Avant Arsenal - Everton, comment les Gunners et les Toffees ont façonné le coach Arteta

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PREMIER LEAGUE - Arsenal - Everton s'annonce comme un match spécial pour Mikel Arteta. L'entraîneur des Gunners a passé onze saisons et demie en Premier League entre les deux clubs qui s'affrontent dimanche. Le technicien espagnol, souvent étiqueté comme un disciple de Pep Guardiola, doit aussi beaucoup aux Gunners et aux Toffees pour l'entraîneur qu'il est aujourd'hui.

Mikel Arteta, Manager of Arsenal

Crédit: Getty Images

Arsenal n'est peut-être pas totalement guéri mais sa rémission est bien en route. Le club londonien pointe encore dans le ventre mou de Premier League (10e avant le début de la journée), mais Mikel Arteta fait pourtant l'unanimité. L'entraîneur espagnol a beau n'avoir repris en main les Gunners que fin décembre, son empreinte sur l'équipe est déjà indéniable. Les pensionnaires de l'Emirates Stadium n'ont pas perdu en 2020. Contre Everton dimanche, Arteta peut confirmer ces débuts intéressants tout en étant le bourreau de son ancien domicile, Everton. Everton, Arsenal, les deux clubs de la carrière anglaise de l'ancien milieu de terrain du PSG. Ceux aussi qui ont contribué intimement au profil d'entraîneur qu'il est devenu.

Cœur de Toffee

Débarqué en Premier League en 2004-2005 du côté de Goodison Park pour un prêt, Arteta n'avait pas mis longtemps à devenir un des favoris du public liverpuldien par son profil de créateur, toujours enclin à jouer vers l'avant. Produire du jeu tout en étant dans la peau de l'outsider, le cadre idéal pour coller avec le natif de San Sebastian. A Everton, Arteta a pu affûter sa créativité tout en s'intégrant au moule du football anglais, plus rugueux. Cette dureté dans le jeu alliée au caractère affirmé du joueur ont permis à l'Espagnol de lancer pleinement sa carrière et de lui donner cette patte. Ces mêmes préceptes sont ceux qui font l'unanimité au sein des Gunners depuis sa signature comme entraineur.
"Je ne dirais pas qu’il est strict, mais il sait ce qu’il veut. Quand ce que nous faisons n’est pas assez bien, il nous fait également savoir que nous jouons comme de la merde, expliquait Alexandre Lacazette après le succès des siens contre Newcastle (4-0) dimanche dernier. C’est un bon entraîneur." Arteta n'hésite pas ainsi à reprendre ses joueurs ouvertement et dirige son groupe d'une main de fer. Assez loin de l'image très policée d'un Unai Emery qui semblait gérer son groupe d'un gant de velours plutôt lâche.
Dès sa première conférence de presse dans ses nouvelles fonctions, le ton était donné. "Personne ne doit se cacher. Je veux que les gens prennent leurs responsabilités. Tous ceux qui n’adhèrent pas ne seront pas assez bons pour cet environnement et la culture du club." Matteo Guendouzi en a fait l'amère expérience ces derniers jours, privé du match contre Newcastle pour ne pas avoir montré les standards d'attitude attendus par son entraîneur.
Cette intransigeance, Arteta la réclame autant à ses ouailles en-dehors des terrains au quotidien que dans leur jeu sur la pelouse. A l'entraînement comme en compétition, les joueurs d'Arsenal se doivent désormais l'exemplarité, condition sine qua non pour le succès aux yeux du technicien. "La première chose, c'était de faire ces changements dans notre culture, dans la manière dont nous vivons ensemble, certains comportements que j'attends de mes joueurs et de mon staff et certaines valeurs que nous devons avoir dans ce club" explique-t-il à Sky Sports. La méthode ne tarde pas à faire ses preuves. Sur la pelouse de Chelsea le 21 janvier, Arsenal a retrouvé du cran et de l'envie pour égaliser à deux reprises en infériorité numérique.

