Premier League I Il arrive à Liverpool : que vient faire Jeff Bezos en Premier League ? 

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Le Liverpool Football Club, possession du conglomérat américain Fenway Sports Group, devrait voir un autre consortium, qui compte Jeff Bezos parmi ses rangs, racheter 30% des parts du club dans les prochains jours. Une étape supplémentaire dans la conquête du football européen par les investisseurs états-uniens, qui occupent déjà 13 des 20 clubs de Premier League. Explications. 

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Soyez rassurés, messieurs les Américains, Liverpool ne descendra pas. Certes, la Super League dont rêvait Florentino Perez n'a jamais vu le jour : il faut bien se distinguer un peu. Mais le grand Liverpool n'a pas besoin que l'on ferme son championnat national pour s'y maintenir. Après tout, Tottenham (17ᵉ la saison dernière) n'a eu besoin que d'un réveil bien senti, en fin de saison, pour se sauver ! Rien de bien compliqué. 
Dans les prochains jours, Liverpool devrait annoncer l'identité de son nouvel actionnaire minoritaire, dans le sillage des majoritaires étatsuniens du Fenway Sports Group (FSG). Selon plusieurs médias, dont The Athletic et Sky Sports, un consortium (une entente entre plusieurs personnes, associations ou entreprise) emmené par le Britannico-Indien Amit Bhatia devrait rafler la mise, à savoir 30% des parts du club. Avec l'appui financier de Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, et d'Eduardo Saverin, cofondateur de Facebook. Accent local ou pas – le Merseyside tient à son scouse, plus mâché que l'Anglais (le terme renvoie à l'origine à un ragoût de pommes de terre) – Liverpool sonnera encore américain. Comme bon nombre de ses congénères anglais. 
Qui s'est un jour entiché d'un club de Premier League a 65% de chances de voir la qualité de ses dimanches dépendre d'un actionnaire américain. Et ce, que vos chouchous se vêtissent de bleu (Todd Boehly et Mark Walter à Chelsea), d'un autre bleu (Dan Friedkin à Everton) voire d'un peu de blanc (Woody Johsnon, Josh Harris et David Blitzer à Crystal Palace). Même l'acteur Michael B. Jordan s'en est mêlé, lui qui détient des parts à Bournemouth. Treize des vingt clubs qui ont pris part à la Premier League en 2025-2026 comptent au moins un actionnaire américain, gros ou petit, partisan du laisser-faire ou interventionniste. 

Les Dallas Cowboys valent trois Liverpool

S'il aime le risque, et compte préserver quelques-uns de ses milliards, le riche américain peut trouver un bel équilibre en Angleterre. Là où son terrain national est complètement bouché. Le magazine Forbes, qui recense chaque année les structures sportives les mieux valorisées au monde, a dessiné un Top 50 toujours outrageusement dominé par les franchises des quatre ligues américaines (NFL, NBA, NHL et MLB) en 2025. Loin derrière les Dallas Cowboys, évalués à 13 milliards (oui) de dollars et qui dominent ledit classement depuis 2016, seuls Manchester United (24e, 6,6 millions de dollars) et Liverpool (48e, 5,4 milliards de dollars) garantissent la survie du foot britannique parmi les cinquante premières places.
Le Real Madrid est le premier club de football (20e) à briser la domination des franchises américaines, au jeu de l'évaluation. Ce qui n’empêche pas l’Inter Miami, pensionnaire de la très fermée MLS, de ne valoir "que" 180 millions de dollars, à savoir l’équivalent de Burnley, plus petit budget de Premier League.
La popularité croissante du football aux Etats-Unis ne fait pourtant plus débat. Avant-même le Mondial, sur la lancée de l’arrivée de Lionel Messi, les USA se sont pris à rêver de soccer. Selon une étude du Journal of Sport Management, le seul débarquement de l’Argentin en Floride a doublé le nombre d’abonnements TV pour suivre la MLS. 22.500 spectateurs ont assisté à un match de MLS en moyenne par match en 2025. Ce qui reste un progrès, mais pas une évolution capable de concurrencer les quatre sports nationaux.  
Le sport européen est associé paradoxalement à plus de libéralisme
Aussi populaire soit-il, le foot européen "vaut" moins, et représente une opportunité pour les investisseurs avides de gros profits. Même s’il présente au moins un risque dont ses homologues américains ne se soucient guère : cette fichue relégation.
"La comparaison Europe Amérique du Nord en matière de régulation de l’économie du football est particulièrement originale, introduisent Luc Arrondel et Richard Duhautois dans l'étude "Money and soccer in the USA" parue cette année. Si le sport américain paraît fortement régulé dans une économie qui prône plutôt le 'laisser-faire', le sport européen est associé paradoxalement à plus de libéralisme (notamment depuis les années 1990)."
Aux États-Unis, "chaque investisseur-opérateur achète une franchise pour être autorisé à participer à la compétition et il n’existe aucun mécanisme de promotion-relégation d’une saison à l’autre." Ajoutez-y des parts dans la ligue dans son ensemble, que tous les actionnaires de franchises obtiennent au moment de leur investissement. Et le système de draft, qui vous assure de trouver un gros talent qui redorera l'intérêt de votre équipe sur la durée. Autant de mécanismes que l'Europe refuse à son sport majeur. 

Toute l'Europe devenue El Dorado

La Premier League a grossi sans se fermer, en assumant de virer deux ou trois de ses pensionnaires par an, direction un Championship, lui aussi toujours plus relevé. Le système préserve les clubs des valeurs chiffrées aux États-Unis. Mais il ne les retient plus d'exploser : en 2021, lesdits Dallas Cowboys, déjà premiers du classement de Forbes, valaient 4,33 milliards d'euros. Liverpool en vaudrait déjà 5,15 milliards en 2026, selon les estimations de Sky et Al Jazeera. 
Le mouvement à venir représenterait d'ailleurs la toute première incursion de Jeff Bezos dans le business sportif, lui qui avait étudié des offres sans lendemain en NFL (Seattle Seahawks, Washington Commanders). 
Fenway Sports Group (FSG) négociait une revente d'une partie du club depuis la mi-juillet, selon The Athletic. La manœuvre doit "aider" le club, selon Billy Hogan, le directeur général des Reds. Elle questionne en réalité la position de FSG, qui avait dépensé 526 millions d'euros lors du mercato estival, l'an passé, dans la foulée du titre décroché sous la houlette d'Arne Slot, pour sa première (et avant-dernière) saison sur le banc. Voilà le conglomérat américain secondé par un consortium, majoritairement américain lui aussi. Nuance, mais récurrence.
Si ce n'était que le Royaume-Uni. Parmi les 96 clubs qui composent les cinq grands championnats européens, 37 comptent une participation américaine. Relégations ou pas. Dans le sillage d'une Amérique qui se penche sur le football mondialisé, littéralement, après avoir co-organisé la Coupe du monde 2026. Là-bas, les séries Ted Lasso ou encore Bienvenue à Wrexham ont contribué à rendre visible un sport qui n'y était pas. Et Wrexham, propriété de Ryan Reynolds, n'est même pas encore en Premier League (7e du Championship la saison passée). La charge vient à peine d'être sonnée.
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Video credit: Eurosport


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