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Premier League - Nottingham Forest : Nuno Espirito Santo, Edu et le régime d'Evangelos Marinakis
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Mis à jour 18/10/2025 à 08:25 GMT+2
Après une saison historique et une première qualification européenne depuis 30 ans, la situation s'est nettement dégradée à Nottingham Forest. L'entraîneur de ce brillant exercice Nuno Espirito Santo a été limogé après trois matches, à la suite de vives critiques à l'encontre du propriétaire Evangelos Marinakis. Et son suppléant, Ange Postecoglou, ne trouve pas la solution redresser la situation.
Evangelos Marinakis avant un match de Ligue Europa de Nottingham Forest, le 2 octobre 2025
Crédit: Getty Images
Par Jérémy Docteur
C'est l'histoire d'un club qui, en quelques mois, est passé d'une potentielle qualification en Ligue des champions à une espèce d'autodestruction aussi spectaculaire qu'inexplicable. La saison dernière, au soir de la 30e journée de Premier League, Nottingham Forest est troisième, derrière Arsenal, distançant Newcastle de quatre unités. Si au terme de l'exercice, le club termine finalement septième et loupe la C1 d'un petit point, il sécurise une première qualification en Europe depuis trente ans. Avec un coach, Nuno Espirito Santo, porté aux nues pour son travail, adoré autant en interne que par les supporters.
En plus, initialement programmé pour jouer la Ligue Conférence, Forest est propulsé en Ligue Europa après que le Tribunal arbitral du sport (TAS) a tranché sur les déboires de Crystal Palace et John Textor. Sur le papier tout n'allait pas trop mal. Mais quelques semaines plus tard, le tableau est déjà beaucoup plus contrasté. L'entraîneur portugais a été débarqué après trois journées, le suppléant Ange Postecoglou n'a pas remporté un seul de ses sept premiers matches (deux nuls, cinq défaites) et la presse britannique envisage d'ores et déjà son remplacement.
Pour tenter de démêler cette situation complexe, prenons les choses dans l'ordre. Au cœur de l'histoire, aux commandes depuis 2017, il y a Evangelos Marinakis, également propriétaire de l'Olympiakos et de Rio Ave. Le Grec a fait fortune dans le transport maritime avec la société Capital Maritime & Trading Corp. Il trimballe en parallèle un certain pedigree (diverses accusations de fraudes) et dès son arrivée en Angleterre, suscite la curiosité. Tom Williams, journaliste indépendant et consultant Premier League pour Canal+ se souvient : "Il y avait un grand intérêt pour lui par rapport à ce qu'il avait fait en Grèce, mais aussi les différentes controverses. Il semblait être un personnage sulfureux. Et puis, même s'il s'était perdu depuis des années, le club restait un des plus importants du foot anglais, un 'géant endormi'. Les fans n'avaient plus confiance en la famille Al-Hasawi (anciens propriétaires, 2012-17), alors quand Marinakis est arrivé, ça a généré de l'excitation."
Quelqu'un qui peut casser des TV dans les loges
De suite, il s'est montré très ambitieux. "Il parlait de promotion rapide, de jouer l'Europe en quelques années. Ça semblait dingue, surtout que le club n'avait pas été en Premier League depuis près de vingt ans." De fil en aiguille, outre-Manche, on a appris à connaître Evangelos Marinakis ainsi que son caractère sanguin. Tom Williams relate un premier épisode marquant, en décembre 2023 : "Après une défaite 5-0 contre Fulham, il avait quitté le stade en furie et balancé son accréditation. Des fans l'avaient retrouvé dans une haie devant une maison à côté de Craven Cottage."
Septembre 2024, après une autre défaite contre Fulham (0-1), il a écopé de cinq matches de suspension pour avoir craché au sol devant le corps arbitral. Après un match nul (2-2) contre Leicester en fin de saison dernière, il a déboulé sur le terrain pour confronter véhémentement Nuno Espirito Santo. Après cet incident, Gary Neville, consultant Sky Sports, a été banni du club pour l'avoir vivement critiqué. Il y a quelques semaines, le capitaine Morgan Gibbs-White a prolongé son contrat après que son transfert à Tottenham a capoté. Dans une interview télévisée lunaire, comme sous la contrainte, il n'a eu de cesse de remercier Evangelos Marinakis. "Il a toujours eu cette réputation un peu dingue, de quelqu'un qui peut casser des TV dans les loges du stade parce qu'il est agacé de perdre."
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Evangelos Marinakis agacé en tribune lors de Nottingham Forest - Chelsea, le 25 mai 2025
Crédit: Getty Images
Reste qu'il a récupéré le club en Championship pour l'emmener jusqu'au cru 2024-25 historique, avec une identité, un groupe soudé et plein de promesses pour la suite… Jusqu'à ce que Nuno Espirito Santo, quelques jours avant la reprise, ne sorte du bois publiquement dans une interview à Sky Sports. "On est très loin d'où on devrait être au niveau de la préparation et de l'effectif. On est tous très inquiets, dans deux-trois jours, on joue en Premier League. On n'a pas réussi à créer l'unité […]. Je suis inquiet, on manque d'options pour répondre aux problèmes qui se poseront. Le club connaît ces besoins." Et de conclure : "Quand tu joues en Europe, tu sais que tu auras de nouveaux défis devant toi. On a perdu une excellente opportunité d'améliorer les choses. Et elle ne reviendra pas."
L'arrivée d'Edu, facteur déclencheur ?
