Premier League – Un doublé et une question : Dibu Martinez est-il le meilleur gardien du monde ?
Mis à jour 31/10/2024 à 09:49 GMT+1
Emiliano Martinez n’est pas un imposteur. Double vainqueur du trophée Yachine (une première), décerné lors du gala du Ballon d’Or lundi, le portier de l’Argentine et d’Aston Villa ne cesse de passer des paliers depuis son avènement tardif au très haut niveau. Suffisant pour être considéré comme le meilleur gardien de la planète ? "Dibu" a en tout cas des arguments à faire valoir.
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Video credit: Eurosport
Son surnom, ‘Dibu’, sillonne les rues de Paris précédé d’une réputation tapageuse, qui vaut à son propriétaire, le fiévreux gardien argentin Emiliano Martinez, des retrouvailles à chaque fois sur des braises avec le public tricolore. Une gueule, une gouaille, des arrêts spectaculaires : le dernier rempart de l’Albiceleste a tout ce qu’il faut pour scotcher son reflet sur la rétine des spectateurs. Adulé en Argentine et chez les Villans, Martinez (32 ans) cultive, parfois malgré lui, une relation aux relents de souffre avec une partie de la planète football.
Cela n’a pas empêché le collège de votants du Ballon d’Or de le célébrer pour la deuxième année consécutive comme lauréat du trophée Yachine, distinction couronnant en filigrane le "meilleur gardien au monde de la saison écoulée." Si le premier sésame portait l’empreinte intemporelle et massive d’une Coupe du monde pleinement réussie, le second renvoie le grand public à une lecture plus approfondie et lucide du joueur, derrière le personnage qui agace tant.
L’expert des grands rendez-vous
L’acmé de sa saison, la Copa America remportée sur le sol américain en juillet, a suivi les mêmes ornières que le succès décroché un an et demi auparavant. Mieux encore, si ‘Dibu’ s’était montré particulièrement frileux en phase de poules du Mondial qatari, avant de monter en puissance dès les huitièmes contre l’Australie, le natif de Mar del Plata a cette fois été impeccable du début à la fin de la compétition.
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Emiliano Martinez avec le trophée de meilleur gardien de la Copa America 2024.
Crédit: Getty Images
Dans le pays de l’Oncle Sam, Martinez n’a encaissé qu’un but, contre l’Équateur en quarts de finale, avant d’écœurer les joueurs de La Tri lors de la séance de tirs au but (deux arrêts). Cimenté dans son style caractéristique, qu’il expose au gré des parades réflexes sur sa ligne ou dans un style plus libéro, le portier a gagné ses galons de véritable tour de contrôle de sa défense. Une évolution accompagnée d’une prise de dimension supérieure à Aston Villa. Quelquefois livré à lui-même dans le football proactif et parfois déséquilibré d’Unai Emery, Martinez a offert aux fans des Villans quelques arrêts de grande classe lors des nombreux face-à-face qu’il a dû négocier.
Son arme fatale ? La psychologie
Une configuration tirée d’un western de Sergio Leone, où l’emprise mentale prend le pas sur les compétences strictement techniques. Voilà ce qu’apporte Emi Martinez au gotha des gardiens de son époque. Muni d’un sang-froid à toute épreuve, l’ex-Gunner est passé maître dans l’art d’attendre le bon moment pour surgir entre le cuir et les filets. Presque deux ans après, la France s’en souvient encore. La clé ? Un protocole tissé de longue date avec un psychologue.
"J’ai fait appel à mon psychologue les trois jours après la défaite contre l’Arabie saoudite (1-2), livrait Martinez à ESPN en décembre 2023. Je me sentais si mal, seul dans ma chambre. J’avais si peur de rentrer déjà à la maison." Encore chancelant contre le Mexique (2-0), "Emi" avait finalement pris la mesure de l’événement, accomplissant comme avant chaque match un long échauffement avec en amont des exercices de méditation et de visualisation.
En quête de légitimité derrière l’ombre du duo Alisson - Ederson
La recette fonctionne à merveille chez les champions du monde en titre. Mais qu’en est-il en club ? Cueillis à leur état brut, les chiffres ne penchent pas forcément du côté de Martinez. Avec 48 buts encaissés en Premier League, le bilan est mitigé, digne d’un portier du milieu de tableau, alors que les Villans ont terminé à la 4e place. En comparaison, Alisson (Liverpool, 30 buts encaissés) et Ederson (Manchester City, 27 buts encaissés) affichent un rendement hautement plus convaincant.
Un détail permet pourtant de nuancer ces chiffres. D’abord le nombre de matches disputés. Martinez a joué 33,5 rencontres (d’après les données de fbref.com), contre seulement 28 pour Alisson et 30,9 pour Ederson. Certains domaines suggèrent tout de même une marge de progression, notamment dans le domaine aérien (10 buts encaissés sur corner, le troisième pire bilan pour un gardien de l’élite anglaise), mais le principal est ailleurs. Martinez est noté deuxième meilleur gardien de Premier League d’après l’outil de notation d’Opta, calculant le rapport entre les tirs reçus et les arrêts effectués.
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Emiliano Martinez en pleine célébration avec Aston Villa.
Crédit: Getty Images
Rajoutez à cela un style de portier-libéro nécessaire chez certains entraîneurs (2,06 actions hors de sa surface par match, 3e dans ce domaine dans le Royaume), et vous obtenez un candidat sérieux au titre de meilleur gardien du monde. Outre-Manche, le débat n’est pas tabou, même si Ederson et Alisson conservent une petite avance auprès d’une partie des observateurs. Unai Emery, lui, n’est pas du genre à tomber dans l’emphase pour un joueur en particulier, mais son hommage rendu en terre lilloise après une bataille psychologique (encore) remportée par le concerné se suffit à lui-même : "Il est très important pour nous. Il a une mentalité vraiment brillante. Sur le terrain, il a sa personnalité et il a joué de façon fantastique, je suis très fier de lui." Marquer ses pairs et son époque : qu’il soit cahoteux ou sulfureux, Dibu Martinez est sur le bon chemin.
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