Premier League | Roberto De Zerbi à Tottenham, un peu plus de chaos dans le chaos

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Tottenham avait besoin de calme pour redresser une situation sportive très inquiétante, et c'est la raison pour laquelle la nomination de Roberto De Zerbi au poste d'entraîneur semble plutôt attiser les braises. Sportivement, le technicien a besoin de temps pour (re)construire. Pire, l'Italien, fervent défenseur de Mason Greenwood, n'est pas apprécié par une partie des supporters.

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On peut mesurer l'étendue du désastre qu'a été la saison de Tottenham en une statistique : depuis l'été dernier, les Spurs ont recruté davantage de managers qu'ils n'ont enregistré de victoires à domicile. Roberto De Zerbi a fini par céder aux avances de Tottenham et accepté de devenir leur troisième manager après des négociations qui, si l'on croit ce que relaient les médias britanniques, ne furent pas de tout repos. Il est vrai que les choses sont rarement de tout repos lorsque le Lombard est concerné.
Il souhaitait profiter du printemps pour souffler après le tumulte de son divorce avec Marseille ; il n'était pas non plus conquis par l'idée d'atterrir dans un club en déroute, qui n'a pris que cinq points sur trente-neuf possibles depuis une pénible victoire à Crystal Palace juste après Noël.
Enfin, comme tout le monde, il avait vu comment les dirigeants de Tottenham, ou ce qu'il en reste depuis le départ mouvementé de son président exécutif Daniel Levy, ont semble-t-il tout fait pour saborder leur club depuis le limogeage de Mauricio Pochettino, auquel on n'avait pas compris grand-chose à l'époque, et auquel on comprend encore moins aujourd'hui ; comme on ne comprendra jamais comment ces dirigeants avaient pu choisir Igor Tudor pour remplacer Thomas Frank, contre l'avis de tous.

L'épaisse menace de relégation

De Zerbi, dont on dit qu'il touchera un salaire annuel de 15 millions d'euros, quelle que soit la division dans laquelle Tottenham évoluera en 2026-27, a néanmoins accepté de plonger dans la mare où son équipe tente plutôt mal que bien à surnager, rongée par la peur, incapable de se défaire de la pierre qu'on lui a passée au cou. Il a signé pour cinq ans - cinq ! - et apparemment accepté de demeurer au poste si le pire arrivait, ce qui ne surprendrait personne, car les clubs qui sont à la lutte directe avec les Spurs pour échapper à la relégation, s'ils disposent d'effectifs plus maigres sur le papier, se sont découvert un nouvel appétit pour la bagarre depuis le 1er janvier.
West Ham s'accroche, comme l'a encore montré le nul 1-1 contre Manchester City ce 14 mars. Nottingham Forest a précipité le départ d'Igor Tudor après s'être imposé 3-0 au Tottenham Hotspur Stadium lors de la dernière journée en date. Encore heureux que les Wolves se soient réveillés trop tard !
Le programme des Spurs n'inspire pas confiance non plus. Le déplacement à Sunderland de ce weekend s'annonce compliqué, et pas seulement parce que les Black Cats de Régis Le Bris sont fort solides chez eux - seulement trois défaites en quinze matches. De Zerbi, un coach-gourou dont le temple est le terrain d'entraînement, n'aura passé que quelques heures avec la plupart de ses joueurs-clé avant de se rendre au Stadium of Light. Xavi Simons et Micky van de Ven (Pays-Bas), Cristian Romero (Argentina), Dominic Solanke et Djed Spence (Angleterre), Pedro Porro (Espagne), Pape Matar Sarr (Sénégal), Radu Dragusin (Roumanie), Kevin Danso (Autriche), Lucas Bergvall (Suède) et Kolo Muani avaient tous rejoint leurs sélections nationales pour la trêve internationale qui s'achève.

