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Juventus - Inter Milan, un an plus tard

Souviens-toi l'automne dernier...

Le 07/12/2018 à 19:52

SERIE A - Le hasard du calendrier fait que l’Inter se déplace chez le leader bianconero (ce vendredi à 20h30) presque un an jour pour jour après leur dernière confrontation à Turin. Et si l'écart entre les deux clubs est déjà important au classement, les Milanais ont intégré le Top 3 du Calcio.

Retour en arrière : Juve - Inter, 9 décembre 2017. Leader toujours invaincu avec deux points d’avance conservés sur la Juventus - grâce au nul 0-0 sur le terrain des Bianconeri -, l'Inter Milan était ressortie grandi de cette dernière confrontation à l’Allianz Stadium. Cependant, cette visite dans le Piémont avait marqué le début d’une série noire pour les Milanais (huit matches sans victoire), qui mit fin à l’illusion d’un retour tant attendu au premier plan des Nerazzurri.

Vendredi soir, quasiment un an jour pour jour après cette soirée charnière, l'Inter se déplace à Turin avec un retard considérable sur la Vieille Dame - déjà onze points en seulement quatorze journées -, donnant ainsi l’impression d’avoir effectué un pas en arrière. Mais cette impression reste trompeuse, principalement due au départ fulgurant de la Juventus cette saison - le meilleur de l’histoire de la Serie A. Car ne nous y trompons pas : l’Inter est bien sur la bonne voie.

Le meilleur joueur de Serie A est interiste

Et ce n’est pas moi qui le dit ! Mauro Icardi a en effet été le principal protagoniste du Gran Galà del Calcio lundi soir, l’équivalent italien des trophées UNFP, qui délivrait les récompenses du dernier exercice. Le capitaine de l’Inter a ainsi remporté la récompense du plus beau but de l’année (talonnade contre la Sampdoria), a été cité dans le onze-type de la saison, mais surtout, a été élu meilleur joueur du Calcio 2017-2018. Un trophée significatif puisque les votants sont ses collègues et concurrents, et un petit exploit en soi car s’il a fini co-meilleur buteur du championnat, il n’en restait pas moins un pensionnaire du 4e de Serie A, place obtenue sur le fil qui plus est.

Mauro Icardi (Inter), buteur contre la Lazio

Mauro Icardi (Inter), buteur contre la LazioGetty Images

L’attaquant argentin n’a toutefois rien volé, et il se trouve être le terminal offensif d’un effectif très bien construit et dans lequel rien n’est à jeter : vingt-trois joueurs dont trois gardiens pour ainsi pouvoir dresser deux onze-types équilibrés. Ce n’était pas donné au début du projet, puisque le mercato a été réalisé en fonction des restrictions du fair-play financier et sans le moindre sacrifice.

L’épine dorsale a été conservée et renforcée par des coups bien sentis, souvent anticipés et parfaitement cohérents : Stefan De Vrij, Kwadwo Asamoah et Sime Vrsaljko en défense, Radja Nainggolan au milieu, Lautaro Martinez et Keita Baldé devant. On est loin des dépenses démesurées du premier été de l’Inter made in China avec les 75 millions jetés par la fenêtre pour Gabigol et Joao Mario. La formule du prêt payant avec option d’achat non-obligatoire a depuis été la plus utilisée, et l’Inter a pu ainsi construire une Instant Team, prête à l’emploi.

Spalletti toujours l’homme de la situation

“Nous ne sommes pas l’anti-Juve”, a répété maintes fois l'entraîneur nerazzurro. Et il a raison, je sais bien que les tifosi interistes trépignent d’impatience, mais ils ne doivent pas oublier que leur club revient de très loin après avoir atteint le nirvana en 2010.

La priorité aujourd'hui est de se stabiliser dans le Top 4 de la Serie A pour une nouvelle qualification en Champions League, et d'accéder aux huitièmes de finale de la compétition européenne malgré un tirage au sort l’ayant placé dans un groupe très relevé (Barcelone et Tottenham).

Luciano Spalletti, Roma, Getty Images

Luciano Spalletti, Roma, Getty ImagesGetty Images

A l’heure actuelle, l’Inter est dans les clous malgré quelques couacs évitables en championnat : le lourd revers 4-1 à Bergame, celui à Sassuolo, le nul à domicile face au Torino en menant 2-0. Et si elle atteint ses deux objectifs, elle assainira définitivement son économie et pourra déployer sa force de frappe financière à partir de l’été prochain, lorsqu’elle sortira du settlement agreement imposé par l'UEFA il y a trois ans. Luciano Spalletti aura ainsi carte blanche pour la première fois de sa carrière au sein d’une formation italienne, ce qui le changera des comptes d’apothicaire et le trading player de ses deux passages à la Roma et de ses deux premières saisons milanaises.

Zhang prêt à entrer en action

A 26 ans, j’étais professeur d’italien remplaçant et drivait ma team de rédacteurs sur Calciomio. Au même âge, Steven Zhang, lui, est l’héritier d’un empire multimilliardaire et président d’un des clubs de foot les plus prestigieux au monde. Son père, Jindong, est la 13e fortune de Chine grâce à la société Suning, géant de l'électroménager. Avec une partie de cette fortune, son fils Steven a investi pas moins de 414 millions d’euros, prêts compris ; et les résultats n'ont pas tardé à se faire voir : les revenus du club interiste ont augmenté de 42% en deux ans sans disputer la Champions League et ses riches primes.

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Parmi ses nombreux revenus, 139 millions ont été encaissés rien que via le secteur commercial ; c’est 13 de plus que la Juve. Surtout, 62 millions de cette somme proviennent directement du marché chinois où Suning a fait marcher ses connexions et son carnet d’adresses. Le rejeton a pris ses quartiers à Milan, il n’est pas un président à distance et fréquente de près ses collaborateurs. Dernier en date ? Un certain Beppe Marotta, bientôt administrateur délégué en charge de la partie sportive, et qui arrive directement de la Juve qu’il a ramené sur le toit de l’Italie et dans le top 5 européen.

Marco Bellinazzo, brillant collègue spécialiste en économie du sport et auteur de livres-référence sur le sujet, est formel : “Déjà, aujourd’hui, l’Inter est le club qui se rapproche le plus de la Juve d’un point de vue du chiffre d’affaire. L’écart peut être comblé en deux ou trois ans afin d’atteindre le demi-milliard. D’ici quelques temps, un vrai duopole économique se créera entre ces deux clubs avec deux forces économiques très proches.” Et là non plus, ce n’est pas moi qui l’ai dit.

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