Après le licenciement de Liam Rosenior : Chelsea, l'agonie d'un "modèle"
Eurosport sur GoogleAprès avoir débarqué Enzo Maresca en fin d'année dernière, les dirigeants de Chelsea ont décidé de mettre fin au mandat de Liam Rosenior, arrivé avec beaucoup de scepticisme depuis le RC Strasbourg. Le jeune coach est une énième victime d'un modèle sans queue ni tête, qui vire au fiasco sportif mais, surtout, au naufrage financier. Explications avec notre correspondant, Philippe Auclair.
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Liam Rosenior n'aura donc duré que trois mois et demi. Il trône désormais seul tout en haut de la liste des entraîneurs permanents ayant dirigé le plus petit nombre de matches de Chelsea en Premier League : vingt-trois, contre trente-et-un pour Graham Potter et trente-six pour Luis Felipe Scolari.
Avait-il vraiment "perdu le vestiaire" comme on l'a écrit ici ou là ? Pas exactement. Il ne l'avait jamais gagné.
Il était arrivé sur un champ de bataille, une scène de carnage, pour prendre la place d'un entraîneur, Enzo Maresca, en qui ses joueurs n'avaient pas cessé de croire (*), et pour cause : Chelsea avait achevé la saison 2024-25 avec deux titres en poche, la Europa Conference League et, surtout, la toute nouvelle et pas si belle Coupe du Monde des Clubs.
Chelsea avait aussi obtenu son ticket pour la présente édition de la Ligue des Champions grâce à une fin de saison des plus réussies, qui lui avait permis de passer devant Newcastle et Aston Villa dans les dernières longueurs. Se séparer de l'Italien - dont on parle aujourd'hui comme d'un possible successeur de Pep Guardiola à Manchester City - n'avait pas le moindre sens.
Les Blues avaient vécu un automne compliqué, mais pointaient toujours à la cinquième place du championnat d'Angleterre, trois points seulement derrière Liverpool, et n'étaient qu'à une victoire d'une qualification directe pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Le match à suivre ? L'accueil du champion de Chypre Pafos à Stamford Bridge, pas vraiment un Everest à gravir.
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Enzo Maresca, l'ancien coach de Chelsea
Crédit: Getty Images
Erreur de timing, erreur de casting
Les dirigeants de Chelsea, Behdad Eghbali en tête, crurent néanmoins nécessaire de trancher dans le vif ; comme ils l'ont fait à nouveau ce mercredi en se débarrassant du jeune entraîneur appelé en catastrophe du RC Strasbourg. "Faut qu'ça saigne!", comme chantait Boris Vian.
Et, tels des médecins de Molière qui infligeraient saignée après saignée à un hémophile, Eghbali, Boehly et les autres se retrouvent au chevet d'un mourant, incapables de voir que si le patient va si mal, c'est tout de même un peu, beaucoup de leur faute. C'est cela qui doit inquiéter les supporters des Blues, bien plus que la série de cinq défaites de rang en championnat (une première depuis 1912, et sans marquer le moindre but) qui a fini par coûter son job au jeune technicien anglais qui avait encore cinq ans de contrat à courir.
Personne ne doute vraiment de ce que la nomination de Rosenior eût été une erreur de casting directement imputable aux metteurs en scène de cette farce qu'est devenu Chelsea. Se séparer de lui était devenu inévitable ; mais le véritable égarement avait été de faire appel à lui en premier lieu. Ce ne sont pourtant pas les avertissements qui avaient manqué.
Quelles que soient ses qualités, Rosenior n'avait pas l'expérience nécessaire pour s'occuper d'un champion du monde en titre. Il ignorait quasiment tout du haut niveau, hormis un vécu de joueur honorable mais pas transcendant (*), il y a une décennie et plus de cela.
Son profil psychologique, courtois et policé, et son image "intello" n'en faisaient pas non plus un choix évident pour veiller sur un groupe de joueurs connus pour leur indiscipline, dont quelques-uns adoptèrent d'emblée une posture moqueuse - comme lorsque leur manager arriva au centre d'entraînement de Cobham sans ses lunettes, ce que quelques fortes têtes interprétèrent comme une tentative de se "durcir", et donc comme un aveu de faiblesse. Un joueur l'aurait surnommé "le prof stagiaire", prouvant qu'un surnom n'est pas toujours une marque d'affection dans une équipe de football.
