Au fond, toutes les histoires sont vouées à se terminer un jour. Les plus belles, les moins belles, les longues, les courtes... La finalité reste toujours la même. Rien n'est éternel. Mais ce qui peut changer, c'est la manière d'y mettre fin. Si les Rita Mitsouko répètent depuis plus de trois décennies que les histoires d'amour finissent généralement mal, certaines semblent toutefois au-dessus de ce triste épilogue. Parfois elles y parviennent. Parfois non. Malheureusement, celle entre l'Atalanta Bergame et Alejandro Gomez, son capitaine, a choisi son option : la seconde.

L'idylle, commencée un jour de septembre 2014, avait certes déjà connu des bas, comme plus ou moins toutes les histoires. Mais jamais de quoi la remettre en cause. Plus de six ans plus tard, et alors que le "Papu" fait désormais partie des meubles du côté de la Dea, elle risque de prendre fin de la pire des manières. Mais comment en on est-on arrivé là ? Pour le comprendre, la mise en contexte est primordiale.

Serie A
La Juventus se rapproche du podium
24/01/2021 À 13:27

Sarri : "L'Atalanta ? C’est comme chez le dentiste, tu peux finir bien mais tu sentiras la douleur"

Depuis plusieurs années maintenant, l'Atalanta est en progression constante. Parfaitement structurée, magnifiquement orchestrée par Gian Piero Gasperini et superbement incarnée par son capitaine Gomez, la Dea est parvenue à se faire une place dans le paysage médiatique du football italien. Pas vraiment simple au pays des mastodontes comme la Juventus, le Napoli, les deux clubs de Milan ou ceux de Rome. Mais les faits sont là.

Depuis deux saisons, la bande au "Gasp" joue même les premiers rôles sur la scène européenne. Après avoir fait partie des huit meilleures équipes de Ligue des champions lors du dernier "Final 8" de Lisbonne, battue sur le fil par le PSG, elle figure (au moins) parmi les seize dernières cette saison. Avec une jolie confrontation face au Real Madrid à venir. Presentée comme ça, la belle histoire semble donc suivre son cours. Mais en coulisses, la donne est différente. Et ce n'est plus un secret pour personne, encore moins pour les médias italiens, qui ont révélé au grand jour ce que tous les tifosi bergamasques n'auraient jamais voulu imaginer : une brouille entre Gasperini et Gomez, les deux figures emblématiques de la Dea.

Le soir où tout a basculé

Depuis plusieurs semaines, et plus précisément les premiers jours d'octobre, l'entraîneur et son capitaine ne se comprennent plus. Le premier, confronté au retour du numéro 10 argentin en sélection, a dû revoir ses plans et ses programmes. Selon une reconstruction de La Gazzetta dello Sport dévoilée mardi, Gasperini a ainsi décidé d'effectuer quelques modifications tactiques autour du rôle central de Gomez dans son système. Puisque ce dernier doit désormais composer entre club et sélection, il ne peut plus assumer pleinement son rôle de joueur tout-terrain, notamment par manque de forces et d'énergie. Moins de liberté(s) sur le terrain et plus proche de la surface : voilà ce que demande le technicien italien à son joueur clé.

Gian Piero Gasperini și Papu Gomez

Crédit: Eurosport

"Gomez n'est alors ni convaincu, ni enthousiaste, écrit le quotidien italien. Cette divergence de points de vue entre les deux ne trouve pas un point d'accord." La tension s'installe entre deux hommes au fort caractère. Et le 1er décembre, elle passe un nouveau cap. Nous sommes à la mi-temps du match de C1 entre l'Atalanta et Midtjylland, où la Dea est menée à la surprise générale. Dans le vestiaire, Gasperini donne une indication tactique à Gomez. Une fois. Puis deux fois. En vain. Le Papu n'est pas d'accord et le dit explicitement la troisième fois. "Dix minutes plus tard : les deux se répondent, et plus seulement verbalement. Le contact physique, en plus des paroles, rend l'échange impossible."

