Dialogue entre un entraîneur et son joueur, la veille d'un clasico rosarino :
"-Que seriez vous prêt à faire pour gagner ce match ?
-Je donnerais tout, je serais prêt à me jeter la tête la première (pour éviter un but)
- Non, il faut donner plus.
- Ah bon, ça vous paraît peu?
- Oui, moi, si vous m'assurez de gagner demain, je me couperai un doigt."
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Messi de retour en Argentine en 2018 ? Le club de son enfance en rêve à haute voix
23/08/2016 À 10:31
Effaré, le joueur reste muet. Fin de l'échange.
Voilà à quels genres d'excès peut mener le clasico de Rosario. L'entraîneur prêt à se faire amputer n'est certes pas le plus mesuré des hommes, puisqu'il s'agit de Marcelo Bielsa, mais cette anecdote contée par l'ex-défenseur de Newell's Old Boys, Fernando Gamboa, dit beaucoup de la ferveur qui escorte ce clasico. El Loco se trouvait alors sur le point de disputer son premier Central-Newell's en tant qu'entraîneur de première division. C'était en 1990. Au final, Gamboa ouvrira le score, Newell's l'emportera (3-4) et Bielsa ne sacrifiera pas même le petit doigt.
Rosario, la troisième ville argentine, respire le football par tous ses pores. "Ça joue, ça parle foot à chaque coin de rue", nous décrit l'ex-Lyonnais Cesar Delgado, qui, à 35 ans, défend les couleurs jaunes et bleues de Rosario Central, son club formateur. "Rosario est la ville la plus passionnée d'Argentine, je crois qu'il n'y a même pas débat", ajoute t-il. Logiquement, l'agglomération d'un million d'habitants, située 300 kilomètres au nord-ouest de Buenos Aires, a enfanté un chapelet d'icônes du football argentin : César Luis Menotti, Lionel Messi mais aussi, Marcelo Bielsa, Angel Di María, ou Jorge Valdano. Cette passion pour le football atteint son état paroxystique lors de chaque clasico entre les canailles de Rosario Central et les lépreux de Newell's Old Boys. Des surnoms pas vraiment tendres, hérités d'un match au bénéfice de malades de la Lèpre que Central avait refusé de disputer.
Dimanche, le 167e clasico rosarino de l'histoire du championnat argentin se disputera au Gigante de Arroyito, l'enceinte de Central, club qui avait les faveurs de Che Guevara, autre icône nationale et natif de la ville. L'ambiance y sera forcément démente. Comme d'habitude. Papelitos, feux d'artifice, et 41000 hinchas jaunes et bleus qui s'époumoneront. «On ne parle que de ça depuis le début du mois, nous assure El Chelito, qui sera toutefois privé de clasico en raison d'une suspension pour dopage, le jour du match, Rosario se paralyse, je crois qu'aucune ville ne vit le clasico de manière aussi intense.»

"Le clasico ou des balles"

Equipe visiteuse, Newell's a toutefois aussi rempli son enceinte cette semaine. Jeudi soir, plus de 30000 fans ont ainsi participé au traditionnel banderazo, ce moment de communion où les supporters se rendent au stade pour transmettre leur passion aux joueurs. Une transe collective ponctuée de feux d'artifices. Que l'on soit de Central ou de Newell's, on s'accorde au moins sur un point : même un Boca-River ne peut rivaliser avec la ferveur générée par leur affrontement. Depuis le milieu des années 80, aucun joueur n'a d'ailleurs osé heurter les susceptibilités partisanes en passant d'un club à l'autre. Trop dangereux ...
Dans un football argentin gangréné par la violence des barras bravas, ces groupes de fervents supporters qui fonctionnent trop souvent comme de véritables organisations mafieuses, le clasico de Rosario ne pouvait être exempt de terribles débordements. Le 27 juillet 2015, un homme de trente ans perdait ainsi la vie suite à une bagarre entre voisins provoquées par le résultat du clasico. Dans les jours précédents la rencontre, la violence rodait déjà, quand la grand-mère de Maxi Rodriguez, capitaine de Newell's, voyait le mur de sa maison tagué de cet avertissement : "le clasico ou des balles".
Deux mois plus tard, avant un nouveau clasico, la menace était mise à exécution : en pleine nuit, des balles étaient tirées sur le portail de la maison de la grand-mère de l'ex-international argentin. Newell's en était alors à quatre clasicos perdus de rang... Idole de Rosario Central, le légendaire, Mario Kempes, champion du monde 1978, déplore ce climat menaçant. "C'est triste, les supporters adverses n'ont même plus droit de se rendre dans le stade de celui qui reçoit", nous dit-il.

