Premier League - Chelsea : Raheem Sterling, porté disparu
Eurosport sur GoogleTotalement écarté de l'équipe première, Raheem Sterling s'entraîne seul à Chelsea, où il n'a définitivement plus sa place. Après un prêt plus que mitigé à Arsenal, l'ailier anglais se verrait bien poursuivre à Londres, mais n'a pas trouvé preneur. Le temps pourrait lui paraître long jusqu'à cet hiver. La chronique de Philippe Auclair.
"Guardiola imite presque Mourinho" : les dessous d'un changement de logiciel
Video credit: Eurosport
En France, on appelle ça "le loft"; en Angleterre, the bomb squad, une expression quasi-intraduisible. Se faire "bombarder", ici, signifie "se faire exclure".
"Bombardé", ou tout simplement exclu, Raheem Sterling l'est, par son club Chelsea comme par son entraîneur Enzo Maresca. Le "Footballeur de l'année" en Angleterre en 2018-19 s'entraîne seul à Cobham, quand il n'est pas accompagné par cet autre indésirable qu'est Axel Disasi. Tout contact avec l'équipe première lui est interdit.
Il ne s'agit pas d'une mesure disciplinaire ponctuelle qui punirait un égarement de l'intéressé. Que l'on sache, Sterling n'a rien fait qui justifie qu'on l'envoie s'échauffer à vingt heures au centre d'entraînement des Blues, quand ses supposés partenaires sont rentrés chez eux (ou en sont sortis) depuis longtemps.
Le problème de Sterling, qui n'a que trente ans, est ailleurs. Il a l'un des plus gros salaires de la Premier League (plus de 19 millions d'euros bruts annuels), et est sous contrat avec Chelsea jusqu'au 30 juin 2027. Il n'a pas marqué un seul but en Premier League depuis mai 2024, pour les Blues comme pour Arsenal, auquel il avait été prêté pour une saison à oublier. Chelsea ne veut plus de Sterling, pour lequel les Blues avaient payé 56,2 millions d'euros en juillet 2022.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/09/19/image-6d1fa102-1f57-45d4-bfd7-dcf431147be6.jpeg)
Raheem Sterling
Crédit: Getty Images
Je ne l'ai pas vu depuis le début de la saison
Le montant du transfert n'avait rien qui doive surprendre. Sterling venait de gagner son quatrième titre de champion d'Angleterre en cinq ans avec Manchester City. Il avait marqué 110 buts toutes compétitions confondues avec les Citizens durant ces cinq saisons. Il avait brillé avec les Three Lions dans leur parcours vers la finale de l'Euro 2020 - disputé en 2021, COVID oblige. Durant ce tournoi, contre la Tchéquie, la Croatie et l'Allemagne, c'est lui qui avait inscrit le premier but des victoires anglaises, le seul, d'ailleurs, face aux deux premiers de ces adversaires.
Et puis Sterling était rentré dans le rang, pour en sortir tout à fait peu de temps après. Gareth Southgate l'avait bien emmené au Mondial de 2022, où l'ancien de QPR et de Liverpool avait été titulaire lors des deux premiers matches de l'Angleterre, contre l'Iran et les USA, et joué les onze dernières minutes du quart de finale perdu contre les Français. Depuis, rien.
Son manager Enzo Maresca s'est montré brutal lorsqu'on l'a interrogé sur le statut du paria. "Il est un joueur de Chelsea parce qu'il a un contrat avec le club", dit-il, glacial. "En ce moment, il s'entraîne à part. L'idée est de continuer exactement de la même façon" (Maresca parlait au pluriel, incluant Datro Fofana, Veiga et Disasi dans le lot). "Je ne l'ai pas vu depuis le début de la saison". Et quand on lui demanda s'il était possible que Sterling réintégrât son groupe, la réponse claqua comme un coup de fouet. "Avec nous ? Non".