Âme de Gunner

Mais le cran ne fait pas tout, et Arteta ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. En quelques semaines, l'entraîneur basque n'a eu de cesse d'ériger comme principal combat de son mandat le retour de "l'identité de jeu perdue" des Gunners. Equipe joueuse et tournée vers l'offensive, Arsenal tourne loin de ses traditionnels standards depuis le départ d'Arsène Wenger en mai 2018. Des 61,8% de possession et 15,6 frappes par match lors de la dernière saison de Premier League sous le coach français, les chiffres sont tombés à 54,7% de possession et 11,2 tentatives en 2019-2020. Moins de ballons signifie moins de munitions, un comble pour les Canonniers. Les Gunners ne jouaient pas simplement mal, ils n'évoluaient plus comme ils le devaient.
Arteta ne procède pas à une révolution de fond en comble et est ainsi resté fidèle au 4-2-3-1 laissé par Unai Emery. D'un Basque à un autre, ce système a désormais pour but d'offrir plus d'espaces en aérant le milieu de terrain pour offrir de la latéralité et de la vitesse au jeu. Xhaka - revenu en odeur de sainteté - n'hésite plus à rester légèrement en retrait pour laisser le champ libre aux joueurs de couloir, Bellerin et Saka. A seulement 18 ans, Bukayo Saka, ailier utilisé comme arrière gauche, brille par son talent mais aussi par l'ajustement tactique apporté par Arteta dans l'animation. "Je joue beaucoup plus haut parce nos ailiers rentrent vers la surface et je peux m'infiltrer, analysait Saka, passeur décisif dans la victoire d'Arsenal chez l'Olympiakos en Ligue Europa jeudi. Cela me donne beaucoup d'espace et c'est bon pour moi. Je joue moi-même comme un ailier quand nous avons le ballon."
Ce lifting tactique correspond aux qualités de l'effectif et a déjà relancé des joueurs comme Shkodran Mustafi. Plus encore, Mesut Özil est transfiguré. On redécouvre l'Allemand volontaire, combattif, lui que les supporters taxaient de fainéant il y a encore quelques semaines. "L'équipe ne peut pas avoir la bonne structure pour l'entourer s'il ne fait pas certains efforts non-négociables, assure Arteta au sujet des efforts défensifs de son maestro. S'il les fait, alors l'équipe peut se permettre d'avoir quelqu'un comme lui pour faire la différence." "Cela nous ramène aux anciennes vertus d’Arsenal, a opiné Özil dans une interview du 15 janvier dernier. Se battre et avoir la possession, contrôler le jeu, avoir le ballon tout le temps. C’est ce qu’il fait avec nous et, vous pouvez le voir, tout le monde sourit, rit et s’amuse. Je pense que c’est l’homme qu’il faut dans ce club."

L'héritage de Wenger

Coéquipier d'Arteta pendant trois saisons, l'ancien joueur du Real Madrid retrouve des couleurs et avec lui, c'est tout Arsenal qui respire. L'entraîneur, déjà très vocal sur le bord du terrain, l'a promis, il donnera "jusqu’à la dernière goutte de sang pour aider ce club à s’améliorer". Lui que l'on range volontiers parmi les émules de Pep Guardiola dont il a été l'assistant pendant trois ans à Manchester City a pourtant Arsenal dans la peau, tout particulièrement comme coach. C'est durant ses années sous ce maillot que la vocation lui est venue, au contact d'Arsène Wenger. Plus que la veine catalane, Arteta se retrouve dans le sillon tracé par l'Alsacien.
"Quand je me suis blessé sérieusement à Everton (en 2009), j'ai commencé à penser à devenir entraîneur ensuite, et j'ai commencé à étudier la question, raconte-t-il à Sky Sports. J'en ai parlé à Arsène lors de ma première ou deuxième année à Arsenal. Il m'a dit que je devais essayer, alors j'ai commencé à passer les diplômes et à aimer ça de plus en plus. Il m'a beaucoup encouragé." Wenger est ensuite passé du premier soutien à mentor comme pour mieux ancrer la filiation entre l'Espagnol et la formation anglaise. "J'avais une très bonne relation avec lui, c'est une personne très calme, qui réfléchit beaucoup et qui est vraiment, vraiment intelligente. J'ai beaucoup appris de lui comme joueur, sur comment diriger, sur l'amour et le respect qu'il a pour ce jeu, ses valeurs, le genre de jeu qu'il voulait pratiquer et les consignes qu'il nous envoyait."
"Convaincu de pouvoir faire de grandes choses" avec ses hommes, Mikel Arteta a tout de l'homme idoine, celui que les Gunners cherchent après le départ de son emblématique artisan. Le cadre d'Everton et l'ADN d'Arsenal, autant d'ingrédients pour former le possible chaînon manquant dans l'histoire du club d'Ilsington.
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