Mario Kempes

Crédit: Imago

Canalla pendant deux ans (1974-1976), Kempes, avec sept buts au compteur, est le deuxième meilleur buteur de l'histoire des clasicos. "C'était une autre ambiance, un autre contexte, se rappelle t-il, quand on jouait sur le terrain de Newell's, je m'y rendais à pied sans aucun problème, la rivalité existait, mais elle restait saine". Désormais, même les matches amicaux peuvent dégénérer. Kempes l'a appris à ses dépens en 1995. Un clasico avait été organisé pour lui rendre hommage. A 41 ans, le meilleur buteur du Mondial 78 avait été invité à prendre place dans le onze de Rosario Central. Unique vétéran sur la pelouse, El Matador avait ouvert le score lors de la première période. Un but qui déclencha la furie des supporters de Newell's et la suspension du match. "Pour moi, c'était un match spécial, c'était mes adieux", se contente de commenter Mario Kempes.
Cette passion qui dégénère trop souvent, Cesar Delgado, originaire du quartier populaire Las Flores a appris à vivre avec. "Il n'y a pas de place pour la peur, nous confie t-il, bien entendu il y a de la pression, mais personnellement ça me conduit à me concentrer davantage, je veux faire le match parfait, l'adrénaline est à son maximum, et une fois sur le terrain, je pense avant tout à me faire plaisir". Pour l'ex de l'OL, passé aussi par les Rayados Monterrey, l'ennemi des Tigres d'André-Pierre Gignac, la tension qui entoure un clasico de Rosario ne peut se comparer avec ses expériences étrangères.
"En France, si tu perds, tu peux sortir le lendemain, et en plus, la plupart des gens ne te reconnaissent pas. Au Mexique, la passion est grande avant et pendant le match, mais ils tolèrent la défaite. Ici, s'ils te voient dîner avec ta famille après avoir perdu, c'est mal vu. Tu ne peux pas le faire, tout simplement". Revenu chez les canallas en 2015, après y avoir fait ses débuts (2001-2003), Delgado n'a toutefois jamais perdu de clasico.

FOOTBALL 2011 Lyon-Marseille (Cesar Delgado)

Crédit: AFP

Le plus vieux clasico d'Argentine

Parmi les clasicos rosarinos emblématiques, il y a notamment celui de 1971. Les deux équipes de la troisième ville d'Argentine s'affrontent alors en demi-finale du championnat. D'une tête plongeante, Aldo Poy donne la victoire à Rosario Central. Un but qui ouvrait les portes de la finale aux canallas, et in fine, au premier titre de leur histoire. Depuis, chaque 19 décembre, date anniversaire de l'emblématique tête plongeante, des supporters de Central se réunissent pour reproduire le fameux geste. En 1997, Aldo Poy se rendit même en personne à Cuba pour qu'Ernesto Guevara, fils du Che, participe aux célébrations.
Au total, depuis les débuts des deux institutions en première division argentine (1939), Newell's a remporté six titres de champion, contre quatre pour Central, qui domine toutefois l’histoire des clasicos, avec 50 victoires, pour 42 défaites, et 74 matches nuls. Les hinchas du club jaune et bleu se revendiquent comme les plus passionnés. Côté leproso, on conteste : «Si je meurs, que ce soit de lèpre» est l'un des slogans qui témoigne du fanatisme des supporters rouge et noir.
Dimanche, Giovani Lo Celso, le prodige canalla qui intégrera l'effectif du PSG au mois de janvier, ne prendra pas part au clasico, à cause d'une suspension. A Paris, Lo Celso rejoindra Angel Di María, autre produit de Central. Une fois réunis, il y a fort à parier que les deux canallas boiront un bon maté devant chaque clasico de Rosario, comme Angel di María en a pris l'habitude depuis qu'il a débarqué en Europe. Cette saison, l'ailier argentin a toutefois dû maudire le calendrier. Car, le clasico qui le fait vibrer depuis ses plus jeunes années se dispute au même moment que PSG-OM, le classique de son présent professionnel.
Début 2015, Di María avait déclaré ceci : "je vais revenir un jour à Central pour disputer le clasico". Avant d'ajouter : "je ne sais pas ce que lui fera", une sorte de défi lancé à son ami, Lionel Messi, qui avait fait ses premiers pas de joueur chez Newell's, avant de s'exiler à Barcelone. Dimanche, le Blaugrana pourra, lui, suivre le clasico depuis sa demeure catalane, loin du tumulte de Rosario. Une habitude pour lui aussi. En octobre 2014, des journalistes avaient ainsi surpris un échange enthousiaste entre la Pulga et Gerardo Martino, au moment de monter dans un avion. "On parlait simplement de Central-Newell's, le clasico de Rosario", expliqua alors celui qui coachait le Barça. Un clasico pour lequel certains seraient prêts à se couper un doigt...

Marcelo Bielsa et l'Argentine échouent au premier tour de la Coupe du monde 2002

Crédit: Imago

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