Dans une saison où l'adage "en Premier League, tout le monde peut battre tout le monde" s'est vérifié, pour une fois, West Ham est peut-être bien le seul club dont les résultats ont respecté une certaine logique. Passé la vilaine surprise d'une défaite 0-2 contre Newcastle le premier jour de la saison, quand Moyes était loin d'avoir achevé son recrutement (Coufal et Benrahma n'arrivèrent qu'en octobre, Lingard en janvier), les Hammers ont fait ce qu'on attendait ou espérait d'eux depuis.
Tous leurs revers ont été subis face à des équipes censées leur être supérieures (Arsenal, Manchester United, Chelsea et Liverpool par deux fois), tandis qu'ils ont fait le nécessaire contre les formations de la seconde moitié du tableau avec l'assurance et la régularité d'un authentique prétendant au Top 4. En fait, seul Manchester City s'est montré plus impitoyable que les Hammers dans ce registre.
Premier League
Comme convenu, Moyes succède à Bilic sur le banc de West Ham
07/11/2017 À 09:01
Liverpool a chuté contre Burnley, Villa, Southampton et Brighton, Leicester face à Villa, encore, et Fulham, Arsenal, Tottenham et Chelsea ont bêtement lâché des points presque au hasard. West Ham, pour sa part, a "fait le boulot" de match en match, sans vraiment éblouir, mais sans se reposer sur la chance non plus. Peut-être qu'en une saison qui marche sur la tête, mieux vaut ne pas tenter d'aller trop vite ou de s'essayer à des acrobaties. Peut-être qu'un manager qui essaie d'abord de s'acquitter de sa tâche avec le sérieux d'un artisan, avec tout ce que ceci sous-entend de pragmatisme, ira finalement plus vite et plus loin qu'un autre plus soucieux d'imposer sa "philosophie" du jeu dans un contexte pour tous inédit.

David Moyes (West Ham) lors de West Ham - Tottenham en Premier League le 21 février 2021

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Pas vraiment le discours d'un dinosaure

David Moyes est de ces artisans, ce qui ne veut pas dire qu'il n'aie pas de "philosophie" qui gouverne la façon dont il approche le métier d'entraîneur, bien au contraire. Il est encore de bon ton dans certaines chapelles du football anglais, de parler de lui avec ce qui n'est pas loin de ressembler à du mépris. Il ferait partie, avec Pardew, Allardyce, Redknapp, Hodgson et quelques autres, des 'dinosaures' de la Premier League, de cette génération de coaches britanniques qui n'en finit pas de quitter la scène, aux idées poussiéreuses, aux méthodes parfois douteuses, aux idées politiques d'un autre temps, qui se sont imaginés être des victimes de l'afflux de techniciens étrangers alors qu'ils n'étaient certainement ni des Wenger, ni des Benitez, ni des Klopp et que s'ils n'ont jamais obtenu le 'top job', c'était peut-être parce qu'ils n'en étaient pas dignes.

David Moyes et Arsene Wenger

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Mais Moyes n'est pas un évadé de Jurassic Park et a, en fait moins en commun (pas même l'âge : Allardyce a neuf ans de plus que lui) avec les noms cités plus haut qu'avec un Klopp, justement. Il n'est pas un tacticien enfermé dans le carcan du 4-4-2 de papa. Il est rigoureux dans son approche de l'organisation défensive, mais sait aussi accommoder des joueurs créatifs - Benrahma, Lanzini, Lingard, complétement retrouvé - dans une équipe qui peut passer du 4-2-3-1 au 3-4-2-1 d'un match à l'autre sans qu'on détecte le moindre inconfort.
D'où vient cette erreur de perception n'est pas facile à cerner. Tout d'abord, il n'est pas anglais, mais écossais. Il ne voit pas ce qui est 'étranger' comme une menace. De fait, bien avant que les hipsters ne tombent amoureux du gegenpressing et de la Bundesliga, Moyes était de ces très rares coaches britanniques qui prenaient la peine de regarder des matches du championnat d'Allemagne - et de s'y rendre en personne, comme il se rendait aussi en Espagne et en France, mais oui. Je me souviens d'une longue conversation avec lui, à Finch Park, le centre d'entraînement d'Everton, pendant laquelle Moyes, le 'dinosaure', avait procédé à une dissection du jeu d'un jeune Allemand en passe de s'imposer au Bayern Munich : Thomas Müller, qu'il appella "un inventeur d'espace". "Personne ne fait des appels comme les siens", dit-il, avec une vraie passion dans la voix. Ce n'était pas vraiment le discours d'un dinosaure.

