Arsenal : L'affaire Thomas Partey et le silence de la honte

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Ce vendredi, Thomas Partey a été inculpé pour viols comme l'a annoncé la police britannique. Les faits se seraient produits entre 2021 et 2022 mais Arsenal a continué de l'aligner, comme si de rien n'était. Le silence du club, assorti à celui du monde du football dans sa globalité, est décortiqué par Philippe Auclair, notre correspondant au Royaume-Uni.

Mikel Arteta et Thomas Partey en novembre 2024

Crédit: Getty Images

Nous sommes tous coupables, parce que, tous, nous savions et que tous, nous sommes restés silencieux, depuis trois ans, depuis que Scotland Yard avait annoncé en juillet 2022 qu'un footballeur de 29 ans, soupçonné de viols multiples, avait été arrêté à Barnet - à une dizaine de kilomètres du centre d'entraînement d'Arsenal de London Colney -, puis libéré sous caution.
Nous savions que ce footballeur était Thomas Partey, dont l'inculpation formelle a été annoncée la semaine dernière, et qui comparaîtra devant le tribunal de première instance de Westminster ce 5 août (*).
"Nous", c'était les journalistes, les coéquipiers du joueur, son entraîneur et ses adjoints, la direction du club - mais pas les fans qui "savaient", eux aussi, ces fans qui l'ont hué à chacune de ses touches de balle sur un terrain de Premier League, qui avaient identifié le suspect sur les réseaux sociaux, lancé une pétition demandant sa mise à l'écart du groupe de Mikel Arteta et publié une lettre ouverte signée par plus de 8000 personnes, dans laquelle ils demandaient "la suspension de tout individu faisant l'objet de procédures criminelles".

Malaise et inaction

Pas un seul des commentateurs qui ont fait vivre les matches d'Arsenal pendant ces trois dernières années n'a jamais relevé ces huées à l'antenne et encore moins expliqué quelle en était leur cause. L'auraient-ils fait qu'ils auraient été immédiatement sanctionnés. Cela dit, est-ce une justification suffisante? Le malaise que nous ressentons à en parler maintenant est un début de réponse.
Alors, pourquoi n'avons-nous rien dit ? Et, surtout, pourquoi Arsenal n'a-t-il rien fait - et attendu le communiqué de Scotland Yard, publié quelques jours après l'expiration du contrat de l'international ghanéen, pour se fendre de deux lignes tout aussi honteuses que son attitude l'avait été depuis le début de l'affaire?
"Le contrat du joueur a pris fin le 30 juin", pouvait-on lire. "En raison d'une procédure judiciaire en cours, le club n'est pas en mesure de faire de commentaire sur ce cas".
Deux jours plus tard, l'arrivée du successeur de Thomas Partey dans l'entrejeu des Gunners, l'international espagnol Martin Zubimendi, était confirmée par le club. La vie pouvait poursuivre son cours tranquille pour le vice-champion d'Angleterre.
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Martin Zubimendi has signed for Arsenal

Crédit: Getty Images

Pendant trois ans, le club avait protégé son joueur. Fin mai, Mikel Arteta avait même suggéré que le Ghanéen qui, à son avis, "avait fait sa meilleure saison au club " et était "un joueur très important", pourrait demeurer un joueur d'Arsenal. La presse anglaise avait même fait état de pourparlers entre le nouveau directeur sportif d'Arsenal Andrea Berta et les représentants du footballeur (*), dont on disait qu'il espérait rester à Londres.
Mais nous nous sommes tus. Tous, nous sommes devenus les "malgré nous" de l'affaire Partey, les complices de ce qui est plus qu'une défaillance : une insulte aux victimes présumées de l'inculpé - elles sont trois - qui, pendant trois ans, auront vu l'homme qu'elles accusent être complimenté par son manager dans les médias, salué, par exemple, pour ses performances dans l'élimination du Real Madrid en quarts de finale de la dernière Ligue des Champions.