Une sortie qui crée la stupeur. "Quand tu travailles avec Marinakis, tu vas devoir gérer des tensions. C'est sa nature, il est imprévisible, très franc, il ne se retient pas", poursuit Tom Williams. Entre les lignes, il apparaît que le point de départ de cette brouille entre le propriétaire et son coach soit lié à l'arrivée d'Edu comme directeur du football, annoncé officiellement deux semaines après la prolongation de Nuno, début juillet. Selon The Athletic, cette nomination d'un homme réputé disposant d'un réseau et d'une influence, a pour but de passer un palier. L'ancien directeur sportif d'Arsenal a récupéré un portefeuille très large. Nuno, à l'inverse, "n'avait plus autant son mot à dire. Il avait des idées sur le mercato et à quelle vitesse il fallait agir. Edu voyait les choses différemment".
Dès le départ, la rupture est consommée. Toujours d'après The Athletic, Nuno répétait à qui voulait bien l'entendre ce qu'il pensait d'Edu. Marinakis se retrouve en position délicate, entre son nouveau conseiller et son coach. À cela, il faut ajouter le rôle d'agents comme Jorge Mendes, dont Nuno Espirito Santo a été le premier client historique, qui travaillait régulièrement avec Nottingham Forest. Celui-ci a été un peu mis de côté avec l'arrivée d'Edu, très proche, lui, de Kia Joorabchian, qui a aussi de bonnes relations avec Marinakis. Ce dernier représente par exemple Omari Hutchinson et Douglas Luiz, deux recrues de l'été.
Cependant, on aurait pu imaginer que la situation se tasse, surtout après le succès inaugural contre Brentford (3-1). Mais le Portugais en a remis une couche en conférence de presse. "J'ai toujours eu une bonne relation avec le propriétaire, la saison dernière, on était très proches, on se parlait quotidiennement. Cette année, ça ne se passe pas si bien. Notre relation a évolué. Je pense que tout le monde au club devrait être ensemble, mais ce n'est pas le cas." Dans un contexte de rumeurs naissantes sur son départ, Nuno a foncé dans la brèche : "Là où il y a de la fumée, il y a du feu. Je sais comment les choses fonctionnent. Je suis le premier à être préoccupé."
Comme s'il le mettait au défi de le virer
Des déclarations frontales qui, sans surprise, passent mal. Tom Williams revient sur cet épisode : "C'était très étrange, comme si Nuno mettait Marinakis au défi de le virer. J'étais stupéfait à quel point il était transparent sur son mécontentement. C'était évident que quelque chose était cassé. Il ne se sentait plus écouté, il n'avait pas apprécié la présaison. Ce n'était pas un discours pour tirer la sonnette d'alarme, mais celui de quelqu'un qui faisait exprès de se torpiller." Dès que Nuno a commencé à parler, malgré d'ultimes renforts (Dilane Bakwa, Nicolo Savona, Oleksandr Zinchenko), son sort était scellé. Résultat, quelques jours après la fin du mercato, un communiqué laconique est tombé, à 1h15 du matin, notifiant la fin.
Dans ce capharnaüm, les supporters se retrouvent entre deux eaux, décrit Tom Williams : "Aucun coach n'a eu davantage de succès en plus de trente ans. Il a ramené le club où beaucoup pensent qu'il doit être. Il y avait beaucoup de tristesse, et de la frustration, car ça semblait tellement évitable. Mais en même temps, les fans ont beaucoup de gratitude pour Marinakis. Il a remis de l'ordre, il en a fait un club établi de Premier League, après plus de vingt ans en dehors." Le journaliste se rappelle d'un moment assez similaire : "Quand Marinakis a viré Steve Cooper (décembre 2023), qui avait promu et maintenu Forest, des fans pensaient que c'était injuste. Au final, nommer Nuno a été un coup de maître. Peut-être qu'aujourd'hui, certains vont réserver leur jugement…"
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"Scandaleux" : Marinakis, le sulfureux propriétaire de Nottingham qui a dérapé
Video credit: Eurosport
Le propriétaire n'en est pas à son coup d'essai : huit coachs ont défilé depuis sa reprise du club. Cette fois, il n'avait probablement pas prévu cette situation. Néanmoins, comme le confirme Tom Williams, "il ne licencie jamais un coach s'il n'a pas son remplaçant en ligne de mire. Ça avait atteint un tel point qu'il devait agir. Ange Postecoglou était sur le marché, pour la première campagne européenne depuis longtemps, il a pris celui qui vient de remporter la Ligue Europa." Entre "Ange" et Nuno, deux styles diamétralement opposés. "Ça n'avait aucun sens, c'est un virage à 180°. Souvent dans le foot, on prend un coach en réaction à l'ancien. Mais il y a beaucoup de joueurs talentueux, donc sur le papier, on se dit qu'il pourrait mettre sur pied quelque chose d'intéressant s'il a assez de temps pour faire passer son message."
En aura-t-il encore beaucoup, du temps ? Rien n'est moins sûr. Sean Dyche est déjà cité par la presse britannique pour le remplacer. "Sur le papier, c'est plus logique que Postecoglou pour remplacer Nuno. Ils ont une approche similaire : jeu direct, une structure défensive compacte. Il a une connexion, il est du coin, il y a joué en jeunes." L'Australien va devoir rapidement enchaîner les succès pour se donner un peu d'air. À l'inverse, Marinakis n'aura aucun scrupule à enrôler un troisième entraîneur cette saison…
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