En 2015, tout semblait sur les rails. A 24 ans, il termine meilleur buteur et meilleur joueur de Ligue 1, marque enfin en équipe de France où Didier Deschamps lui fait désormais confiance. En fin d'année, il figure même dans la sélection pour le Ballon d'Or et fait alors partie des 59 meilleurs joueurs du monde. Bref, en ce milieu de décennie, l'avenir appartient à Alexandre Lacazette, le roi de l'OL. "Quand il sera arrivé au top de sa carrière, je pense qu'il aura la possibilité de gagner le Ballon d'Or. Pas dans les trois ou quatre ans qui viennent mais quand il aura 27, 28 ou 29 ans", jugeait alors Sonny Anderson, l'ancien buteur de Lyon.
Six ans plus tard, à 30 ans, sa carrière piétine à Arsenal. L'équipe de France et les sélections pour le Ballon d'Or ne sont que des lointains souvenirs. Alors qu'il n'a disputé que 31 minutes de Premier League cette saison, il voit son statut s'effriter à Londres. Les promesses n'ont pas été tenues. Comment expliquer son déclassement ? A 30 ans, passe-t-il à côté de sa carrière ?
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07/08/2022 À 21:24
Factuellement, Lacazette n'a remporté que deux Coupes (de France et d'Angleterre), n'a plus participé à la Ligue des champions depuis 2017 et son départ de Lyon, et ne compte que 16 sélections en équipe de France (la dernière en novembre 2017). En 179 matches avec Arsenal, il compte 69 buts et 23 passes décisives. Voilà pour le constat froid. Pour un joueur de son talent, c'est un vrai gâchis. Fleuron de la formation lyonnaise, Lacazette (111 buts lors de ses trois dernières saisons à l'OL !) rêvait sans doute d'autre chose quand il a quitté son trône dans le Rhône. "C'était un gamin à part avec des mains à la place des pieds, nous raconte son formateur à l'OL Armand Garrido. Il y avait six internationaux dans sa génération dont Anthony Martial mais Alexandre était le plus doué."

Alexandre Lacazette sous le maillot d'Arsenal

Crédit: Getty Images

Au mauvais endroit au mauvais moment
Le mauvais tournant de sa carrière date du 1er juin 2017. Il doit alors rejoindre l'Atlético de Madrid, finaliste de la Ligue des champions un an plus tôt et vainqueur de la Ligue Europa un an plus tard, et son pote Antoine Griezmann pour former une paire redoutable. Mais ce jour-là, le tribunal arbitral du sport confirme que les Colchoneros ne pourront pas recruter avant l'hiver suivant à cause d'irrégularités concernant des joueurs mineurs. Lacazette ne veut pas attendre six mois et les clubs capables de s'aligner sur les demandes de l'OL (50 millions d'euros pour son transfert) et de lui offrir du temps de jeu ne sont pas légion. Direction Arsenal. Mauvaise pioche.
"Il a atterri au mauvais endroit au mauvais moment, nous résume assez bien Elliot Smith, animateur du podcast Arsenal Vision. Je ne suis pas convaincu qu'Arsène Wenger le désirait profondément. Et six mois plus tard, Arsenal recrute un attaquant supérieur. Dès lors, il est soit dans l'ombre d'Aubameyang, en dépit de leur excellente relation, soit il l'oblige à jouer sur un côté. Peut-être que les choses se seraient mieux passées s'il avait été l'attaquant alpha du club."

LACAZETTE_WENGER

Crédit: Eurosport

Le vrai problème, c'est que Lacazette arrive dans une équipe en perte de vitesse constante et qui, saison après saison, rentre dans le rang. Son choix de carrière est la première explication de son essoufflement au très haut niveau. Sans Ligue des champions, sans lutte pour le titre de champion, difficile d'exister et il n'est pas le seul à voir sa carrière s'embourber dans le nord de Londres. Nicolas Pépé ou Pierre-Emerick Aubameyang sont confrontés au même problème.

La blessure équipe de France

Privé de Ligue des champions, il perd aussi les faveurs de Didier Deschamps qui lui a préféré, bien avant le retour de Karim Benzema, Wissam Ben Yedder, Anthony Martial, Marcus Thuram ou Alassane Pléa. C'est une vraie blessure pour celui qui a disputé les éliminatoires de la Coupe du monde 2018 mais a été privé du bel été russe. Aujourd'hui, Lacazette, qui a longtemps payé une tournée sud-américaine ratée en 2013, n'est même plus un sujet lors des rassemblements internationaux. Alors qu'il aurait parfois mérité que le sélectionneur se penche sur son cas lors de quelques séquences intéressantes en Premier League notamment pendant la saison 2018/2019 à l'issue de laquelle il fut élu meilleur Gunner par les fans du club.
"A Arsenal, il n'a jamais été extraordinaire mais jamais mauvais non plus, continue Elliot Smith. Je ne considère pas du tout son passage à Arsenal comme un échec mais, à mon avis, Arsenal aurait pu dépenser dans un autre secteur l'argent qui lui a été consacré puisqu'Aubameyang est arrivé six mois plus tard. Mais c'est un joueur utile et agréable dans le vestiaire."

Alexandre Lacazette et Antoine Griezmann

Crédit: Getty Images

Une question de tempérament ?

Une qualité autant qu'un défaut à l'heure de faire le bilan : "Il joue comme il est : pour le collectif, jamais dans l'égoïsme, note Jean-François Gomez. C'est un garçon un peu sur la réserve. Tout cela explique aussi pourquoi il n'est pas toujours le choix numéro 1." Au service des autres, plus que de lui-même, il a fait les frais des choix discutables d'un Mikel Arteta qui a longtemps cherché son onze type. Le coach espagnol l'a toujours fait passer derrière Aubameyang et même parfois derrière la génération prometteuse des baby Gunners (Saka, Nketiah ou encore Smith-Rowe pour ne citer qu’eux).
Armand Garrido, son entraîneur à 16 puis 17 ans, propose une autre thèse : "Avec moi, il n'était pas toujours titulaire. Son talent n'était jamais en question mais il se mettait assez vite dans le confort. Il fallait le bouger un peu, se souvient l'ancien formateur des Gones. Après, on n'est pas le même à 30 ans qu'à 17 ans. Mais c'était un garçon qui avait besoin de changement, de challenge, qu'on le pique un peu. Peut-être que c'est pour ça qu'on entend moins parler de lui aujourd'hui. En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il mérite mieux."

Alexandre Lacazette et Mikel Arteta

Crédit: Getty Images

Alors pourquoi diable n'a-t-il pas tenté de forcer son destin et d'aller voir ailleurs pour donner un second souffle à sa carrière ? Son salaire de Premier League est un vrai frein pour trouver une nouvelle écurie et quand la porte semblait s'ouvrir à l'été 2020, après une saison réussie, le COVID-19 a fiché ses plans en l'air. Question de timing, encore une fois. A 30 ans, et alors que son contrat s'achève en juin, il n'est pas encore trop tard. Lacazette ne devrait pas prolonger l'aventure dans un club qui semble de moins en moins compter sur lui et souhaite s'en débarrasser dès cet hiver. A lui de faire son choix. Et le bon cette fois.
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