Italie : Avec De Rossi, on reste un peu sur notre faim

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Daniele De Rossi va fêter sa 100e cape avec l’équipe d’Italie. Le milieu de terrain de la Roma est un élément indispensable de son club et de sa sélection, mais il n’a pas forcément fait la carrière qu’on lui avait prédite.

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Gianluigi Buffon, Fabio Cannavaro, Paolo Maldini, Andrea Pirlo et Dino Zoff, voici le cercle très fermé des centenaires de l’équipe d’Italie. En effet, ils ne sont que cinq à avoir franchi la barre mythique des 100 capes en sélection et ils seront très vite rejoints par Daniele De Rossi. Le milieu de terrain de la Roma a déjà accumulé 99 sélections en seulement dix ans puisque ses débuts remontent à septembre 2004 contre la Norvège avec notamment un but à la clé. Il sera d’ailleurs le plus jeune à s’offrir cette symbolique 100ème sélection, à 31 ans et trois mois, soit six de mieux que Paolo Maldini et sept que Buffon. Le tout donc en une seule décennie durant laquelle il a disputé 99 des 137 derniers matches de la Nazionale.
Une fois la sélection intégrée, il ne l’a plus jamais quittée et a été présent à chaque liste de convoqués, hormis absences sur blessure ou suspensions. Marcello Lippi avait fait confiance à ce joueur de 21 ans tout juste sacré champion d’Europe espoir, Donadoni, Prandelli et maintenant Conte ont emboîté le pas. Quoi de plus logique pour un des éléments les plus réguliers de ces dernières années. Un pilier et surtout un homme de l’ombre, peut-être trop finalement. Comme le sentiment que De Rossi est passé un peu à côté de la carrière qu’on lui avait prédit. A 31 ans et alors que le meilleur est derrière lui, aurait-il pu faire mieux ?

Le milieu relayeur de stature mondiale

Plus le temps passe et plus De Rossi recule sur le terrain. Chez les jeunes de la Roma, il était un bon attaquant, c’est à l’âge de 15 ans qu’il est replacé au milieu. Poste qu’il occupe aussi avec les U20 de la Primavera, dernière étape italienne avant les pros, dont s’occupe encore aujourd’hui son père Alberto. En duo avec Aquilani, il se fait remarquer par Capello, entraineur de l’équipe une qui le fait débuter à 18 ans. Il ne faut attendre qu’un an et demi pour le voir intégrer définitivement l’effectif. Dans le 3-5-2 ou 3-4-1-2 de l’actuel sélectionneur russe, il côtoie des joueurs comme Emerson, Lima, Dacourt ou encore Tommasi. De Rossi a alors un profil plus offensif que ses partenaires, celui de "mezzala", ou mieux encore, "d’incursore". Entendez-par là un milieu relayeur, solide défensivement et avec une excellente capacité d’insertion pour créer le danger.
C’est à ce poste qu’il va se faire également un nom en sélection où il est aligné avec Pirlo et Gattuso dans un milieu parfaitement complémentaire. Le système de jeu est différent à la Roma lorsque Spalletti débarque en 2005, passage dans un 4-2-3-1 qui a écrit l’histoire récente de la Serie A. De Rossi se retrouve devant la défense avec Pizarro, métronome aguerri. Totti devient peut-être le premier interprète du faux 9 et Perrotta celui du faux 10. Des partenaires avec qui le dialogue est constant, ou pour combiner avec le premier, voire s’inverser les rôles avec le second. De Rossi fait alors parler sa très bonne finition, son excellent jeu de tête et sa lourde frappe de balle. Résultats, 33 buts en cinq saisons en comprenant la première de l’ère Ranieri.

 Le playmaker endigué

De Rossi a alors 28 ans et affronte les meilleurs années de sa carrière, on attend qu’il franchisse ce dernier cap qui ferait définitivement de lui l’une des références mondiales à son poste. Désireux d’être la plaque tournante de l’équipe suite au départ de Pizarro, la progression est déjà moins exponentielle les saisons précédentes, ce choix va l’achever. Moins lucide, moins vigoureux, moins brillant, encore moins décisif. Il recule pratiquement d’un nouveau cran puisqu’avec Luis Enrique, il est amené à descendre souvent au niveau de ses défenseurs centraux. En équipe d’Italie, on l’a carrément vu libéro à l’ancienne en ouverture de l’Euro 2012 contre l’Espagne. La prestation fut superbe certes, mais le verdict était définitif. Adieu l’étincelant milieu "incurseur", place à un joueur plus réfléchi, moins spontané et à la prise de risque minimale.
Les mauvais résultats de la Roma font le reste, que ce soit avec Montella, Luis Enrique ou même encore Zeman qui est le premier à le mettre sur le banc de touche au profit de Tachtsidis ou Pjanic. Des buts, il en inscrit de moins en moins, zéro lors de la saison 2012-13, un seul l’an passé, même chose cette année après plus d’un an de disette. Seulement 2 en 30 mois. Le voilà désormais restreint à un poste pratiquement purement défensif où il fait parler sa lecture du jeu et son sens du placement. De temps en temps, le Romain s’offre quelques belles ouvertures, mais son rôle est avant tout destructeur et non constructeur. Il est le point d’équilibre de cette Roma de Garcia à traction offensive. Sa liberté, il la retrouve en Nazionale qui a longtemps été sa bouée de sauvetage, il y a inscrit en tout 16 buts. Seul Gilardino a fait mieux sur la décennie "De Rossi".

Le syndrome Totti

On compare souvent De Rossi à Francesco Totti son capitaine, et à juste titre puisqu’ils n’ont porté qu’un seul et même maillot de club. Un choix tout à fait honorable dans ce football de moins en moins romantique, mais qui les a "contraints" à évoluer dans une équipe aux ambitions limitées, incapable de jouer les premiers rôles sur la durée et historiquement instable. On peut se douter qu’il portera difficilement un autre maillot en Italie, mais à l’étranger, les prétendants n’ont jamais manqué, avec des admirateurs tels que Ancelotti, Mourinho ou encore Ferguson. Le Bayern, le Real et surtout Manchester United ont été des destinations souvent citées et les pourparlers ont parfois été entamés. Son dernier contrat a été signé après de longues négociations et un beau salaire à la clé (le plus gros de la Serie A d’ailleurs). Il a fallu l’intervention de Garcia pour que De Rossi ne s’en aille pas à Man U. Après coup, on peut dire que c’est une bonne idée, mais un départ quelques années en arrière en Espagne ou en Angleterre l’aurait aidé à passer ce fameux cap.
Les limites sur le plan mental sont une autre caractéristique qu’il partage avec son capitaine. Les deux peuvent péter les plombs à tout moment, de par leur caractère certes mais aussi à cause d’une ville, des supporters et une presse locale asphyxiante. Les "fils de Rome" ont une lourde responsabilité dans la ville éternelle. Son poste l’expose certes à des sanctions, mais on l’a souvent vu auteur de gestes démesurés, souvent dans des matches importants. Derniers en date, un tacle assassin sur Chiellini en janvier lors d’un important match à Turin, idem lors d’un récent derby ou alors des mains baladeuses qui finissent dans le visage de ses adversaires. Le tout débouchant souvent sur de longues suspensions, effritant malheureusement mais légitimement son image. Cela fait maintenant des années que l’on ne cite plus De Rossi parmi les tout meilleurs à son poste, et pourtant il avait le potentiel pour égaler des Gerrard, Lampard et autres Xabi Alonso. Avec ses 100 sélections, il rentre dans la cour des grands, mais il aurait pu être un très grand. 
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