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Serie A - Roma - Cremonese : Ionut Radu, un cauchemar sans fin
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Publié 20/08/2022 à 23:25 GMT+2
SERIE A - Parti à la Cremonese cet été, Ionut Radu espérait faire oublier sa terrible erreur sous le maillot de l'Inter, la saison passée, à Bologne, fatale dans la quête du scudetto. Le gardien roumain, auteur d'un match presque parfait à Florence (3-2) dimanche dernier, est pourtant retombé dans ses travers en toute fin de rencontre, rentrant dans son but... avec le ballon.
Ionuț Radu
Crédit: Getty Images
En Italie, le "sfottò" ("chambrage") est un sport national. Parfois même un art, avec les tifosi faisant souvent preuve d'une grande imagination pour se moquer de leurs adversaires. La saison passée, ceux de l'AC Milan n'ont pas raté leurs cousins de l'Inter, battus dans la course au titre lors de la dernière journée. Chants, banderoles : tout y est passé. Même les flocages. Ainsi, aux abords de San Siro, certains marchands ambulants n'hésitent pas à accrocher des maillots au nom de Ionut Radu, entre ceux de Zlatan Ibrahimovic ou encore Théo Hernandez. Pourtant, le gardien roumain de 25 ans n'a jamais joué avec les Rossoneri. Mais il a certainement facilité, bien malgré lui, leur quête du dix-neuvième scudetto.
Le 27 avril dernier, Radu, doublure de Samir Handanovic, est appelé à le remplacer lors du match en retard à Bologne, qui pouvait permettre à l'Inter de repasser devant le grand rival au classement. Tout commence bien avec un but rapide d'Ivan Perisic. Mais Marko Arnautovic remet les équipes à égalité avant la pause. En deuxième mi-temps, l'Inter pousse... avant le drame. 81e minute : Ivan Perisic effectue une touche anodine en retrait, direction Stefan De Vrij. Le défenseur néerlandais décide de laisser passer le ballon vers son gardien, qui se déchire, manque sa passe et permet à Nicola Sansone d'inscrire facilement le but de la victoire (2-1).
Le portier, arrivé à l'Inter à 16 ans en 2013 sur signalement de Pierluigi Casiraghi (homonyme de l'ancien attaquant italien, ndlr), chef du scouting, puis prêté notamment au Genoa, termine en larmes. Son équipe, toujours reléguée à deux points de l'AC Milan, ne refera jamais son retard et perdra sa couronne. Moqueurs, les tifosi des Rossoneri n'hésitent pas à lui souhaiter son anniversaire en masse sur les réseaux sociaux le 28 mai dernier, six jours après leur sacre.
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L'énorme erreur de Radu (Inter Milan) face à Bologne
Crédit: Getty Images
"En fonction de l'état d'esprit et de la sensibilité de base, un joueur d'aujourd'hui est plus sensibilisé à ça, explique Bilal Bourazza, préparateur physique et mental, notamment du nageur Théo Curin et de Michaël Cuisance, joueur de Venise. Le plus dur, c'est l'impact sur la famille, les enfants, les parents. Ce sont des dommages collatéraux. Certains interdisent même à leurs proches d'aller sur Google pour chercher leur nom. Ils veulent les protéger. J'encourage toujours mes joueurs à ne pas aller sur les réseaux sociaux, mais c'est presque impossible. On a tous Twitter, Instagram... Eux sont toujours identifiés, ou font l'objet de messages au quotidien. C'est clairement une nouvelle composante, et ce sont des humains. Il est impossible de rester insensible aux critiques et aux moqueries. Nous avons des outils qui peuvent aider, comme la visualisation et la sophrologie. Le but est de créer un climat positif, redonner de la confiance. C'est un énorme puzzle où il faut faire jongler toutes les pièces."
