Le problème quand on vole, c'est qu'il faut atterrir. Qu'on le veuille ou non. Et plus le vol est long et plaisant, moins le retour sur terre est facile. Depuis le 11 juillet dernier, la sélection italienne de Roberto Mancini est partie très loin, très haut. Du sommet de Wembley, elle a contemplé toute l'Europe pendant tout l'été. Des longues semaines à se remémorer cette incroyable aventure de l'Euro 2020, partie un soir de juin à Rome pour se conclure sur une douce nuit londonienne de juillet, à balancer des "It's coming Rome" à des Anglais complètement groggys. Oui mais voilà, pas le temps de se souvenir du passé que le présent vous rattrape. Inévitablement. Le rêve s'est réalisé, mais il est terminé. Tout comme le voyage.

"Avec l'Italie, l'Euro ne pouvait pas rêver plus beau vainqueur"

Pour les plus réfractaires et gros dormeurs, le réveil a été plus brutal. Il a même sonné deux fois. La première contre la Bulgarie, jeudi dernier, pour le premier match post-Euro. Malgré des occasions à la pelle, la Nazionale s'est heurtée à un gardien en état de grâce, l'obligeant à se contenter d'un match nul (1-1) pas vraiment prévu au calendrier du parcours des qualifications pour le Qatar 2022. "Nous irons en Suisse pour gagner", avait prévenu Roberto Mancini dans la foulée. Raté. Face au bourreau des Bleus, premier adversaire dans ce groupe C, la Squadra Azzurra a encore freiné (0-0). Pas faute d'avoir essayé : un penalty de Jorginho manqué, un incroyable face à face de Berardi raté et un Ciro Immobile toujours autant en difficulté devant. "Un record de gâchis", titrait La Gazzetta dello Sport lundi, rappelant quand même que l'Italie est invaincue depuis 36 matches. Un record, donc, même si certaines voix au Brésil assurent que la Seleçao a déjà réalisé la même performance.
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10/10/2021 À 14:54

La Suisse, un barrage avant l'heure

"Le record, c'est bien, mais maintenant gagnez !", s'exclamait de son côté Tuttosport. Car un sentiment d'inquiétude commence à envahir les Italiens, pas vraiment à l'aise avec l'idée de manquer une nouvelle fois le Mondial. Au mauvais souvenir de 2018. Pour l'heure, on en est encore loin. Mais personne ne veut jouer avec le feu. Au classement, la Nazionale est bien en tête devant la Suisse : 11 points contre 7. Mais l'équipe de Xherdan Shaqiri, qui a finalement renoncé au rassemblement des siens, compte deux matches en moins. En cas de succès, elle passerait donc devant les champions d'Europe. De l'autre côté des Alpes, autant vous dire qu'on a déjà fait les calculs. Si tout doit se passer comme prévu, le Italie-Suisse du 12 novembre, prévu au Stadio Olimpico de Rome, sera donc un barrage avant l'heure. Avec les Azzurri qui espèrent infliger le même tarif qu'à l'Euro (3-0). "Mais avant, pensons déjà à gagner face à la Lituanie", a toutefois prévenu le capitaine Giorgio Chiellini dimanche soir après le match à Bâle.
"On a livré une grande prestation, sous tous points de vue, dans l'engagement, la technique... On a peut-être même mieux joué que lors du 3-0 à Rome pendant l'Euro. Mais il a manqué un petit quelque chose pour marquer. On se qualifiera en novembre pour le Mondial", a ajouté le défenseur de la Juventus Turin, comme persuadé que l'histoire ne réservera pas, cette fois, de mauvaises surprises. "Le match en novembre contre la Suisse ? Calme, calme... Ce match est encore loin. Il faut prendre les matches les uns après les autres. Il y a également la Nations League qui va revenir", a-t-il conclu d'un ton serein. Car oui, il y a une petite différence avec 2018. Aujourd'hui, l'Italie est championne d'Europe. Et il lui en faut donc plus pour vaciller.
Confiance en vous
"Pas de panique, le Qatar n'est pas un mirage", a tenu à rassurer La Gazzetta dello Sport, lundi. Pour Tuttosport, cette équipe "mérite seulement qu'on lui fasse confiance". Il y a trois ans, le sentiment aurait probablement été différent après ces deux matches nuls. Pas cette fois. Il faut dire, aussi, que l'Italie peine toujours à enchaîner après un grand succès, mondial comme européen. Comme si elle avait besoin de temps pour totalement l'absorber. En 1982, après la victoire en Coupe du monde à Madrid, la Nazionale avait été freinée par la Tchécoslovaquie (2-2) pour son premier match officiel. Même topo en 2006 après le triomphe du 9 juillet face aux Bleus : Italie-Lituanie (1-1). Et rebelote en 2021 contre la Bulgarie.
"Les matches de septembre sont toujours difficiles, avait expliqué Mancini au tout début du rassemblement. Les jambes sont plus lourdes, les joueurs manquent de fraîcheur et ne comptent que quelques matches depuis la reprise de la saison. Il est évident que rien ne sera simple pour nous." Prémonitoire. Mais le sélectionneur peut toutefois se rassurer au regard du contenu de ces deux premiers matches post-Euro. Son équipe a joué, tenté, attaqué... mais n'a pas assez marqué. Dans la lignée de l'Euro. "C'est un moment où le ballon ne veut pas entrer dans les buts. On a eu trop d'occasions aujourd'hui pour ne pas gagner le match... On doit être plus cliniques et plus précis, on ne peut pas ne pas gagner 2 ou 3-0 un match comme celui-là, c'est dommage. Les occasions, nous les avons eues, l'équipe a joué", regrettait-il dimanche soir. L'agence de presse ANSA résumait plutôt bien le problème cette semaine : "Nous avons le mal du but".