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Liam Rosenior, à l'entraînement (et sans ses lunettes) avec Chelsea
Crédit: Getty Images
Lorsqu'il mit Enzo Fernandez à l'écart pendant deux semaines, et pour d'excellentes raisons (*), l'encadrement du club l'avait tout d'abord soutenu. Après quoi Fernandez - son capitaine ! - retrouva le groupe et se fit remarquer par son attitude après une nouvelle raclée, à Brighton, cette fois (0-3), se dirigeant vers les supporters de Chelsea qui n'avaient pas encore quitté l'Amex Stadium pour... hausser les épaules sans les applaudir. Souhaitons bonne chance au manager qui va hériter de footballeurs de ce genre.
302 millions d'euros de pertes
Rosenior n'était, cela dit, pas incompétent. Pas préparé, pas prêt, surtout ; mais pas incompétent. Les incompétents, c'étaient et ce demeurent les dirigeants de BlueCo, pour qui c'est toujours la faute d'un autre quand les choses tournent vinaigre. Mais s'ils peuvent se servir de leurs entraîneurs comme de boucs émissaires quand le terrain ne répond plus, c'est bien à leur porte qu'il faut frapper pour rencontrer les architectes de cette catastrophe économique qu'est Chelsea, maintenant que Roman Abramovitch n'est plus là pour soutenir le club avec ses troubles milliards.
Les derniers comptes du club, disséqués avec l'oeil et le scalpel d'un médecin-légiste par l'analyste des finances du football Swiss Ramble, référence en la matière, peignent le portrait d'un agonisant.
Les pertes du club pour la saison 2024-25 se montent à - accrochez-vous - 262 millions de livres sterling, soit 302 millions d'euros, un nouveau record d'Angleterre, en dépit des 98 millions encaissés grâce à la victoire des Blues en Coupe du Monde des Clubs. La saison précédente, Chelsea avait enregistré un bénéfice de 148 millions d'euros...mais uniquement en prenant en compte les 229 millions générés par la vente des féminines à une autre entité contrôlée par BlueCo, un tour de passe-passe comptable que la Premier League trouva le moyen d'approuver, comme elle avait approuvé la vente des hôtels du club...au club la saison précédente.
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Todd Boehly, co-propriétaire de Chelsea
Crédit: Getty Images
Si ce n'était pas un club de foot...
Dans n'importe quel autre secteur économique, Chelsea FC serait au bord de la cessation de paiement. Le club est à ce point à court d'argent, grevé qu'il est par une masse salariale colossale (*), qu'il s'est vendu pour 315 millions d'euros d'avoirs à lui-même depuis que Boehly et ses associés en ont pris le contrôle, presque autant que les dix-neuf autres clubs de Premier League pris ensemble.
Or, si l'on exclut ces ventes de la main gauche à la main droite ainsi que les revenus dits "exceptionnels" enregistrés par Chelsea depuis trois ans, les pertes du club s'élèvent à 786 millions d'euros sur cette période. Nous avons bien affaire à des génies du business.
Rosenior est donc parti, comme Maresca et Tuchel avant lui ; et si l'on va au fond du problème, ces départs ne l'ont en rien résolu, car ce sont ceux qui les ont décidés qui en sont la cause. Ceux-là, assis dans leurs certitudes et confits dans leur vanité, n'avoueront jamais qu'ils ont eu tort. Si Chelsea, déjà pris de vertige, perd pied pour de bon, ce sera la faute de ceux qui l'ont guidé, pas de ceux qui ont tenté d'emboîter le pas.
(*) Marc Cucurella parlant de Maresca: "l'instabilité du club vient de [son licenciement]".
(*) Avec Fulham, Reading, Hull City et, le temps de trois matches, Brighton en Premier League.
(*) Le joueur argentin s'était publiquement plaint de la perte d'identité de l'équipe sur le terrain et à l'entraînement après le départ de Maresca, et avait également sous-entendu qu'il pourrait quitter Stamford Bridge à l'inter-saison.
(*) 414 millions d'euros, soit 73% du chiffre d'affaires du club, comparé à 50% pour Arsenal ou 47% pour Manchester United. C'est la cinquième année de suite que Chelsea dépasse le seuil de 70% fixé par l'UEFA.
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