Samedi 1er mai. Milanello. En apparence, un jour de match comme un autre du côté du centre d’entraînement de l’AC Milan, qui s’apprête à recevoir Benevento le soir même. Comme toujours, les joueurs de Stefano Pioli sont en mise au vert. Entre un ultime entraînement et des derniers ajustements tactiques à régler, cette journée, bien que maussade, ressemble à bien d'autres. A un détail près. Dehors, une délégation de la Curva Sud (le principal groupe ultra de l’AC Milan, ndlr) vient d’arriver. Il est alors aux alentours de 11h30. Ce groupe de supporters n’est pas vraiment venu encourager son équipe, contrairement à de nombreuses autres reprises cette saison. Interloquée, la sécurité du site décide d’intervenir et d’aller à leur rencontre. A la question de savoir le motif de leur venue, la réponse fuse : "Nous voulons parler à Gianluigi Donnarumma". Le ton est cordial mais direct. Au-dessus de Milanello, le ciel devient soudainement plus sombre. Comme pour s’harmoniser avec le moral de ces tifosi, lassés par l'attitude de leur gardien et de son entourage.
En fin de contrat dans un mois et demi, celui qui est arrivé à 13 ans au sein du club lombard n’a en effet toujours pas prolongé. Une situation semblable à celle de l’été 2017 où, après des semaines de négociations interminables entre son club et son agent, un certain Mino Raiola, Donnarumma s’était finalement décidé à signer son nouveau contrat. En échange, un salaire net de 6 millions d’euros et la venue de son frère en tant que troisième gardien. Des conditions acceptées par le duo Fassone-Mirabelli, en charge du sportif à l’époque et prêt à tout pour conserver celui qui venait de fêter ses 18 ans quelques mois auparavant. Malgré l’heureux épilogue, la relation entre les tifosi et leur gardien s'était déjà sérieusement détériorée. Du surnom "Dollarumma" aux sifflets un soir de Coupe d’Italie face à l’Hellas Vérone, en passant par la pluie de billets derrière son but lors de l’Euro Espoirs de juin 2017, le portier vivait un cauchemar à presque chacune de ses sorties.
Serie A
Kaio Jorge en route pour la Juventus
02/08/2021 À 22:05

Une trahison ? Pas la première, pas la dernière, mais probablement la moins chère