L'exemple Sigurdsson

Il est exact que, selon la lettre de la loi, Thomas Partey ne pouvait pas être nommé publiquement. Il demeure un suspect et bénéficie de la présomption d'innocence tant que la justice n'aura pas tranché. Ses droits, comme ceux de celles qui l'accusent, doivent être protégés. Cela, personne ne le nie. Qui plus est, les médias n'ont pas oublié comment la BBC, qui avait nommé Cliff Richard après une descente de police au domicile de la pop star, avait dû payer plus de 2 millions de livres de dommages et intérêts et de frais de justice. Cliff Richard, suspecté d'une agression sexuelle, n'avait jamais été inculpé. Le silence est d'or.
On peut donc se cacher derrière la loi, et tous, nous l'avons fait - alors que ce que nous cachions était visible de tous. Non, il n'y a pas de raison d'être fiers, même si le mutisme était imposé; c'est que nous nous en sommes servis comme d'une excuse.
Voilà pour nous.
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Thomas Partey

Crédit: Getty Images

Pour Arsenal, ses dirigeants et son manager, c'est une tout autre histoire. C'est qu'eux, s'ils ne pouvaient parler, pouvaient agir, comme au moins un autre club le fit de par le passé. Non pas Manchester City, qui ne suspendit Benjamin Mendy (lui aussi arrêté et inculpé de viol, acquitté plus tard) qu'après que son arrière gauche fut nommé par la police, mais Everton, qui n'attendit pas pour agir lorsque l'un de ses joueurs, soupçonné de pédophilie, fut mis à pied en 2021.
Là aussi, il ne fallut pas longtemps pour identifier l'individu en question, même si le club se refusa à donner un nom et si la presse joua le jeu du silence à cette occasion aussi. Il s'agissait de Gylfi Sigurdsson, et si l'on peut en parler aujourd'hui, c'est que, deux ans plus tard,  l'Islandais fut blanchi de toutes les accusations dont il était l'objet.
Ce que vécut Sigurdsson pendant deux ans fut un enfer dont il ne sortira jamais tout à fait. Il perdit sa famille. Sa carrière au plus haut niveau fut stoppée net (*), alors qu'il n'avait que 31 ans. Il se vit, surtout, soupçonné d'un crime hideux dont il était innocent mais qui demeurera attaché comme une ombre à sa personne jusqu'à la fin de ses jours.
On dira que ce qui arriva à "Gylfi" montre combien la prudence devrait être de mise dans des circonstances comme celle-là. Comment justifier le calvaire qu'il vécut ? Pourquoi en irait-il différemment de Partey ?

Mot d'ordre venu d'en haut

Parce que si Sigurdsson fut bien une victime, cela ne signifiait pas qu'Everton avait fait le mauvais choix. Everton ne fit qu'appliquer le protocole qui est de mise dans quelque entreprise que ce soit lorsque l'un de ses salariés est accusé d'un crime aussi grave; et ce protocole, si sévère qu'il paraisse, est le bon. Dieu sait combien j'ai de sympathie pour l'Islandais. Plus j'en apprends sur la véritable nature de son "crime", plus je suis écoeuré de ce qu'on lui a fait souffrir. Mais si la police de Liverpool commit une terrible erreur, Everton eut le courage de prendre la bonne décision, une décision qui, de plus, l'amputait de l'un de ses joueurs les plus talentueux.
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"Si l’OL retente des tours de passe-passe devant la DNCG, ce sera la L2"

Video credit: Eurosport

A l'Emirates, le mot d'ordre est clairement venu d'en haut, des Kroenke. Il a été respecté par Mikel Arteta, qui ne souhaitait pas s'amputer d'un joueur-clé, l'aligna aussi souvent qu'il le put, et ne se priva jamais de louer la qualité de ses performances. Ce qu'en pensèrent les coéquipiers de Partey, nous l'ignorons, comme nous ignorons ce qu'on leur a dit. La bulle dans laquelle ils vivent depuis le plus jeune âge ne les prédispose pas nécessairement à questionner les choix de ceux qui les dirigent.
Arsenal ne se préoccupa que d'une chose : comment protéger ses intérêts. Il se peut que Partey soit innocent. Ce n'est pas à nous de nous faire ses juges. Ce qui est certain, c'est qu'Arsenal est coupable, et indéfendable.
(*) L'avocate du joueur,  Jenny Wiltshire, publia le communiqué suivant: "Thomas Partey nie toutes les accusations portées contre lui. Il a pleinement coopéré avec la police et le Parquet tout au long de leur enquête de trois ans. Il se réjouit désormais de pouvoir enfin laver son nom. Étant donné la procédure judiciaire en cours, mon client ne peut faire d'autres commentaires".
(*) Partey est représenté par l'agence espagnole JJ Sports Manager, dont il est l'un des co-fondateurs.
(*) Sigurdsson a repris le football en D1 islandaise, où il évolue au sein de Víkingur Reykjavík.
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