David Moyes, Lukasz Fabianski (West Ham) et Lucas Moura (Tottenham) en Premier League le 21 février 2021

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Au plus mauvais moment à Manchester United

Passé ses années de gloire à Everton, qu'il mena en Ligue des champions, il a connu des échecs dans sa carrière, son passage à Sunderland constituant sans doute le plus bas de ses bas (ce qui en disait plus long sur l'état du club que sur les qualités du manager), à moins que ce soit à Manchester United, vu la hauteur à laquelle il avait aspiré, même si, avec le recul, on sera moins sévère avec lui qu'on l'avait été alors. Il avait hérité du "job impossible", que tout le monde désirait et redoutait à la fois. Il avait aussi hérité d'une équipe parvenue en fin de cycle, qui s'était d'abord reposée sur les buts de Robin van Persie pour donner un dernier titre de champion à Sir Alex Ferguson. Et il l'emmena tout de même en quarts de finale de la Ligue des champions, où United ne fut pas si ridicule que cela face au Bayern, champion sortant.
La Real Sociedad avait été une autre déception pour lui; mais pas un désastre. Arrivé au Pays Basque pour sauver un club qui était 19ème de la Liga lorsque son prédécesseur Jagoba Arrasate fut licencié, il accomplit sa mission avec aisance. La Real finit 12ème, en ayant battu le Barça 1-0 au passage. Un difficile début de saison 2014-15 lui coûta son poste. Son départ pour l'Espagne avait surpris, son séjour aurait pu mieux se passer, et certainement mieux s'achever, mais son retour n'eut rien de honteux - à la différence, par exemple, de ce que Gary Neville endura à Valence.
Le voilà aujourd'hui revenu à West Ham, qu'il avait déjà sauvé de la relégation en 2017-18 lors d'une pige de six mois que les dirigeants des Hammers avaient cru bon ne pas renouveler, avant de se tourner de nouveau vers lui lorsque l'expérience tentée avec Manuel Pellegrini tourna au désastre.

David Moyes

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Enfin responsable du casting

Il n'est pas dit que West Ham pourra s'accrocher à sa place dans le Top 4. Liverpool finira bien par se réveiller, et Chelsea et Everton, placés en embuscade, ont un calendrier beaucoup moins exigeant que celui qui attend les Hammers lors des cinq semaines à venir: leurs six prochains adversaires sont Manchester City, ce samedi, Leeds, Man United, Arsenal, Wolves et Leicester. Mais quoi qu'il arrive pendant cette période déterminante, soyez sûrs d'une chose : le regain de West Ham n'aura pas été qu'un feu de paille.
Pour la première fois depuis qu'il a quitté Everton, Moyes est en passe de bâtir une équipe qui lui ressemble, dure au mal, dure à battre, redoutable en contre. Pour la première fois depuis 2013, il a eu le temps de choisir les joueurs qui l'accompagneraient dans le renouveau de West Ham. Or le temps est un facteur crucial dans la façon dont il aborde son métier, et a parfois été son plus gros handicap.
Un peu par sa faute, d'ailleurs. Il lui est arrivé de tergiverser. Sa méticulosité est telle qu'il lui faut des mois pour finalement se décider à acquérir tel ou tel joueur, car il entend tout savoir du caractère et de la personnalité de ceux qui l'entourent au quotidien avant de les inviter à se joindre à lui. Ceci explique pourquoi il commit l'une des plus grosses erreurs de sa carrière lors de ses tout premiers mois à Manchester United, quand - omnubilé par l'idée d'un retour de Cristiano Ronaldo - il patienta tant et si bien que, venu le jour de la clôture du mercato, il avait manqué ses autres cibles et dut se rabattre sur le fidèle Marouane Fellaini.
Mais cela, c'est le passé, et quoi qu'on ait bien voulu en dire, ce n'est pas dans le passé que vit David Moyes.
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