De Zerbi a besoin de temps... et Tottenham n'en a pas

Le problème, ici, est l'approche très personnelle, pour ne pas dire conflictuelle, de De Zerbi, l'homme qui avait dit à ses joueurs, "je vous casse les c..... pour une raison" et qui, de l'aveu de ceux qu'il a entraînés, sait les casser comme personne. Cette thérapie de choc a fonctionné autrefois, à Sassuolo et Brighton en particulier. Mais encore faut-il que les footballeurs qui y sont soumis aient le temps d'encaisser le choc en question.
"Si je suis honnête", s'est souvenu son défenseur des Seagulls Lewis Dunk, "les deux premières semaines [avec De Zerbi] avaient été horribles...en fait, non, pas horribles, mais déconcertantes. Le carnage avait duré deux semaines".
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Et quand la saison à moins de deux mois à courir, deux semaines, c'est long, suffisamment long pour que Tottenham, qui n'a qu'un point d'avance sur les Hammers, puisse se retrouver alors dans la zone rouge. Il suffit pour cela que West Ham batte les Wolves à domicile ce samedi et que Tottenham ne gagne pas à Sunderland, deux scénarios qui n'ont rien d'impensable.
Viendra alors le moment-clé : la réception de "son" Brighton au Tottenham Hotspur Stadium, le 18 avril, un Brighton qui croit toujours en ses chances de décrocher une place en Europe. Une réception qui s'annonce houleuse pour le manager italien ; et c'est là qu'on touche au nœud du problème.

Greenwood, racine du rejet de De Zerbi

Roberto De Zerbi n'est pas le bienvenu à Tottenham, et vous pouvez compter sur les supporters qui se rendront au stade ce samedi-là pour le lui faire savoir. Beaucoup de fans des Spurs, s'ils désespèrent de ce qu'ils voient sur le terrain depuis des années, retirent beaucoup de fierté de l'action de leur club dans un autre domaine : Tottenham a multiplié les initiatives pour souligner son attachement aux valeurs d'inclusion, de diversité et de solidarité sociale, en particulier auprès de la communauté LGBTQI+. Pour ces fans, qui ne constituent pas une minorité, la nomination de De Zerbi constitue une gifle, un reniement des valeurs qu'ils souhaitent voir leur club incarner.
Le soutien public prodigué par le manager de l'OM au paria du football anglais Mason Greenwood est la racine de ce rejet. Les circonstances dans lesquelles l'ancien prodige de Manchester United, accusé de violences conjugales et de viol, quitta la Premier League, tout d'abord pour Getafe, puis pour Marseille, sont suffisamment connues pour ne pas avoir à être rappelées ici. Si l'attaquant anglais échappa à la justice lorsque plusieurs témoins se récusèrent, l'opinion, elle, avait rendu un verdict implacable qui rend impossible un retour dans le championnat de son pays natal. Les propos bien indulgents, au mieux, que De Zerbi avait tenus pour défendre son joueur, avaient profondément choqué outre-Manche. "Un bon gars" qui "avait payé cher", vraiment ?
Il est préoccupant que le club nous mette dans cette situation
Ce ne sont pas que les groupes de supporters LGBTQI+ qui ont protesté avant même que l'arrivée de De Zerbi soit officialisée. C'est aussi le Tottenham Supporters Trust, le plus important groupe de fans du club, qui s'est réuni d'urgence lundi soir et a publié un communiqué dans lequel il déplorait la nature des propos alors tenus par leur nouvel entraîneur, jugés "malavisés et profondément offensants pour un grand nombre de supporters". "Il est préoccupant que le club nous mette dans cette situation au moment où l'équipe a le plus besoin de ses supporters", pouvait-on lire. "Nous aurions préféré la nomination, pour une courte durée, d'une ou plusieurs personnes qui comprennent le club".
On dira que s'il est un manager qui sache s'accommoder d'un environnement chaotique, ce doit être De Zerbi, pour qui le chaos est une arme ; avec cette différence : il n'en est pas l'initiateur à Tottenham. Il a déjà prouvé qu'il pouvait l'induire et s'en servir à son avantage. Cette fois-ci, il va falloir qu'il commence par s'en sortir, ce qui n'est pas du tout la même chose.
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