Philippe Auclair : "Pourquoi je vais voter pour David Raya comme "footballer of the Year""
Eurosport sur GoogleLes gardiens sont régulièrement oubliés à l'heure d'élire les meilleurs joueurs chaque saison. Une vraie frustration depuis des années pour Philippe Auclair. Notre chroniqueur revient sur cette "injustice" à ses yeux alors qu'il va voter pour David Raya pour le fameux "Footballer of the Year Award" outre-Manche.
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Un seul gardien a été honoré par le Ballon d'Or depuis 1956, année de la création du trophée: Lev Yachine, en 1963, sur la foi d'un match de gala entre l'Angleterre et le Reste du Monde à Wembley. Depuis, rien. Gigi Donnarumma, exceptionnel avec le PSG champion d'Europe, n'obtint que la neuvième place au classement de l'édition 2025.
Encore pouvait-il s'estimer heureux. En 2024, aucun gardien ne figurait dans le Top 30. Thibaut Courtois n'a jamais fait mieux que septième, en 2022, quand il avait été déterminant dans la conquête du doublé Liga-Ligue des champions de son Real Madrid. Dino Zoff, Oliver Kahn et Gigi Buffon auraient tous été de dignes récipiendaires du trophée, mais souffraient du même handicap: la nature de leur métier.
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David Raya
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Parker et Henderson mais pas van der Sar, Cech ou Schmeichel
En Angleterre, les keepers ont fait un peu mieux sur ce plan, puisque quatre d'entre eux ont reçu la récompense individuelle suprême du football d'outre-Manche, le Footballer of the Year Award : Bert Trautmann de Manchester City en 1956, Gordon Banks de Stoke City en 1972, Pat Jennings de Tottenham en 1973 et Neville Southall d'Everton en 1986. Mais cela fait tout de même quarante ans qu'aucun d'entre eux n'a reçu le trophée.
Avouez que cela fait drôle: Scott Parker et Jordan Henderson ont été sacrés "Footballeurs de l'année", mais pas Edwin van der Sar, Peter Cech ou Peter Schmeichel. Ils ne sont évidemment pas nombreux en Angleterre à partager le point de vue du grand Brian Clough, pour qui les deux joueurs les plus importants de quelque équipe que ce soit sont celui qui marque les buts - l'avant-centre - et celui qui les empêche d'être inscrits - le gardien. Il est vrai que le légendaire manager de Nottingham Forest pouvait compter sur un certain Peter Shilton lorsque son club remporta deux Coupes d'Europe coup sur coup en 1979 et 1980.
Cette année encore, il est quasiment certain que le trophée sera remis à un joueur de champ. Les formulaires de vote ont été envoyés le 1er avril par la Football Writers Association à ses 900 et quelques membres, qui ont jusqu'au 6 mai pour arrêter leur choix dans les catégories "homme" et "femme" de la récompense. Et si, chez les dames, l'attaquante de Man City Bunny Shaw semble avoir le vent en poupe, chez ces messieurs, aucun favori ne se dégage vraiment du lot.
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David Raya
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Rice, Gabriel, Haaland ou même Fernandes…
Qu'Arsenal s'assure du titre - le choc contre Manchester City, c'est ce 18 avril -, et Declan Rice aura sa chance, voire Gabriel, qui ne terrorise pas que les attaquants adverses, mais aussi leurs défenses quand il avance son mètre 90 dans les surfaces adverses sur les corners et les coup-francs. Que Manchester City, qui a déjà la Coupe de la Ligue en poche, passe les Gunners sur le fil, et Erling Haaland, 33 buts en 44 matches, pourrait recevoir sa deuxième statuette, après celle obtenue en 2023.
Et quid de Bruno Fernandes, Monsieur Assist (seize passes décisives en Premier League cette saison, plus huit buts), qui surnageait quand tous ceux qui l'entouraient à Manchester United étaient au bord de la noyade, et qui a été le principal artisan de la résurgence des Mancuniens depuis le remplacement de Ruben Amorim par Michael Carrick?
Raya, le grand oublié
Un nom manque à cette liste, qui devrait pourtant être le premier à mes yeux, celui de David Raya, "gants d'or" de la Premier League en 2023-24 et 2024-25, et bien parti pour faire le triplé en 2025-26, avec quinze clean sheets à son actif contre onze à son seul rival en la matière, Gigi Donnarumma.
C'est ainsi: David Raya fait dans la discrétion, sans se faire remarquer plus qu'il n'est nécessaire, ce qui, vu son poste, et pas si paradoxalement que cela, est l'une des premières qualités qu'on devrait remarquer. Peut-être est-sa stature. Plus de la moitié de ses coéquipiers d'Arsenal le dépassent sous la toise et à 1m83, il rend treize centimètres à Donnarumma et quatorze à James Trafford. Peut-être est-ce parce que le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente continue de lui préférer Unai Simon et qu'hormis une apparition dans un récent 0-0 contre l'Egypte, Raya n'a pas été titularisé avec la Roja depuis une victoire 2-1 sur le Danemark en Ligue des Nations, en novembre 2024.
Peut-être est-ce son économie de gestes, même lorsqu'il fait des arrêts à couper le souffle, comme celui qu'il produisit en décembre dernier contre Brighton, sur une frappe enroulée de Yankuba Minteh qui prenait le chemin de sa lucarne. Un Jordan Pickford (exceptionnel avec Everton tout au long de la saison, au passage) aurait hurlé, se serait frappé la poitrine et Dieu sait quoi encore. Raya frappa dans ses gants, enjoint ses coéquipiers à se concentrer sur le corner à suivre, et se replaça sur sa ligne.
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Et pourtant, qui est le gardien dont les parades ont évité le plus grand nombre de buts à son équipe en Ligue des champions lors des deux dernières saisons? C'est bien David Raya, neuf buts sauvés pour les Gunners, soit trois de plus que son dauphin Thibaut Courtois du Real Madrid, et deux fois plus que Yann Sommer et Alisson Becker. Ce mardi encore, face au Sporting, on aura vu ce que la défense d'Arsenal, le roc sur lequel Mikel Arteta a bâti la progression de cette saison, devait à son gardien espagnol.
Le meilleur gardien du monde sur les deux dernières saisons
C'est ainsi: on semble le remarquer davantage quand il n'est pas là, comme lorsque son suppléant Kepa vécut un cauchemar face à Manchester City en finale de la Coupe de la League. Avec Raya dans la cage, peut-être bien que les Gunners n'auraient pas abdiqué comme ils le firent à Wembley. Je ne veux pas seulement parler de la faute de mains qui fut à l'origine du premier but des Citizens, mais aussi de l'incapacité de Kepa à organiser sa défense et de son incertitude dans les relances, deux autres facettes de l'art de garder dans lesquelles Raya est passé maître.
Peut-être que cela changera. La BBC vient d'organiser un sondage auquel ont participé 30 000 votants, à qui on demandait: "qui est le meilleur gardien du monde aujourd'hui?", et c'est celui d'Arsenal qui a emporté le vote, largement. Comme Kai Havertz, auteur du but victorieux à Lisbonne, le confia après une victoire qui pourrait définir la saison d'Arsenal, "je pense que le monde du football continue de le sous-estimer". "Pour moi", ajouta-t-il, "il a été le meilleur gardien du monde sur les deux dernières saisons. Il est exceptionnel. Il nous a sauvés tant de fois, et nous sommes très heureux de l'avoir avec nous". Son seul problème? Etre un gardien de but.
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