Jürgen Klopp avait bien des raisons de fulminer après le 2-2 ramené, et péniblement, de Craven Cottage le week-end dernier. Son équipe, si emballante une semaine plus tôt lors du Community Shield, avait parue lente, empruntée, déconcentrée, même, à cette occasion. Sans l'impact instantané de Darwin Nuñez et l'instinct de Mohammed Salah dans les six mètres, les Reds seraient repartis bredouilles de Londres, et personne n'aurait trouvé à y redire. Mais au-delà des deux points laissés en route, qui pouvaient après tout passer pour un point pris alors que, par deux fois, Liverpool avait été mené au score, une autre pensée devait préoccuper le manager.
A la 51ème minute, blessé à la cuisse gauche, Thiago Alcantara a dû quitter la pelouse. L'expression que l’on lisait sur le visage de l'international espagnol ne laissait aucun doute sur la gravité de la blessure. Il ne s'agissait pas d'une simple pointe ou d'une béquille. Thiago, hélas, a suffisamment d'expérience de ce genre d'incident pour en connaître la nature et en deviner les conséquences. C'est qu'il n'a pas connu une seule saison vierge de blessures depuis son transfert du FC Barcelone au Bayern Munich en juillet 2013. Précisons : de blessures musculaires ou ligamentaires, pas de blessures d'impact. Ce corps-là est fragile. Trop fragile.
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Une carrière ralentie par les blessures

En 2013-14, sa première année en Bavière, il avait manqué quinze rencontres de Bundesliga parce que ce jeune corps - il avait alors vingt-deux ans - l'avait lâché. L'année suivante, c'est vingt-cinq matches pour lesquels il avait dû déclarer forfait. Après deux années de répit relatif, mais pas exempts de hiatus de moindre durée, c'est quatorze matches de plus qu'il devait suivre des tribunes en 2017-18. Son style, c'est vrai, le prédispose à des accidents. Quand il tacle, et c'est souvent, il ne calcule pas, peut-être pas assez.
Et s'il ne pouvait rien sur l'attentat de Richarlison lors du derby de la Mersey d'octobre 2020, la longueur de son absence - deux mois et demi - avait pu surprendre. Mais il est vrai que la répétition des blessures tend à prolonger les périodes de convalescence.

Thiago Alcantara

Crédit: Getty Images

Cette fois, après la déchirure subie à Fulham, cette période devrait être de six semaines, à en croire les informations qui filtrent du centre d'entraînement des Reds, autrement dit jusqu'à la prochaine trêve internationale, quand son Espagne rencontrera la Suisse et le Portugal dans le cadre de la Nations League, les 24 et 27 septembre. Il manquerait donc sept matches de Premier League pour son club, dont des déplacements à Manchester United, Everton et Chelsea, plus deux soirées de Ligue des Champions.
On dira que pour un club qui évolue au niveau qui est celui de Liverpool, c'est-à-dire au plus haut, l'indisponibilité d'un joueur ne devrait rien avoir de rédhibitoire. Les Reds, après tout, avaient su gérer les départs de Sadio Mané, Mohammed Salah et Naby Keita pour la CAN disputée en janvier et février derniers, en alignant trois victoires en autant de matches.

Une absence plus important qu'on ne le croit

La différence est que, si l'on se fie aux statistiques, lorsque Thiago n'est pas là, son équipe s'en ressent davantage que lors de l’absence de n'importe lequel de ses coéquipiers. Prenez la saison passée, quand il a dû se mettre en retrait de son équipe par trois fois. La première, à cause d'une contracture au mollet, entre le 25 septembre et le 30 novembre 2021. La seconde, entre le 19 décembre 2021 et le 23 janvier 2022, quand c'étaient la COVID et une blessure à la hanche qui étaient à blâmer. La troisième, heureusement bien plus brève, du 23 février au 13 mars, en raison d'une lésion mineure à la cuisse.

Thiago Alcantara profite de la victoire du Bayern en finale de Ligue des champions 2020

Crédit: Getty Images

Au total, ce sont onze rencontres de championnat d'Angleterre pour lesquelles Jürgen Klopp ne put faire appel à son meneur de jeu (un échantillon significatif, donc), avec un bilan de cinq victoires, cinq nuls et une défaite, soit 20 points sur 33 possibles, à la moyenne de 1,8 point par rencontre. A ce rythme, les Reds auraient conclu leur saison 2021-22 avec 68 points, soit un de moins qu'Arsenal, qui l’a terminé à la cinquième position. Par contraste, lorsque Thiago était là, Liverpool prit 72 points sur 81 possibles (treize victoires, trois nuls, une défaite), à la moyenne - phénoménale - de 2,67 point par rencontre, qui aurait donné aux Reds un total de 101 points sur la saison, soit huit de plus que l’éventuel champion, Manchester City.
Le milieu de terrain espagnol n'est pourtant pas de ces joueurs dont le nom apparaît en haut des classements des buteurs ou même des passeurs décisifs : seulement un but et quatre assists étaient à mettre à son actif en cette même saison 2021-22. Contrairement à ce que sa position de milieu axial et son rôle de “courroie de transmission” entre les lignes des Reds pourraient faire croire, il n'est pas non plus celui par qui transitent tous les ballons quand il est là. En fait, Jordan Henderson, avec 61 passes par match contre 60, le devance sur ce plan. Il est, par contre, un destructeur plus efficace que quiconque, que ce soit dans les tacles ou les duels, au sol comme aériens, et le presque égal de Fabinho pour ce qui est des interceptions.

Une arme unique dans l'effectif de Klopp

Autrement dit, il est le milieu de terrain le plus complet de Liverpool. Avec son aisance technique, il peut recevoir, conserver et transmettre - presque toujours vers l'avant - les ballons dans des espaces que ses coéquipiers trouveraient trop restreints. Il est aussi un donneur de rythme, un accélérateur du jeu, dont les ballons sont plus tendus et fusent plus vite que ceux de ses coéquipiers. Et comme il est de plus aussi agressif qu'imaginatif, et aussi efficace dans la reconquête de la balle que dans son exploitation, sa polyvalence en fait un élément dont il n'existe aucun équivalent, même relatif, dans l'effectif de Jürgen Klopp.

Jurgen Klopp

Crédit: Getty Images

Ce dernier a parlé des ressources des Reds dans l'entrejeu, et il n'avait pas tout à fait tort, encore que ces ressources soient soumises à rude épreuve en ce moment (Curtis Jones et Alex Oxlade-Chamberlain - lui aussi pourchassé par la poisse - sont eux aussi blessés). Mais aucune des solutions dont il dispose aujourd'hui ne peut lui offrir le rayonnement et l'impact de Thiago. Thiago l'indispensable, dont Liverpool va devoir apprendre à se passer, ce qu'ils n'ont pas su faire autrefois.
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