Sur les conseils d'Oscar Damiani, son agent qui ne comprenait pas vraiment pour l'Inter ne lui donnait pas plus de temps de jeu à l'époque, Radu décide de partir à la Cremonese pour se refaire une santé et oublier cette bourde. Titulaire face à la Fiorentina dimanche dernier, il est probablement le meilleur de son équipe jusqu'au temps additionnel. Mais à l'ultime seconde, nouveau coup du sort : l'international roumain juge mal la trajectoire d'un long centre venu de la gauche et capte le ballon dans son but. Son équipe, réduite à dix pendant plus de quarante-cinq minutes, s'incline (3-2). Cruel. A terre, il adresse alors des coups de poing rageurs à son poteau. "Un désastre dans les sorties aériennes (...) Et à la 95e minute, la boulette", écrivent alors nos confrères d'Eurosport.it, lui attribuant la note de 4. Se remettre d'une bourde n'est déjà pas simple. Mais alors deux...
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La boulette de Ionut Radu, Fiorentina-Cremonese, Getty Images
Crédit: Getty Images
"Un gardien est toujours plus préparé psychologiquement à des erreurs qu'un joueur de champ, conscient d'être le dernier rempart, reconnaît Bilal Bourazza. Si l'on parle de mental pur, un gardien a toujours plus d'aisance, par la pratique et l'expérience. Après une erreur ou un échec, il faut rebasculer sur un cycle d'entraînement le plus normal possible et rentrer dans une routine qui a un côté rassurant. Il y a des petits automatismes à prendre ou connaître qui permettent de se rassurer, comme peut l'avoir Rafael Nadal dans le tennis. Un entraîneur des gardiens peut aussi le faire travailler dans des domaines spécifiques où il est plus à l'aise pour lui redonner confiance. C'est reprendre des choses maîtrisées. Tu peux remonter le niveau de confiance."
Cremonese lui maintient sa confiance
Plus jeune gardien à commencer un match de titulaire avec l'Inter en mai 2021, à 23 ans et 349 jours, juste derrière Sébastien Frey (19 ans et 16 jours), Radu n'est certainement pas allergique à la pression. Mais pas vraiment à l'aise dans les sorties aériennes, et forcément en manque de confiance depuis le match à Bologne, celui qui a disputé 50 matches de Serie A entre 2018 et janvier 2020 avec le Genoa doit se retrouver. "En partant cet été, il a voulu couper et ouvrir une nouvelle page, estime Bilal Bourazza. Malgré son erreur dimanche, il doit se dire qu'il est possible de recommencer à zéro dans ce nouveau club. Changer d'environnement, de visages, c'est important. "
Au sein de la Cremonese, on a rapidement indiqué, en interne comme en public, que le portier roumain resterait numéro un malgré la nouvelle bourde à Florence. "Chaque joueur fait partie d'une famille, d'un club, d'un groupe. Chaque applaudissement et chaque critique envers un joueur sont pour toute l'équipe. Nous sommes unis sur et en dehors du terrain, dans la joie et, surtout, dans la difficulté. Nous perdons et nous gagnons en équipe", a même écrit le promu sur Twitter.
"Cela contribue au climat positif qui doit s'instaurer autour de lui, se félicite Bilal Bourazza. Tous les événements extérieurs sont importants, que cela soit l'encouragement de ses coéquipiers ou la prise de parole du club en sa faveur. C'est ce qu'on appelle le discours interne de motivation. La confiance, c'est 80% du travail à ce niveau. Il est possible que son erreur à Bologne lui pèse encore. Même s'il y a eu un travail depuis, cela relève du psychique, il faut du temps. Un joueur peut parfois se remémorer des choses au fil d'un match. C'est similaire à l'étape d'un deuil : la tristesse, la colère et ainsi de suite. Finalement, il suffit de quelques évènements la semaine ou lors d'un match pour faire remonter à la surface certaines choses. Enfin, il y a également la peur de la réussite. Au fond de lui, c'est possible qu'il ait eu un excès de confiance momentané pour combler le manque. Cette peur de concrétiser une réussite, ou du moins quelque chose qui peut le faire avancer dans le positif, peut aboutir sur le processus inverse et commettre des erreurs." Ionut Radu, lui, espère qu'elles resteront maintenant toutes derrière lui.
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