Et si cela ne suffisait pas, Maresca ajouta que son propre père Pasquale, un marin-pêcheur âgé de 75 ans, travaillait de 2 à 10 heures du matin, et que ça, "c'est une vie difficile". Le manager des Blues ne précisa pas que lui-même percevait un salaire annuel de 4,2 millions d'euros. Le syndicat mondial des joueurs, la FIFPro, s'est ému de la situation de Sterling - et de Disasi -, tout comme la PFA britannique. Le club a riposté en expliquant que les deux joueurs bénéficiaient de programmes d'entraînement spécifiques qui leur permettraient d'être en condition optimale pour un éventuel transfert lors du prochain mercato de janvier.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/09/22/image-f788e906-6bf1-4dde-82d0-eeefd62368e8-85-2560-1440.jpeg)
"Ansu Fati en forme, ça pèse 15 buts en L1, c'est du même calibre que Greenwood"
Video credit: Eurosport
Les prétendants ne se bousculent pas
Le cas Disasi est distinct, faut-il préciser. L'international français aurait refusé les offres de plusieurs clubs de Premier League, dont West Ham, Sunderland et Bournemouth; Sterling, lui, n'a tourné le dos à personne, si ce n'est, parait-il, au championnat d'Arabie Saoudite. Le Bayern Munich s'était intéressé à lui dans le cadre des négociations autour de Nicolas Jackson, mais n'avait pas donné suite. Le Celtic laisse entendre qu'il pourrait se laisser tenter, mais comment financer ne serait-ce qu'un prêt lorsque le joueur le mieux payé des Bhoys, Kieran Tierney, ne gagne qu'un septième du salaire de Sterling à Stamford Bridge ?
La préférence du joueur lui-même irait à un club londonien. Mais là aussi, son salaire pose problème. Arsenal avait déjà donné l'an dernier, sans recevoir grand-chose en retour. Titularisé à sept reprises seulement en Premier League, malgré les blessures qui avaient stoppé Bukayo Saka, Kai Havertz, Gabriel Jesus et, à un moindre degré, Gabriel Martinelli, il avait conclu la saison avec un bilan de deux passes décisives et zéro but en championnat.
Les rares fois où on l'avait vu, il avait paru emprunté, tendu, avant tout soucieux de ne pas perdre le ballon - et le perdant trop souvent pourtant. Le coup de reins qui lui permettait de mettre les défenseurs dans le vent à Liverpool et Manchester City semblait avoir disparu de son répertoire. Du coup, il hésitait. Il temporisait. Il s'engageait dans un début de dribble et se ravisait de suite, pour confier la tâche de déséquilibrer la défense adverse à un autre. On ne reconnaissait plus le joueur que la commission technique de l'UEFA avait inclus dans son onze-type de l'Euro 2020 - voire l'ailier qui avait fini troisième meilleur buteur des Blues en 2023-24 (autrement dit hier), lors de la dernière saison de Mauricio Pochettino au club. Le redeviendrait-il jamais ? Rien ne le suggérait.
Sterling n'a jamais fait l'unanimité. Tête de Turc des tabloïds, qui s'en sont pris à tout ce qui lui touche, ses tatouages, le nombre (supposé, et incorrect) de ses enfants, son goût pour les fringues "bling", il n'est aujourd'hui soutenu publiquement que par quelques voix isolées, comme celle de Gabby Agbonlahor, l'ancien attaquant d'Aston Villa. Il n'a refait son apparition dans les médias que parce qu'il a posté sur son compte Instagram une photo du centre d'entraînement de Cobham plongé dans l'obscurité, accompagnée du mot "entraînement" et de l'emoji d'un visage bleu de froid. Son seul espoir est de partir, le plus vite possible.
Chelsea ne s'opposera pas à son départ, qui permettrait au club de se débarrasser d'un casse-tête tout en dégrevant ses comptes d'une fortune. Mais il reste encore plus de trois mois avant l'ouverture du mercato hivernal, autant dire une éternité lorsqu'on est seul face au reste du monde - et face à ses doutes, si ce n'est ses démons.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/09/24/image-0f5b5ecf-f8d6-4b24-8227-3e8855a17ca0-68-310-310.jpeg)