Un vent de rebellion souffle sur Tottenham et vise son président et actionnaire Daniel Levy

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Les supporters de Tottenham, actuellement 14ème de la Premier League, se préparent à ce qui devrait être la plus grande manifestation de protestation de l'histoire de leur club, dimanche, à l'occasion de la visite de Manchester United (17h30). Mais ce n'est pas leur manager Ange Postecoglou qui en sera la cible ; c'est leur président et actionnaire Daniel Levy. Voici pourquoi.

"Levy Out", le leitmotiv des fans de Tottenham ces dernières semaines

Crédit: Getty Images

Ce n'est pas à Ange Postecoglou que les supporters de Tottenham s'en sont pris tout au long de la défaite 1-2 des Spurs en FA Cup à Villa Park dimanche dernier. C'est à leur président Daniel Levy, peut-être le dirigeant actuel d'un club de Premier League le plus honni par ses propres fans, encore que Sir Jim Ratcliffe lui fasse une concurrence de plus en plus sérieuse à Manchester United.
Le refrain tenait en deux mots, "Levy out!", comme si ces supporters en colère avaient perdu la patience nécessaire pour en ajouter quelques autres - pas de ceux qu'on utiliserait devant les enfants. C'était plus que de la frustration ou de la colère. C'était aussi l'expression d'une impuissance, car si la vox populi parvient parfois à se débarrasser d'un entraîneur, d'un dirigeant ou d'un propriétaire, presque jamais. Ce n'est pas cela qui va la calmer.
Il n'y a pas que les résultats qui expliquent cette hostilité, même si, récemment, ils ont été catastrophiques. Six défaites et un nul dans les sept matches de championnat joués entre le 22 décembre et le 26 janvier. Sept points sur trente-sept possibles depuis l'incroyable victoire 4-0 du 23 novembre à Manchester City. Bye-bye Coupe de la League, bye-bye la FA Cup. Il n'y a qu'en Europa League que les choses vont bien, avec une place assurée pour les huitièmes de finale suite aux victoires sur Hoffenheim et Elfsborg.

Postecoglou est victime, pas coupable

Pour un club comme Tottenham, finaliste de la Ligue des Champions en 2019 - comme cela semble loin aujourd'hui -, à la recherche d'un trophée depuis 2008, cela ne peut suffire ; mais cela n'explique pas comment ces fans ont pu se retourner contre un homme qui avait 8 ans lorsqu'il assista au premier match de ses Spurs bien-aimés, autrement dit : qui était l'un d'entre eux.
D'ordinaire, quand les choses vont mal pour une équipe, c'est son entraîneur qui fait office de paratonnerre, mais pas cette fois. Ange Postecoglou n'a pas été complètement épargné, mais est davantage perçu comme une victime de ce qui tient lieu de stratégie à son président plutôt que comme le grand coupable de l'affaire. Ces fans apprécient le franc-parler et l'accessibilité de l'Australien. Ils n'ont pas oublié le coup de fouet qu'il avait donné à son nouveau club l'an dernier, quand les Spurs, désormais privés de Harry Kane, finirent néanmoins cinquièmes du championnat, à deux points seulement d'une qualification pour la Ligue des Champions.
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BIRMINGHAM, ENGLAND - FEBRUARY 09: Ange Postecoglou, Manager of Tottenham Hotspur, looks dejected after the team's defeat in the Emirates FA Cup Fourth Round match between Aston Villa and Tottenham Hotspur at Villa Park on February 09, 2025 in Birmingham, England. (Photo by Harry Murphy - AVFC/Aston Villa FC via Getty Images)

Crédit: Getty Images

Qui plus est, ils l'avaient fait en jouant un football débridé en phase avec leur attente et leurs traditions, le football qui avait aussi permis aux Spurs de passer sept buts aux deux clubs de Manchester cette saison, avant que la machine s'enraye suite à une invraisemblable cascade de blessures, en défense en particulier.

Des décisions qui fâchent

C'est que "Ange" n'est pas le premier manager de Tottenham à souffrir des choix de ses dirigeants, notamment en termes de recrutement, malgré les investissements plus que conséquents en nouveaux joueurs de ces dernières années. Ces fans se demandent encore comment Levy avait pu juger bon de se séparer de Mauricio Pochettino, manager qui avait fait de leur club un prétendant légitime au Top 4. Ils voient aussi la qualité du travail de Nuno Espirito Santo à Nottingham Forest et se demandent si, tout compte fait, c'était bien à cause de lui que les Spurs avaient piqué du nez, même si Antonio Conte parvint ensuite à les faire revenir en Europe.
Et puis il y a ces "détails" qui font mal, comme la décision de Daniel Lévy d'augmenter le prix des abonnements de 6% pour la saison 2025-26 (*) et de ne plus accorder de réduction aux retraités à partir de cette date. Le club blâme une situation financière délicate pour cette décision - mais pas si délicate qu'elle ait empêché Levy de s'auto-attribuer presque 8 (!) millions d'euros de salaire et de primes en 2022-23, alors que les Spurs avaient enregistré une perte de 104 millions cette saison-là.
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Daniel Levy, le président de Tottenham, durant une rencontre de Premier League face à Bournemouth, le 31 décembre 2023

Crédit: Getty Images

Cette perte, comme celles des deux saisons précédentes (161 millions au total), s'expliquait d'ailleurs surtout par le coût du remboursement des emprunts pris par le club pour financer la construction de son magnifique nouveau stade. Tottenham figure toujours dans le Top 10 de la Deloitte Money League, à la neuvième place, avec un chiffre d'affaires de 615 millions d'euros sur le dernier exercice.
Pour Levy, cela n'est pas assez. "Pour continuer à investir dans l'équipe et entreprendre de futurs projets d'investissement, le club a besoin d'une augmentation significative de sa base de capitaux propres", dit-il en avril dernier. Tottenham a donc mandaté Rotschild & Co pour encadrer les discussions avec d'éventuels investisseurs.
C'est une affaire de passion, de fierté
Or ceux qui tiennent la corde aujourd'hui ne sont pas nécessairement du goût des supporters. Selon les informations du Guardian, il s'agirait d'un groupe d'investisseurs qataris privés dont l'identité est encore inconnue, distincts de QSI (les propriétaires du PSG) et de Sheikh Jassim al Thani, un temps candidat supposé à l'achat de Manchester United. Qui plus est, ce consortium serait ouvert à la possibilité de conserver Daniel Levy à la tête de l'organigramme du club, en qualité de "président exécutif". Rien n'est garanti faire enrager les supporters plus que ceci.
Aussi, ce dimanche, quand ce sera au tour de Manchester United de visiter le Tottenham Hotspur Stadium, les caméras seront là de bonne heure. Un groupe d'abonnés, Change for Tottenham, va organiser une manifestation devant le stade avant le coup d'envoi du match, et un sit-in dans la Tribune Sud après le coup de sifflet final. "C'est une affaire de passion, de fierté, et de protéger notre club de l'échec causé par l'avidité. ENIC [l'actionnaire majoritaire, dont Levy est directeur général et détient un quart des actions] a immensément profité de Tottenham Hotspur tout en négligeant leur responsabilité de vrai gardien de notre grand club".
Une chose est certaine : Levy n'a aucune intention de se retirer de la scène, les supporters le savent, et leur détermination n'en sera que plus forte pour cela. Le vent de rebellion qui souffle sur Tottenham n'est pas sur le point de tomber.
(*) L'abonnement le moins cher sera alors de 856 livres sterling, soit l'équivalent de 1029 euros, soit 54 euros par match de Premier League.
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