Quatrième, Nottingham Forest flambe : une surprise, pas un miracle
Eurosport sur GoogleAvant la dernière journée de la phase aller, personne n'aurait imaginé Nottingham Forest à deux points de la deuxième place, un seul du podium. Forest surprend son monde et devance les deux clubs de Manchester, ou encore Tottenham. Un classement étonnant oui, mais pas sans raisons. Et celle-ci ne sont pas exactement des plus romantiques.
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En enchaînant quatre victoires de rang, la dernière face à Tottenham, le club où Nuno Espirito Santo n'avait tenu que le tiers d'une saison il y a trois ans, Nottingham Forest s'est assuré d'entamer l'année 2025 dans le quatuor de tête de la Premier League. Une surprise ? Certainement. Un miracle ? C'est moins sûr. Une leçon pour d'autres ? Probablement.
Ce à quoi on assiste aujourd'hui n'est pas le fruit du hasard ou d'un alignement des planètes que nul n'avait su prédire. C'est la récompense d'une stratégie adoptée en toute connaissance de cause par un propriétaire, Evangelos Marinakis, qui n'a pas pour habitude d'accepter que les choses se refusent à lui. Cette stratégie comportait une grosse part de risque; mais elle était aussi peut-être la seule qui permît à un club sorti de l'élite il y a vingt ans de cela, et revenu au plus haut niveau par la loterie des play-offs, d'échapper au destin de la majorité de ces figurants d'une saison qu'on voit s'extraire du Championship pour y revenir aussitôt.
Une équipe entière achetée en un été
Quelle était-elle, cette stratégie ? Dépenser. Dépenser plus, bien plus, que ce que permettaient les réglementations de la Premier League. Marinakis et ses conseillers savaient qu'il était improbable que Forest échappe à une déduction de points. Ce qui comptait était de se constituer un coussin suffisamment confortable pour pouvoir encaisser le choc à venir.
Dans l'espoir de retrouver la Premier League, le club choisit donc de se lancer dans une politique de recrutement qui serait hors de portée de quasiment tous les autres clubs des cinq grands championnats européens. En France, seul le PSG aurait les reins assez solides pour y survivre financièrement. Vingt-sept joueurs arrivèrent au City Stadium en 2022-23, et cinq autres débarquèrent en prêt. Le coût de l'opération s'élevait à 142,8 millions de livres sterling, soit 164 millions d'euros. Nottingham Forest était alors encore en D2.
Comprenons-nous : 164 millions d'euros net, soit trois fois et demi le budget actuel du Stade Brestois, soit presque trente-cinq millions de plus que ce que les dix-huit clubs de Ligue 1, pris ensemble, dépensèrent en nouveaux joueurs l'été de la promotion de Forest. Non, l'histoire qui s'écrit à Nottingham n'est pas le conte de fées qu'on aurait pu croire, même si retrouver le double champion d'Europe de Brian Clough tout en haut du tableau peut faire vibrer notre fibre nostalgique.
Un statut assumé de hors-la-loi
Lorsque l'heure vint de faire les comptes, Forest affichait une perte sèche de 95 millions de livres, 34 millions de plus que le maximum toléré par la Premier League, qui aurait pu sanctionner le club d'un retrait de six points, mais s'en tint à quatre, Forest ayant coopéré de bonne grâce avec les experts de la PL. Une sorte de remise de peine pour bonne conduite, si vous voulez.
Marinakis et les siens avaient vu le coup venir, et savaient à quelle sauce ils pourraient être mangés. Ils firent donc le dos rond, et survécurent en devançant de six points le premier relégué, Luton Town, qui, lui, était resté dans les clous tout du long, et dont l'incroyable ascension de la League Two à la PL était le vrai "conte de fées" de cette saison de Premier League. Mais qui est aujourd'hui en course pour une place en Europe ?
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Nottingham Forest n'est pas le premier club anglais à avoir compris que vivre au-dessus de ses moyens était l'une des seules façons de vivre tout court dans le championnat le plus riche de la planète. Bournemouth ne s'y était pas pris autrement pour gravir quatre à quatre les échelons de la pyramide du football anglais. Le Wrexham de Ryan Reynolds et Rob McElhenney idem. Mais ni Bournemouth, ni Wrexham n'avaient misé autant sur l'espoir de rafler le tapis comme Forest le fit.
Des gros sous oui, des bons choix aussi
L'argent n'explique évidemment pas tout. Comparé aux effectifs d'un Aston Villa ou d'un Tottenham, voire d'un Brighton, l'escouade de Nuno Espirito Santo peut paraître en recul sur le plan de la qualité intrinsèque des joueurs concernés. Les "stars" de Forest cette saison s'appellent Chris Wood, Elliott Anderson, Callum Hudson-Odoi, Nikola Milenković, Ryan Yates, Ola Aina, Anthony Elanga, Matz Sels - oui, l'ancien du RC Strasbourg, brillant contre les Spurs il y a quelques jours - et Morgan Gibbs-White.
Hormis le dernier nommé, une merveille d'attaquant qui mérita pleinement d'être appelé par Lee Carsley en équipe d'Angleterre en septembre dernier, aucun de ces noms ne figurerait sur la liste 'A' des amateurs de la Fantasy Football League. Ceci ne les a pas empêchés de briller. Quiconque les avait choisis avait eu du nez; comme Marinakis eut du nez de se souvenir de "Nuno" lorsqu'il se sépara de Steve Cooper en novembre 2023.
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Nuno Espirito Santo, l'entraîneur de Nottingham Forest
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Ils n'auraient pas été nombreux à faire confiance au Portugais à ce moment-là non plus, alors qu'il venait d'être licencié sèchement par ses employeurs saoudiens d'Al Ittihad. Non, l'argent n'explique pas tout. Il n'explique pas un succès 1-0 à Anfield en septembre, la seule défaite concédée - toutes compétitions confondues - par Arne Slot et les siens cette saison. Et la première victoire de Forest sur Liverpool - là aussi, toutes compétitions confondues - depuis 1969. Il n'explique pas le 3-2 ramené d'Old Trafford au début de ce mois, alors que cela faisait trente ans que Forest ne s'était imposé sur le terrain de Manchester United.
Ces résultats et ce classement inespéré - la survie dans l'élite quasiment assurée avant la Saint Sylvestre, qui l'eut cru ? - doivent forcer le respect, tout comme le travail de Nuno Espirito Santo, qui est parvenu à faire un tout d'un assemblage de talents pour le moins hétéroclite. Et, c'est vrai, la ferveur du City Ground manquait à la PL, tout comme Nottingham, sa rivière Trent et ses pubs. Cela ne veut pas dire qu'on doit oublier comment Forest est redevenu une force dans le football anglais. C'est aussi ça, la leçon de leur comeback, dans laquelle on a le droit de sentir une pointe d'amertume.
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