Premier League I Enzo Maresca quitte Chelsea : Quand l’impensable devient l’inévitable
Eurosport sur GoogleEnzo Maresca a été remercié jeudi par Chelsea, quelques mois seulement après avoir conduit le club londonien au sommet lors du Mondial des clubs. Difficile à envisager il y a encore quelques semaines, le départ du technicien italien traduit surtout la particularité du fonctionnement des Blues. Et l’omniprésence de leurs dirigeants dans le quotidien de l’équipe.
Enzo Maresca n'est plus l'entraîneur de Chelsea
Crédit: Getty Images
Et de quatre. Après Thomas Tuchel, qui dura 99 jours après l'arrivée de Todd Boehly et du fond d'investissement Clearlake à Stamford Bridge, Mauricio Pocchetino, qui tint une saison, et Graham Potter, évacué après 31 matches, au tour d'Enzo Maresca de prendre la porte de sortie de Chelsea.
C'était impensable il y a seulement cinq semaines. L'ancien adjoint de Pep Guardiola avait plus que rempli son contrat durant sa première année à la tête du club, en assurant la qualification des Blues pour la Ligue des Champions et en ajoutant deux trophées à leur palmarès.
Le premier, la Europa Conference League, était attendu. Le second, la Coupe du Monde des Clubs, l'était beaucoup moins. Le PSG avait été balayé en l'espace de 21 minutes en finale, Cole Palmer marquant deux des trois buts qui signifièrent la fin des espoirs parisiens. Chelsea allait commencer la saison 2025-26 de Premier League au titre de troisième favori des bookmakers pour le titre, juste derrière Liverpool et Arsenal, à égalité avec Manchester City.
Le soutien de ses joueurs
Or Chelsea sut tenir ce rang. Le 30 novembre, après avoir arraché le nul face à Arsenal en jouant à dix contre onze pendant plus de la moitié du match (et battu Liverpool à Stamford Bridge, et s'être imposé à Tottenham), la jeune équipe de Maresca occupait la troisième place du classement, à un point seulement du second, Manchester City. Cinq jours plus tôt, Les Blues, déjà vainqueurs de l'Ajax et du Benfica de Mourinho, avaient passé trois buts sans réplique à Barcelone en Ligue des Champions. Maresca fut on ne peut plus logiquement élu "manager du mois" en Premier League.
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"Vous voulez me virer ?" Guardiola ironise sur son avenir après avoir loué les qualités de Maresca
Video credit: Eurosport
Même avec un mois de décembre pourri - six points sur 18 en PL -, ce ne sont pas les seuls résultats qui ont causé la chute du technicien italien. Une qualification automatique pour la seconde phase de la Ligue des Champions est toujours possible, d'autant plus que le prochain adversaire des Blues, et à domicile, est le modeste Pafos, champion de Chypre. La quatrième place du championnat, occupée par un Liverpool qui n'a rien de convaincant, n'est qu'à trois points. Les Blues vont aussi disputer les demi-finales de la Coupe de la League à la mi-janvier et début février. Bref, rien n'indique que d'un coup d'un seul, Chelsea avait perdu pied et était en passe de se noyer.
Il n'est qu'à voir l'avalanche de messages postés par les joueurs de Chelsea sur les réseaux sociaux à l'annonce du départ de Maresca pour comprendre qu'il n'avait pas "perdu le vestiaire". Les mots choisis par, entre autres, Cucurella, Fernandez, James, Colwill, Caicedo, Neto et Chalobah, n'avaient rien de convenu.
Il a lui-même claqué la porte
Et pourtant, ce qui était impensable il y a un peu plus d'un mois était devenu inévitable : un choc, mais pas une surprise. Maresca avait commis une faute impardonnable aux yeux de ses dirigeants : il avait osé les défier publiquement, à mots à peine couverts.
S'adressant à la presse le 13 décembre dernier après un succès 2-0 sur Everton, il avait déclaré : "les dernières quarante-huit heures ont été les plus dures depuis que j'ai rejoint le club, parce que tellement de gens ne nous ont pas soutenus, moi et l'équipe", précisant dans la foulée que ces "gens" n'étaient pas les supporters.
Ces "gens", on en est maintenant certain, c'étaient ses propres dirigeants, dont l'implication au quotidien dans la vie de l'équipe est bien plus poussée que dans n'importe quel autre club de Premier League. Le paradoxe est que ces dirigeants avaient choisi en Maresca un "head coach" connu pour son caractère entier, qui accepte très mal qu'on lui marche sur les pieds ; et qui a donc précipité un face-off dont la seule issue imaginable était son départ. Maresca se voyait manager à l'anglaise, mais ne serait jamais qu'un head coach à l'américaine. On ne lui avait pas montré la porte : il l'avait claquée lui-même (*).
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Enzo Maresca
Crédit: Getty Images
Chose impensable à Arsenal ou Manchester City, mais aussi à Sunderland et Everton, Maresca n'était pas seul maître à bord en ce qui concernait la sélection de son onze de départ. Il devait respecter à la lettre les recommandations du staff médical du club, et pas seulement pour ce qui concerne les joueurs revenant de blessure. Un "calendrier de rotation" était établi, qui spécifiait le temps de jeu qui pouvait - devait - être imparti à Untel ou à un autre.
Chelsea fidèle au "modèle"
De la même façon, même s'il prenait part aux discussions, la responsabilité des décisions prises en termes de recrutement revenait en dernier lieu à sa hiérarchie qui, contre l'avis de l'entraîneur, refusa par exemple de chercher un remplaçant à Levi Colwill lorsque le défenseur anglais, devenu un des piliers de l'équipe de Maresca, se rompit les ligaments croisés du genou au mois d'août.
Chelsea entendait demeurer fidèle au "modèle" mis en place par Boehly, Eghbali et leurs conseillers, avec un entraîneur qui accepte de s'en tenir à ses seules prérogatives de technicien; et plus les mois passèrent, plus la frustration grandit en Maresca, qui devait s'imaginer que les succès acquis lors de sa première saison au club justifiaient qu'on lui lâchât les rênes sur le dos - tandis que ses dirigeants y voyaient la confirmation du bien-fondé de leur méthode.
Résultat : le chaos, à nouveau, alors que les Blues jouent ce dimanche un match lourd d'enjeux à Manchester City. Maresca, dont le contrat ne devait s'achever qu'un juin 2029 - avec une année supplémentaire en option - peut se permettre d'attendre. Ne dit-on pas que c'est lui qui serait le candidat préféré de Manchester City à la succession de Pep Guardiola ? Chelsea, par contre, n'a pas ce luxe. Calum McFarlane, le coach des U21 des Blues, assurera l'intérim, dans l'attente d'un transfert plus que probable de Liam Rosenior du banc de la Meinau à celui de Stamford Bridge. Les supporters du RC Strasbourg apprécieront; mais le "modèle" Chelsea, c'est aussi ça.
(*) De nombreuses sources anglaises précisent d'ailleurs que Maresca et Chelsea se sont séparés d'un commun accord, et que l'entraîneur ne recevra pas d'indemnité de licenciement.
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