Premier League - A City et Arsenal, trop de système pour avancer ?
Eurosport sur GoogleArsenal et Manchester City piétinent. Les cadors de Premier League n'arrivent plus à déstabiliser aussi facilement leurs adversaires. Comme si leurs systèmes de jeu, pensés et huilés par leurs techniciens espagnols, avaient fini par trouver leur limite. Plus que l'architecture de ces schémas précis, c'est peut-être bien la systématisation du jeu en elle-même qui est en question.
L'impasse Guardiola : "Il a formaté ses joueurs donc personne ne peut improviser"
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Si les spécialistes du jeu ne s'accordent pas nécessairement sur ce à quoi ressemblera le football dans cinq ou dix ans, il est une chose sur laquelle leur jugement est unanime : nous sommes entrés dans l'âge de la systématisation, et il est inconcevable qu'on fasse machine arrière dans ce domaine. Il n'est pas un seul technicien de haut niveau aujourd'hui qui ne se repose sur une armée d'analystes et de statisticiens. Il n'en est pas non plus qui entende laisser de place au hasard dans son approche du métier d'entraîneur. Entraîner en 2024, c'est systématiser.
Mais attention: "systématisation" et "systèmes" signifient deux choses bien différentes. Le football lui aussi est entré dans sa phase post-moderne, où les "systèmes" sont d'égale valeur ou, plutôt, dont la valeur est déterminée par leur contexte. Le temps n'est plus où tel ou tel agencement tactique courait un risque d'obsolescence: l'histoire de la tactique, sur ce plan, a cessé d'être linéaire alors qu'autrefois, tout développement ou innovation dans le domaine du jeu s'accompagnait d'une mise à l'écart des paradigmes précédents.
Des tactiques toujours plus nombreuses
Les exemples sont foison. La modification de la loi du hors-jeu qui fit passer le nombre de défenseurs devant de trouver derrière le ballon de trois à deux, en 1925, conduisit à l'invention du WM (3-2-2-3) par un génie nommé Herbert Chapman, alors manager d'Arsenal. En l'espace de quelques saisons, les Gunners étant devenus quasi-invincibles sur leur sol, tous les autres clubs anglais avaient suivi leur exemple et abandonné le 2-3-5 qui était la règle jusqu'alors ; mais le WM et ses dérivés durent eux aussi céder la place à d'autres types de formation, dont l'un des principes communs était le déploiement d'une défense à quatre, à commencer par le 4-2-4 des Brésiliens de 1958.
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Mikel Arteta, Manager of Arsenal reacts during the Premier League match between Fulham FC and Arsenal FC at Craven Cottage on December 08, 2024 in London, England. (Photo by Ryan Pierse/Getty Images)
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Il n'est pas besoin d'offrir ici un condensé de la Pyramide Inversée de Jonathan Wilson, qui serait de toute façon impossible. Ce qui compte est que jusqu'aux années 2000 - voire 2010 -, le jeu continua de suivre des effets de mode: le système adopté par les équipes dominantes de leur temps devenait le modèle à suivre, qu'il s'agisse du 4-3-3 des Néerlandais (bien différent de celui d'Alf Ramsey) ou du 4-2-3-1 du Barcelone de Pep Guardiola.
Ce n'est plus le cas. Les managers ont évidemment leurs "systèmes" de prédilection; mais ceux-ci coexistent sans se réfuter les uns les autres, et ces mêmes managers n'hésitent d'ailleurs plus à en changer quand les circonstances l'exigent. La "vérité", en termes de tactique, est devenue fluide, changeante, multiforme.
les faiblesses de l'automaticité
Parallèlement, et ce n'est en rien un paradoxe, une autre forme de rigidité est apparue, celle de la systématisation, du complete control que certains entraîneurs entendent exercer sur leurs joueurs et qui explique au moins en partie les problèmes que rencontrent aujourd'hui deux des techniciens les plus "systématiques" de la Premier League, Pep Guardiola et Mikel Arteta - ainsi que les difficultés qu'ils rencontrent à les résoudre.
Leurs problèmes sont certes d'un type différent, mais l'une de leurs racines est identique. Tous deux basent leur approche du football sur la répétition des gestes et des mouvements à l'entraînement, l'acquisition et la maîtrise d'automatismes qui, lorsque la machine fonctionne comme prévu, rendent leurs équipes quasi-invincible dans le cas du premier, et hautement performante dans celui du second.
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Rodri of Manchester City running during the Premier League match between Manchester City FC and Brentford FC at Etihad Stadium on September 14, 2024 in Manchester, England. (Photo by Neal Simpson/Sportsphoto/Allstar via Getty Images)
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Mais quand la machine se dérègle - ce peut être suite à l'absence de joueurs-clé, comme Rodri ou Ødegaard, ce peut aussi être l'usure physique et mentale qui affecte des joueurs constamment sous pression -, où trouver une solution sans mettre à mal la systématisation qui a amené ces joueurs où ils sont ? Ce qui est "automatique" devient prévisible, et donc plus aisé à contrer.
Or Manchester City et Arsenal, chacun à leur manière, sont devenus prévisibles. Le juego de posicion de Guardiola se met à ressembler à un carcan dont le poids affecte de plus en plus un effectif vieillissant. L'étrange réticence d'Arteta à expérimenter davantage permet à ses adversaires de mieux contenir une équipe qui, en règle générale, n'apporte plus le danger que par les coups d'éclat de Martin Ødegaard et de Bukayo Saka et les coups de pied arrêtés minutieusement préparés par Nicolas Jover.
les vertus du déséquilibre
Ce que tous deux ont perdu, à la différence du Liverpool de Slot et du Chelsea de Maresca, est leur capacité d'improvisation. A City, seul Jérémy Doku (et encore, à sa façon, elle aussi prévisible) semble se sentir suffisamment libre de ses mouvements pour tenter des gestes qui surprendront son entraîneur. Les autres fantasistas - Bernardo Silva, Jack Grealish, Phil Foden - donnent, eux, l'impression de se donner un temps de réflexion avant de dribbler, passer ou frapper, comme s'ils se posaient ces questions : "est-ce le moment de dribbler ? De passer ? De frappe ?"
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Guardiola a-t-il perdu ses hommes ? "Il y a quelque chose de cassé"
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Cette fraction de seconde d'hésitation, qu'ils ne perçoivent peut-être pas eux-mêmes, suffit à altérer le tempo de leur équipe, à la faire paraître lourde et empruntée, un comble pour une équipe guardiolienne. Il en va de même à Arsenal, où la crainte de perdre le ballon en milieu de terrain est si aigüe qu'elle mène des joueurs comme Declan Rice ou Mikel Merino - voire William Saliba, qui a et la technique et la vision pour devenir un meneur de jeu reculé à la Koeman - à d'abord éviter toute prise de risque 'inutile'. Le résultat est que cet Arsenal, en possession du ballon, se met souvent à ressembler à celui d'Unai Emery, ce qui, sans faire insulte à cet autre Basque, n'est pas le meilleur compliment.
Tel est le prix de la systématisation quand celle-ci touche à tous les aspects du jeu, quand on ne fait que "mettre en place", alors que le mot d'ordre pour faire rompre d'autres équipes qui, elles aussi, seront systématisées, c'est créer...le désordre, justement ; déséquilibrer, ce qui implique d'être prêt à sacrifier une partie de son propre équilibre pour parvenir à ses fins. Guardiola comme Arteta ont les joueurs pour cela. La question est de savoir s'ils sont capables de se faire violence pour en avoir la preuve.
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