Le moment fut poignant. Au terme d'une minute de silence impeccablement respectée par les supporters des deux équipes, les dizaines de milliers de spectateurs réunis au stade, unis dans le témoignage de leur respect, chantèrent d'une seule voix ce God Save The King qu'on n'avait plus entendu depuis l'accession au trône de SM Elizabeth II, il y a soixante-dix ans de cela. La Reine était morte, que vive le Roi.
Et une fois l'hommage rendu à une souveraine pour laquelle même les républicains britanniques (bien plus nombreux qu'on le croit) avaient une affection sincère, le sport reprit ses droits. On applaudit. On rit. On but. On partagea le plaisir d'assister à un match du plus haut niveau. Et personne, absolument personne, n'y trouva à redire.
Premier League
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23/09/2022 À 15:25
Malheureusement, ce n'était pour assister à une rencontre de football que ces spectateurs étaient réunis, mais à un test match de cricket entre l'Angleterre et l'Afrique du Sud, actuelle numéro 1 mondial de la spécialité. Ce n'était pas à Wembley ou à Old Trafford, c'était à The Oval, dans le sud de Londres.
Et ce qu'on a permis aux amateurs de cricket - mais aussi de rugby, de jeu à XIII, de golf et d'hippisme, le seul sport pour lequel Elizabeth conçut une véritable passion -, on l'a interdit à ceux qui, le weekend dernier, se préparaient à encourager leurs clubs de football. Ou à jouer eux-mêmes. Tous les matches, hommes et femmes, qui devaient se disputer sous les égides de la FA, de la Premier League, de la Football League et de la National League (division 5 et inférieures) du vendredi 9 au dimanche 11 septembre inclus ont été repoussés à une date ultérieure. Laquelle ? On l'ignore encore.
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Le respect de la minute de silence

Même les matches de pupilles et de poussins n'ont pas échappé au diktat des instances du football britannique. Deux clubs amateurs qui eurent le malheur de passer outre aux ordres venus de Wembley le weekend dernier - Sheffield International FC et Byron House FC - se sont vus menacés des "sanctions les plus sévères" pour leur "comportement méprisable". Ces footeux ne respectent décidément rien ! Mais le même jour, n'étaient-ils pas 40 000 à encourager les cricketers anglais ?
Peut-être le football entendait-il montrer l'exemple ? Le communiqué publié par la Premier League vingt-quatre heures avant le coup d'envoi prévu de Bournemouth-Brighton donnait pour raison du report de la septième journée de championnat le désir "d'honorer la vie extraordinaire et la contribution à la nation [de SM la Reine Elizabeth II]". Il s'agissait d'une "marque de respect", nous assurait-on.
Le problème est que de nombreuses fuites ont aussitôt fait comprendre que ce fameux "respect" n'était qu'un vain prétexte, et que les motivations de la FA et de la Premier League étaient d'un tout autre ordre. Les potentats du football anglais craignaient des débordements, voilà tout.
C'est que les fans de foot sont "différents". Les traiter comme d'autres sports traitent leurs supporters, c'est-à-dire avec confiance, respect - eh oui -, et dignité ne viendrait jamais à l'idée des costumes-cravate qui n'ont aucun problème pour prendre leur argent. Dans la vision paranoïaque que ceux-là se font des habitués des stades, la crainte de voir ne serait- ce que quelques individus briser la minute de silence à la mémoire de la Reine (comme certains supporters du Celtic n'y manquèrent pas lors de leur match de Ligue des champions, ce qui ne surprit absolument personne) était suffisamment forte pour qu'on punisse des millions d'autres qui, eux et elles aussi, ne demandaient rien de mieux que de saluer leur souveraine.
Dieu sait pourtant combien les foules de fooball anglaises savent policer leur silence quand il est de mise. C'en est à croire que ces messieurs - car ce sont tous des messieurs (*) - ne mettent jamais les pieds au stade où, quand ils le font, se barricadent dans leurs loges vitrées.
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Un calendrier qui n'avait pas besoin de ça

Et si la PL et la FA espéraient se concilier les bonnes grâces de l'opinion en mettant le football hors-jeu le temps d'un weekend, c'est raté. Peter Crouch et Gary Neville, deux voix écoutées dans le monde du football anglais, ont été parmi les premiers à s'étonner du traitement de défaveur dont leur sport faisait l'objet. Et quid de ces fans qui avaient déjà mis la main à la poche pour acheter leurs billets pour le match, leurs tickets de train et leurs chambres d'hôtel ? Ils pourraient aussi bien ne pas exister ; et qu'ils ne comptent pas sur un remboursement.
De plus, comme on l'avait craint d'emblée, les dix matches de PL du weekend dernier ne seront pas les seules victimes de la poussée de "patriotisme" qui a enfiévré le royaume de Charles III jusqu'à l'absurde, au point que British Airways a annulé une centaine de vols prévus décoller lundi prochain, pour la simple raison que le bruit des moteurs d'avions briserait le silence de mise le jour des obsèques de feue la souveraine.
La présence de centaines de milliers de personnes prêtes à faire la queue sur quelques huit kilomètres pour avoir le privilège de faire le tour du cercueil de Sa Majesté la Reine a obligé la police londonienne à déployer une grande partie de ses ressources au maintien de l'ordre et de la sécurité des visiteurs, tant et si bien qu'il ne reste plus suffisamment d'officiers disponibles pour assurer la présence policière souhaitée à certains matches de football.
Voilà pourquoi et comment Arsenal a dû repousser son match d'Europa League contre le PSV au jeudi 20 octobre, ce qui a contraint la Premier League à déplacer la venue de Manchester City à l'Emirates, prévue le 19 octobre. Quand les deux leaders actuels du championnat d'Angleterre se retrouveront, nul ne le sait encore.
Voilà pourquoi et comment trois rencontres qui devaient se jouer ce week-end ont-elles aussi fait les frais du déploiement exceptionnel des forces de l'ordre autour des événements reliés aux funérailles d'Elizabeth II : Brighton-Palace, Manchester United-Leeds et Chelsea-Liverpool, autrement dit deux derbys historiques et ce qui devait être la tête d'affiche de cette huitième journée.
Or vu la compression du calendrier de 2022-23 - dont la cause numéro 1 est la tenue de la Coupe du monde au Qatar au plus fort des saisons domestiques -, trouver des dates qui conviennent pour recaser ces matches repoussés pour cause de deuil national - et de manque de ressources - risque de causer quelques forts maux de tête à la FA et à la Premier League.
Pour ce qui est du rugby et des autres sports, soyez rassurés : tout se déroulera comme prévu.
Le football est à part, voilà tout.
(*) Alisson Britain ne prendra ses fonctions de présidente de la Premier League qu'au début de 2023.

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