Cette fois, l’international italien peut remercier le Covid-19 de lui avoir vidé San Siro. Sans la pandémie, on peut facilement imaginer la gronde dont il ferait l’objet. Surtout que depuis quelques semaines, la presse transalpine ne cesse de l'envoyer… à la Juventus Turin. La goutte de trop pour le peuple rossonero, presque incrédule à l’idée de voir partir l’enfant du club chez l’ennemi. Encore plus à l'idée de ne récupérer aucune indemnité de transfert dans ce deal. Dans un monde normal, et donc un mercato où les problèmes économiques n'existeraient pas, Donnarumma possède une valeur de 60 millions d’euros selon le site Transfermarkt. Plus que le fond, c’est donc la forme qui dérange.
Accusé lui aussi de trahison à l’époque, Gonzalo Higuain avait par exemple rapporté 90 millions d’euros au Napoli en rejoignant la Vieille Dame. Le gardien milanais ne serait donc pas le premier à rejoindre un club rival, même si certains auraient aimé que la belle histoire dure pour toujours. Comme pour espérer que les "bandiere" (littéralement "drapeaux" en italien, ou un joueur qui reste dans le même club à vie) existent toujours : Zanetti à l’Inter, Totti à la Roma, Maldini à Milan, Del Piero à la Juve… Ce qui révolte la grande partie des supporters du Milan, c’est bien évidemment de le voir partir chez l’ennemi, mais surtout qu'il le fasse gratuitement. Comme si de rien n’était. Un peu comme un enfant qui quitterait la maison sans gratitude envers la famille qui l’a couvé, protégé et aimé.
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Le décor posé, retour maintenant à Milanello en ce premier jour de mai. Après un premier refus, Donnarumma accepte finalement de rencontrer la délégation de la Curva Sud qui l'attend à l'extérieur. L’histoire ne dit pas si son club l’y a poussé, ou si le gardien aux plus de 200 matchs avec Milan s’est décidé comme un grand. "On peut dire que les ultras lui ont parlé de manière directe mais certainement pas agressive, nous explique-t-on dans l’entourage du gardien. Dans un premier temps, il lui a été demandé s’il avait vraiment signé à la Juve. Et que si la réponse était affirmative, il ne pouvait pas jouer dimanche face à elle". Mais l’intéressé est alors catégorique : "Non, je n’ai rien signé", affirme-t-il en substance, ajoutant que sa volonté première est celle de rester à Milan et que lui seul décidera de son avenir, répliquant implicitement aux critiques le qualifiant de simple marionnette articulée par son agent. Le flou qu'il laisse perdurer autour de son avenir ne plaide pourtant pas sa cause. Il y a quatre ans, l'excuse du jeune âge pouvait tenir. Plus à 22 ans.
Tu peux être notre Totti
Les ultras, qui désirent le voir rester, en profitent pour lui rappeler la manière dont il est traité à Milan. A savoir comme un enfant roi devenu riche, et à qui il ne manque rien. Pas même le brassard de capitaine, dont il hérite lorsqu'Alessio Romagnoli n'est pas sur le terrain. Il lui est même expliqué qu'il "peut devenir le Totti" du club qu'il a toujours supporté. Marqué par cette confrontation, Donnarumma reste un peu sonné dans les minutes qui suivent. Selon les médias italiens, dont notamment MilanNews.it, toujours bien informé sur les affaires du club, le gardien "fondra en larmes" dans l'un des "des salons de Milanello".
"Mais il reste très serein, affirme un dirigeant du club. On avait déjà pu le voir face à Benevento. Gigio est concentré sur son présent et concerné par notre objectif de qualification en C1. Dimanche, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il disputera un grand match." Reste que sur le papier, le paradoxe demeure. Donnarumma va faire face à une équipe qui pourrait devenir la sienne la saison prochaine, dans un choc où le perdant dira probablement adieu à une qualification en Ligue des champions la saison prochaine. Une compétition que rêve de disputer le natif de Castellammare di Stabia.
En coulisses, le club lombard assure avoir "tout fait" pour prolonger son gardien. "S'il part, nous n'aurons aucun regret puisque nous avons fait le maximum. Il ne faut pas oublier la période que nous traversons, l'offre est très élevée et le club a déjà réalisé un énorme effort", souffle-t-on à Milanello. Voici les trois offres soumises ces dernières semaines :
  • Un contrat de 5 ans, assorti d'un salaire de 6 millions d'euros avec un million de bonus en cas de qualification en Ligue des champions.
  • Un contrat de 5 ans, assorti d'un salaire de 7 millions d'euros avec un million de bonus en cas de qualification en Ligue des champions.
  • Un contrat de 2 ans, un salaire de 7 millions d'euros (+ 1 million) et une clause libératoire de 30/35 millions d'euros en cas de non-qualification en Ligue des champions.
En face, la demande ne bouge pas. Selon les sources, le clan Donnarumma, mené par Mino Raiola en première ligne, réclame un salaire oscillant entre 10 et 12 millions d'euros. En plus d'une clause libératoire. Dans l'attente de régler ce dossier toujours aussi complexe, les dirigeants milanais ont d'ores et déjà conclu un accord avec Mike Maignan, le portier du LOSC. L'objectif est clair : se couvrir en cas de départ de Donnarumma, dont la prolongation demeure prioritaire. "Dès aujourd'hui, les négociations pour les prolongations sont interrompues jusqu'à la fin de saison, a prévenu quant à lui Paolo Maldini le 2 mai dernier à l'ANSA. Cela doit permettre à l'équipe de se concentrer uniquement sur le championnat."

De Vrij, le penalty de la discorde

De son côté, la Juve reste évidemment vigilante. Wojciech Szczesny, victime d'une légère baisse de régime cette saison, pourrait être renvoyé en Premier League l'été prochain pour libérer la place à l'international italien, presque de dix ans son cadet. En attendant de connaître l'épilogue d'un feuilleton devenu nocif pour les parties en cause, une certitude : Donnarumma sera sur le terrain dimanche soir à l'Allianz Stadium. "C'est important de rappeler que personne en dehors du club ne peut décider qui joue et qui prolonge", a rappelé Maldini, presque contraint de remettre son brassard de capitaine face à la tempête.
Il y a trois ans, Stefan de Vrij s'était retrouvé plus ou moins dans la même situation. En fin de contrat avec la Lazio Rome, le défenseur néerlandais décide de rejoindre l'Inter Milan la saison suivante. Via son site officiel, la Ligue italienne confirme ce transfert peu avant la fin de l'exercice 2017-2018. Problème, dernier match de championnat, valable pour une place en Ligue des champions : Lazio-Inter. Les Biancocelesti mènent 2-1 jusqu'à la 78e minute, avant un penalty concédé par... De Vrij. Ses futurs coéquipiers s'imposent finalement sur le fil (2-3) et décrochent leur ticket pour la C1. Contrairement à lui, Donnarumma ne semble pas encore avoir pris de décision définitive sur son avenir. Dimanche, la Juve (69 points) et Milan (69 points) ont 90 minutes pour faire pencher la balance de leur côté.
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