Premier League - Chronique de Philippe Auclair : Le titre d'Arsenal nous rappelle que le football, c'est d'abord une compétition
Eurosport sur GoogleArsenal, champion morose ? Voilà une petite musique qui agace notre chroniqueur Philippe Auclair, qui propose une autre lecture du titre des Gunners acquis mardi en Angleterre à la faveur du nul de Manchester City à Bournemouth. Au même titre que la renaissance de Man U ou la descente aux enfers de Tottenham, le sacre d'Arsenal est un symbole de la compétition féroce qui règne en Premier League.
Mais pourquoi Xabi Alonso a-t-il choisi Chelsea plutôt que Liverpool ?
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Il y en a qui font la fine bouche. Cette saison 2025-26 de Premier league n'aurait pas été un grand cru, la faute en imputant en grande partie, semble-t-il, à une équipe d'Arsenal qui n'aurait jamais chatouillé les sommets atteints par le Liverpool de Jürgen Klopp ou le Manchester City de Pep Guardiola. Une équipe d'Arsenal qui, si elle s'imposait ce dimanche à Selhurst Park, finirait cette campagne avec quatre points de moins qu'elle n'en avait pris il y a deux ans, quand les Gunners s'étaient fait coiffer sur le poteau par Manchester City.
J'ai déjà parlé dans cette chronique des raisons (ou déraisons) pour lesquelles le titre d'Arsenal a été accueilli - hors du nord de Londres, évidemment - par des réactions allant de la tiédeur à la pure hostilité, comme si le groupe de Mikel Arteta avait été sacré par défaut, en pratiquant un jeu à contre-courant de celui auquel ses prédécesseurs nous avaient habitué. Arsenal serait le champion terne d'une saison qui l'était aussi.
Arsenal incarne la Premier League
Il suffirait pourtant de prendre un peu de recul pour se rendre compte de l'absurdité de cette caractérisation. Oui, absolument, Arsenal est bien un champion qui incarne ce que la Premier League est devenue. Un champion combatif, âpre à la lutte, couronné au terme d'une saison que ses supporters ont vécue dans l'angoisse autant, si ce n'est plus que dans l'espoir. Cela devrait être salué, tout comme il y aurait tout lieu de se réjouir de voir la Premier League ressembler enfin au championnat qu'elle a toujours prétendu être.
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William Saliba célèbre le titre d'Arsenal.
Crédit: Getty Images
Vous connaissez le refrain. "En Angleterre, tout le monde peut battre tout le monde". Ce refrain sonnait faux, et pour cause. Liverpool et Man City, en tutoyant ou dépassant les 100 points tout au long du mano a mano Klopp-Guardiola, l'avaient suffisamment prouvé. Mais désormais, il sonne juste. Oui, en Angleterre, tout le monde peut battre tout le monde.
Les Wolves, relégués depuis le 20 avril, se sont offerts Liverpool et Aston Villa. Manchester City a laissé des plumes face à Sunderland et à West Ham, qui pourrait descendre en Championship avec 39 points, un total qui aurait assuré sa survie n'importe quelle autre saison de ce siècle - hormis 2002-03, quand 42 points n'avaient pas suffi pour garantir la survie de...West Ham. Jamais vous ne verrez un Guardiola ou un Arteta se permettre de mettre la moitié de ses titulaires habituels sur le banc sous prétexte que l'adversaire à venir n'offrera qu'une piètre résistance, comme Vincent Kompany ou Luis Enrique ont pu le faire.
Trois finales européennes, trois équipes
Ce devrait être plus qu'un motif de satisfaction pour la Premier League. C'est une démonstration par A+B que le modèle qu'elle a choisi, celui d'une répartition équitable de ses revenus, porte ses fruits, et que le football anglais tout entier - celui de l'élite, entendons-nous - en profite. Si ses représentants en Ligue des Champions ont déçu passé la phase de ligue de la compétition, Arsenal étant l'éclatante exception en ce domaine, la Ligue Europa a déjà pris le chemin de Villa Park, et Crystal Palace aura toutes ses chances face au Rayo Vallecano en Conference League ce 27 mai à Leipzig.
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Aston Villa a remporté la Ligue Europa.
Crédit: Getty Images
Cette compétitivité croissante mérite qu'on la compare à celle des autres grands championnats européens. Sans aller jusqu'à dire que "tout le monde a sa chance" en Premier League, ils sont au moins plus nombreux à en avoir une. Depuis 2011-12, l'année du "Big Bang" de Manchester City, sur les quinze dernières saisons, donc, l'Angleterre a sacré six champions différents : City, Manchester United, Chelsea, Leicester City, Liverpool et maintenant Arsenal. Six, contre quatre pour la L1 et la Serie A, et trois seulement pour la Bundesliga et la Liga.
Parallèlement, si les Citizens ont dominé le championnat d'Angleterre durant cette période, avec huit succès, cette domination n'a pas tourné à l'hégémonie comme en France - douze titres sur quinze pour le PSG - ou en Bundesliga - treize pour le Bayern -, ou au duopole, comme en Espagne, ou le Real Madrid et Barcelone n'ont laissé que deux titres à l'Atlético de Madrid de Diego Simeone. Seule la Serie A a retrouvé de sa relative imprévisibilité, maintenant que la Juventus (neuf titres consécutifs de 2012 à 2021) a reculé à l'arrière-plan.
Une ligue génératrice de récits
Il n'est pas question ici de se dresser sur ses ergots pour clamer que la Premier League est "le meilleur championnat du monde" entre autres vantardises. D'autres ligues offrent peut-être un spectacle plus aguichant, question de goût et d'affinités. La PL a aussi des problèmes structurels autrement plus préoccupants que ceux de la Bundesliga, par exemple, avec des clubs dangereusement surendettés, dont beaucoup affichent des pertes qui feraient craindre la banqueroute dans d'autres secteurs d'activité. Le football de 2026 étant ce qu'il est, la PL continue néanmoins comme si de rien n'était, tant son attractivité continue de faire rêver les investisseurs.
Ce qu'elle sait faire mieux que toute autre, c'est offrir des histoires, des "narratifs" (et des psychodrames) qui sont le reflet de sa compétitivité : Tottenham au bord de la relégation, le comeback de Manchester United, l'invraisemblable pagaille de Chelsea - où va débarquer l'un des managers les plus convoités de la planète football, et ainsi de suite. Plus vous avez de têtes d'affiche, plus vous pouvez proposer de films différents, et dans toutes sortes de genres, suspense garanti. C'est en cela que la PL est passée maître. Le triomphe d'Arsenal en est un symbole qui vaut tous les autres.
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Bukayo Saka contre West Ham.
Crédit: Getty Images
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Crystal Palace
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