SOS buteurs

Déjà pas très élevée lorsqu'il porte le maillot azzurro de la Nazionale, la cote de popularité de Ciro Immobile n'a pas vraiment grimpé durant cette trêve internationale. En grande difficulté, celui qui a inscrit 15 buts en 54 matches avec sa sélection a reçu une nouvelle fois beaucoup de critiques après ses deux prestations face à la Bulgarie et la Suisse. "Il arrête même de se battre. Pas un bon signe. Il risque de se déprimer en jouant comme ça", pouvait-on lire dans la Gazzetta, qui lui infligeait un triste 4,5/10. Trois jours plus tôt, La Repubblica se montrait encore plus dure : "Il parle une langue que ses coéquipiers ne comprennent pas. Et vice-versa."
"Mais Ciro n'est pas un problème, a rectifié le Mancio mardi en conférence de presse. Il a toujours marqué. Parfois, le ballon ne veut pas rentrer. Au Mondial, il marquera peut-être huit buts et on le gagnera." Dans le doute, et malgré tout le bien que lui veut son sélectionneur, l'attaquant de la Lazio devait démarrer sur le banc mercredi face à la Lituanie. Absent de l'entraînement mardi soir pour un problème musculaire, il a quitté le rassemblement des siens mardi soir. Face à la Suisse, une fois Immobile sorti, Mancini a ressorti de son chapeau l'option du "faux 9", avec un Nicolò Zaniolo rentré en deuxième mi-temps pour occuper l'axe. Puis Lorenzo Insigne et Federico Chiesa s'y sont également cantonnés, non sans rappeler quelques passages de l'Euro. Le but ? Parvenir à régler ce problème de finition, que réduire simplement au manque d'efficacité d'Immobile serait menteur.
https://i.eurosport.com/2021/09/06/3214253.jpg
"Certaines sélections ont peiné pour leur rentrée. Mais leur goleador a tout résolu : Lukaku, Kane, Lewandowski (...) En vue du Mondial, trouver un buteur qui ne soit pas forcément Immobile/Belotti devient vital", écrivait la Repubblica. Derrière ce duo, qui alterne ces dernières saisons en sélection sans grand succès, des jeunes joueurs au profil différent commencent à pousser. Il y a le petit mais virevoltant Giacomo Raspadori (Sassuolo), que son coéquipier Maxime Lopez voit bien comme le prochain numéro 9 de la Nazionale. Mais aussi le grand et puissant Gianluca Scamacca, très courtisé cet été mais finalement resté lui aussi à Sassuolo. De retour à la Juventus, Moise Kean pourrait également avoir son mot à dire, même si Mancini préfère l'aligner sur le côté droit. En vue de la Coupe du monde 2022, le casting du numéro 9 a certainement déjà commencé.
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