Quand je partirais, vous aurez toute la vérité

Selon les différentes rumeurs, les deux auraient donc eu une altercation. Le début de la fin. Entre eux, la rupture est totale et la réconciliation impossible. Gomez n'est pas convoqué dans le groupe le week-end suivant, avant de faire sa réapparition trois jours plus tard pour le match décisif de C1 face à l'Ajax Amsterdam. Au vu de l'enjeu, chacun avait décidé de passer outre la querelle pour le bien du club. Mission réussie : les Nerazzurri gagnent en terres néerlandaises (0-1) et se qualifient pour les 8es de finale. Mais le sursis entre les deux protagonistes se termine dès le coup de sifflet final. Dimanche dernier, le Papu est sur le banc contre la Fiorentina (3-0). "Il avait besoin de se reposer (...) Il reste un joueur très important pour nous, confie Gasperini après la rencontre. Je ne sais pas comment on va surmonter cette situation, mais je dois penser au bien de l'équipe. C'est au club de prendre des décisions fortes." La conséquence est inévitable : l'un des deux va devoir partir. Et ce sera Gomez, qui l'a plus ou moins officialisé lundi.

"Je vous écris ici car je n’ai aucun autre moyen de me défendre et parler avec vous, a-t-il écrit sur Instagram. Quand je m’en irais, vous aurez toute la vérité. Vous me connaissez et vous savez la personne que je suis.” Une promesse et un adieu, prévus probablement en janvier prochain. Les médias italiens, eux, en sont certains : Papu Gomez va partir lors du mercato hivernal. Après avoir refusé un contrat en or (un salaire annuel de 8 millions d'euros, ndlr) l'été dernier du côté de l'Arabie Saoudite et le club d'Al Nassr, l'international argentin ne se fera pas prier cette fois.

Selon les médias transalpins, il souhaite rester en Europe, et si possible dans un club qui joue les premiers rôles. L'AC Milan, l'AS Rome et l'Inter seraient notamment sur les rangs dans la Botte. A l'étranger, le joueur de 32 ans intéresserait... le PSG. "Angel Di Maria souhaiterait le faire venir à Paris", écrivait la Gazzetta dello Sport lundi. Sous contrat jusqu'en juin 2022, le "Papu" aimerait que ses dirigeants acceptent de le libérer "gratuitement", histoire de faciliter son transfert. Et probablement, aussi, pour les services rendus durant toutes ces années.

L'Atalanta se prépare à l'après-Gomez

Cette situation intenable, Antonio Percassi aurait aimé s'en passer. Le président de l'Atalanta Bergame est d'ailleurs intervenu deux jours après la fameuse soirée du 1er décembre, avec pour but de prévenir les deux protagonistes : ces types de comportements, pas vraiment à l'image de ce club familial, ne seront plus acceptés. Pour éviter que les choses s'enveniment un peu plus, Percassi devrait lui aussi se laisser convaincre qu'une séparation est probablement l'unique solution viable. Le dilemme est cruel : trancher entre son entraîneur, véritable chef d'orchestre de cette magnifique symphonie bergamasque, et son capitaine, l'un de ses plus beaux interprètes. Au point d'en devenir indispensable à sa bonne partition ? Gasperini a tenu à prouver que non dimanche dernier face à la Fiorentina.

Gian Piero Gasperini - Atalanta-Fiorentina - Serie A 2020/2021 - Getty Images

Crédit: Getty Images

"Aujourd'hui, l'équipe a été plus équilibrée et plus productive dans le jeu. Lors des derniers matches, on a subi moins de buts, a-t-il expliqué pour justifier la non-titularisation de Gomez. En 200 matches sur le banc ici, j'ai dû le titulariser 195 fois. Mais au fil des années, son rôle de joueur tout-terrain devient difficile à proposer (...) Il faut penser à l'avenir, trouver des nouvelles motivations et penser à de nouvelles solutions." Comme pour dire qu'une vie sans le Papu est possible.

Dans son 3-4-2-1, Gasperini avait opté pour un duo Malinovskiy-Pessina derrière Duvan Zapata. Le technicien italien dispose également d'autres armes offensives, comme Aleksey Miranchuk, Luis Muriel, Sam Lammers et bien évidemment Josip Ilicic. Assez pour clore le chapitre Gomez ? "Je me considère comme un enfant de Bergame", confiait-il y a quelques mois. Un sentiment partagé par toute la ville lombarde, très attachée à celui qui a souvent porté la Dea. Dans les bons comme dans les mauvais moments. Le remplacer sera peut-être possible, oui. Mais l'oublier, ça, certainement pas.

Serie A
Un 3-0 net et sans bavure : L'Atalanta balaie Milan
23/01/2021 À 18:56
Super Coppa italienne
Un CR7 décisif pour un nouveau trophée : soirée de rêve pour la Juve
20/01/2021 À 21:59