence dans un football où les supporters se sentent de plus en plus délaissés, pour rester poli.

A Arsenal, le public de l’Emirates stadium qui, il y a un an, exprimait sa colère avec des pancartes "Wenger Out" et des banderoles accrochées aux avions, a laissé place à la politique du silence. Dimanche face à Watford (3-0), jamais une affiche de championnat en journée n’avait attiré aussi peu de monde dans un stade où régnaient la résignation et les sièges vides. A West Ham, quelques énergumènes ont pénétré sur la pelouse du London Stadium ou stade olympique ou toute autre dénomination qui n’a rien d’une enceinte de football après le premier but concédé par leur équipe face à Burnley (0-3).

L’un a été chassé manu militari par le capitaine des Hammers, Mark Noble, excédé. Un autre est allé jusqu’à planter un drapeau de corner dans le rond central avant que plusieurs centaines ne tournent leur colère vers la director’s box – tribune présidentielle – quittée sous la pression populaire par David Sullivan et David Gold, les deux co-propriétaires majoritaires du club londonien. Une atmosphère toxique qui a même poussé les remplaçants de Burnley à accueillir sur leur banc des enfants effrayés par toute cette tension.

Fan entführt Fahne bei West Ham Untied

Fan entführt Fahne bei West Ham UntiedEurosport

Quand l’un de ses présidents négocient avec un ancien hooligan

La raison de cette colère est assez simple à première vue. Les supporters ne se reconnaissent plus dans leur club qui a perdu son stade – le Boleyn Ground -, son quartier d’Upton Park et tout ce qui faisait son identité par la même occasion. En vantant le déménagement deux ans auparavant, les dirigeants avaient admis une montée des prix, certes, mais pour le bien de tous et surtout du club qui, avec davantage de recettes et de moyens, pourrait recruter de grands joueurs, accrocher les places européennes et viser, un jour, pourquoi pas, la Ligue des Champions.

Mais, depuis ce changement de stade, les dirigeants ont peu investi (32 M€ de dépenses nettes en transferts) et le retour sur terre a été brutal. Septième en 2016 au moment de quitter son antre, l’un des anciens temples du football anglais, West Ham a terminé onzième en 2017 et pointe, aujourd’hui, à la seizième place, seulement trois points au-dessus de la zone rouge.

Mais il y a bien plus grave, aujourd’hui, que ces promesses non tenues car la montée de la tension va bien au-delà de ce qui s’est passé sur le terrain, samedi. Depuis plusieurs semaines, l’idée d’une marche de protestation dans les rues de Stratford avait germé chez les supporters et notamment le Real West Ham Fans (Real WHF). Un groupe fondé par d’anciens membres de l’Inter City Firm (ICF), l’un des plus célèbres groupuscules de hooligans au monde qui a sévi dans les années 70-80 et au début des années 90 sans jamais avoir réellement disparu.

Les supporters de West Ham

Les supporters de West HamGetty Images

Alerté par la mairie de l’arrondissement de Newham dans lequel est situé Stratford et le stade, le club de West Ham a organisé plusieurs rencontres avec les représentants d’une quinzaine de groupes de supporters courant février et notamment un rendez-vous secret au domicile de Sullivan en présence, entre autres, d’Andy Swallow, un ancien membre de l’ICF. A l’issue d’un second meeting avec Karen Brady, la vice-présidente du club, qui s’est félicitée du débat positif et constructif, le Real WHF a annulé la marche, ce qui a provoqué la surprise et la colère parmi de nombreux supporters et notamment la West Ham United Independent Supporters’ Association (WHUISA), fort de ses 1500 membres.

" "Vous avez fait plus de dégâts dans l’est de Londres que Hitler""

Le Real WHF a prévenu quiconque s’opposerait à l’annulation des protestations et a pris pour cible le leader du WHUISA, Mark Walker, en publiant son compte Facebook sur sa propre page. Ce dernier a ainsi été pris pour cible et a reçu des messages de menaces. "C’était tout à fait effrayant. Certaines choses écrites et envoyées m’ont fait craindre pour ma sécurité", a admis Walker, dont le seul soutien offert par le club a été de déplacer ses quatre abonnements dans une autre tribune du stade.

Aujourd’hui, Walker dit ne plus vouloir se rendre aux matches et beaucoup, dans l’entourage du club, s’interrogent sur les liens entretenus par l’un des copropriétaires du club (Sullivan) avec un ancien hooligan pour négocier la paix. D’autant que le réveil d’une frange dure des supporters était déjà apparue le 24 février dernier à Anfield dans une banderole : "Brady, Sullivan et Gold, vous avez fait plus de dégâts dans l’est de Londres qu’Adolf Hitler. Dehors."

Cette montée de la violence et d’un certain fascisme inquiète au plus au haut point sur la gestion du club et n’augure rien de bon pour l’avenir de West Ham déjà menacé par la relégation six ans seulement après sa remontée en Premier League. D’autant que le calendrier qui attend les Hammers n’est pas de nature à rassurer ses supporters : lors des huit dernières journées, leur équipe accueillera les deux Manchester et se rendra à Arsenal, Chelsea et Leicester.

Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté. Pour approfondir le sujet, écoutez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.

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