Premier League - Arne Slot, le pourquoi d'une noyade à Liverpool
Eurosport sur GoogleDans sa chronique hebdomadaire, Philippe Auclair revient sur la dérive de Liverpool, qui affronte West Ham pour le compte de la 13e journée de Premier League dimanche après-midi. Vertement tancé malgré la reconnaissance de ses responsabilités, Arne Slot pâtit de la désastreuse passe des Reds. Au point de se demander si malgré les succès de l'an passé, il est vraiment à sa place...
Arne Slot contre le PSV Eindhoven, le 26 novembre dernier.
Crédit: Getty Images
Le constat peut sembler cruel : on parle du technicien qui avait brillamment assumé la succession "impossible" de l'un des plus grands entraîneurs de l'histoire du football anglais ; mais il n'est pas injuste pour autant. Ce constat, le voilà : Arne Slot a gagné avec l'équipe de Jürgen Klopp ; il perd avec la sienne.
Il n'est pas devenu un "mauvais" entraîneur en l'espace de quelques mois. Il n'a rien perdu des qualités qui lui avaient permis de faire de Feyenoord un champion des Pays-Bas avant de mener les Reds au titre dès sa première saison à Anfield, et de si belle manière. Il n'a rien perdu de sa franchise non plus, et assume pleinement la responsabilité de ce qui ressemble de plus en plus à un naufrage, quand on pensait que son Liverpool new-look allait tout emporter sur son passage. Au lieu de quoi...
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Les Reds désabusés contre Forest, le 22 novembre 2025.
Crédit: Getty Images
Slot a gagné avant de s'installer
Il s'était fondu avec une telle aisance dans son rôle à Liverpool, et avec un tel succès, qu'on en avait oublié combien il était inexpérimenté. Slot n'avait coaché que cinq saisons aux Pays-Bas (en incluant une année passée en D2 à Cambur au tout début de sa carrière), un "temps de jeu" bien limité pour un technicien qui entrait dans sa 46ème année lorsque les Reds firent appel à lui.
Le transfert le plus coûteux qu'il avait eu à gérer à Feyenoord (celui du défenseur slovaque David Hancko) était inférieur à 9 millions d'euros. Douze mois après son arrivée à Anfield, le voilà qui supervisait avec ses dirigeants, avec son directeur exécutif Michael Edwards en particulier, le mercato le plus faramineux de l'histoire du club. Douze mois après son arrivée à Anfield, il entrait dans un nouveau monde, sans carte et sans boussole. La transition, la vraie, pouvait commencer pour de bon. Et Slot n'a pas fait que s'égarer. Il s'est perdu.
Douteux mercato
Ceux qui critiquent aujourd'hui l'ampleur des changements apportés à l'effectif des champions en titre oublient un peu vite que ces changements étaient devenus une obligation. Oui, on peut se demander s'il était vraiment nécessaire de poursuivre Alexander Isak avec autant d'alacrité quand Hugo Ekitike avait déjà rejoint les Reds. On peut douter de la sagesse de donner un nouveau contrat à Mohamed Salah, quand l’Égyptien était à quelques mois de son 34ème anniversaire.
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Mohamed Salah et Arne Slot lors de Liverpool-PSV Eindhoven.
Crédit: Getty Images
On peut pointer du doigt l'échec des négociations engagées bien trop tardivement pour acquérir Marc Guéhi. On peut aussi se demander si laisser partir Luis Diaz et Darwin Nuñez, deux authentiques guerriers, était une si bonne idée que cela, et pleurer une nouvelle fois le destin tragique de Diogo Jota, dont on ne saura jamais combien il a marqué ses coéquipiers.
Néanmoins, Liverpool se devait de changer, et pas seulement parce que trop de ses joueurs-clé avaient atteint ou dépassé la trentaine. Pour ceux-là, le titre de 2024-25, acquis avec un effectif intégralement hérité de Jürgen Klopp, devait être le dernier coup d'archet. Slot avait su leur faire apprendre une nouvelle partition, mais le temps était venu de remplacer de nombreux pupitres. Il n'avait pas le choix.
Gérer le changement
Alex Ferguson, quand on lui demandait en quoi consistait son travail, aimait répondre qu'il avait pour tâche de "gérer le changement" ; d'identifier le moment auquel il était devenu nécessaire d'assembler une nouvelle équipe qui puisse faire aussi bien que celle qui l'avait précédée. Le Manchester United de Cantona n'était plus celui qui avait remporté la Coupe des Coupes en 1991 ; le Manchester United du miracle de Barcelone, en 1999, n'était plus celui de King Eric ; et ainsi de suite. Une équipe se doit de muer pour continuer à vivre. Liverpool ne pouvait se contenter de faire du surplace sous peine de régresser. Ce n'est pas le changement qui doit être questionné : c'est sa gestion, et celle-ci a été catastrophique.
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Florian Wirtz
Crédit: Getty Images
Le talent des recrues censées propulser les Reds dans une nouvelle ère n'est pas en cause, quelles que soient les difficultés qu'elles continuent de rencontrer, Florian Wirtz et Alexander Isak les premiers. Ce n'est pas leur faute si Liverpool, qui continue de se créer occasion sur occasion, est amnésique quand il s'agit de défendre : un bilan de 32 buts encaissés en l'espace de 19 matches, toutes compétitions confondues, se passe de commentaire. Trois buts ou plus concédés lors de trois matches consécutifs, deux d'entre eux à domicile, on n'avait pas vu cela depuis septembre 1992, lors de la dernière saison complète de Graeme Souness à la tête du club.
Klopp ou Luis Enrique à la rescousse ?
De ce point de vue, la main aberrante de Virgil van Dijk face au PSV Eindhoven avait valeur de symbole. Un ami belge me la décrit comme le geste-réflexe d'un homme qui a perdu pied et est en passe de se noyer, essaie désespérément de refaire surface mais est aspiré par le courant. Slot s'est laissé emporter.
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La main de Virgil Van Dijk contre le PSV mercredi.
Crédit: Getty Images
Que faire? Le Néerlandais affirme toujours avoir le soutien de ses dirigeants. Le Kop ne réclame pas sa tête. Cela n'empêche pas qu'on parle d'un retour de Jürgen Klopp dans le rôle de traghettatore – l'intérimaire chargé de faire passer la barque d'une rive à l'autre en attendant la désignation d'un nouveau capitaine, qui pourrait être Luis Enrique si l'on en croit la presse anglaise. Allez savoir.
Quoi que suggèrent les grands titres, la situation de Liverpool n'a rien de désespéré. Que les Reds l'emportent à West Ham ce dimanche (15h05), comme ils l'ont fait six fois sur neuf depuis mai 2017, puis battent Sunderland ce 3 décembre à Anfield, où les Black Cats n'ont pas gagné depuis 1983, et ils se replaceront dans le petit groupe des poursuivants d'Arsenal. Ils ne sont pas non plus en danger de quitter la Ligue des Champions d'entrée de jeu, même si le déplacement à l'Inter, ce 9 décembre, pourrait être lourd de conséquences. Se battre sans se débattre, voilà le secret pour survivre quand on est en passe de s'engloutir. À Slot d'apprendre à nager.
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"Ce que Slot doit régler, c’est le b.a-ba du métier d’entraîneur"
Video credit: Eurosport
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West Ham
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