Il a redressé l'AS Roma - Claudio Ranieri, méthode magique : "Il nous invitait à manger des pizzas et disait 'ça ne fait pas de mal'"

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Il l'a cette fois promis : Claudio Ranieri (73 ans) arrêtera définitivement sa carrière de coach en fin de saison alors qu'il est encore en train de faire des miracles avec la Roma (15 matchs sans défaite en Serie A actuellement, avec une qualification européenne redevenue plus que crédible). L'occasion de faire témoigner des joueurs qui ont, un jour, été entraînés par le Mister. Témoignages.

Claudio Ranieri et Riyad Mahrez

Crédit: Getty Images

Par Timothé CRÉPIN
Valère Germain : "Il m'appelait 'mon fils'"
Ex-attaquant de l'AS Monaco, que Claudio Ranieri avait rejoint en Ligue 2 en 2012.
"Ah le Mister ! C'est vraiment une personne emblématique, classe et charismatique. Au-delà du coach et de ses qualités d'entraîneur, c'est un Monsieur. La classe à l'italienne : quand il entre dans la pièce... C'est un Monsieur. Quelqu'un qui sait très bien gérer les groupes. J'ai un excellent souvenir de lui. Je me souviens, on est en Ligue 2, à Monaco, et on voit le nom de Claudio Ranieri associé à l'ASM ! Là, on savait que du lourd arrivait ! Dès les premières séances, on a eu une façon de travailler vraiment à l'italienne. La préparation physique, c'est vrai, était un peu dure ! Il m'a toujours appelé "mon fils". C'était un peu un papa. Je me rappelle, à Noël, il nous avait offert des petites clochettes car il aimait bien dire "diliding-dilidong" pour réveiller, le matin, ceux qui étaient en retard ou étaient un peu en-dedans au début de l'entraînement.
Sur sa deuxième saison, quand on remonte, juste avant le premier match, je me blesse au genou. Je dois m'arrêter plusieurs mois. Je mets pas mal de temps à revenir. En janvier, Ranieri me titularise à Toulouse. On gagne. Je fais un bon match. Devant le groupe, le lendemain, il ne loue pas mes qualités de joueur mais dit devant les Falcao, Abidal, Toulalan, Ricardo Carvalho et les autres que c'est cet état d'esprit de ne jamais rien lâcher qui est aussi le sien. Un moment particulier pour moi. Même si on a été content ensuite avec (Leonardo) Jardim, quand Ranieri est parti, ça m'a fait quelque chose. L'un des meilleurs entraîneurs que j'ai connus."
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Claudio Ranier avec Eric Abidal

Crédit: Getty Images


Yohan Benalouane : "Ranieri, le gladiateur"
Ex-défenseur central du Leicester de Claudio Ranieri (2015-2017)
"Le coach Ranieri, c'est un grand Monsieur. Sa classe, sa façon de parler, sa façon de marcher... Quand Ranieri arrive sur un terrain, il ne passe pas inaperçu. Toujours à l'écoute qui, au-delà de l'aspect tactique, sait rassembler, créer cette bonne humeur dans un groupe. Il a été la clé de notre réussite. C'est un grand meneur d'hommes.
J'arrivais d'Italie, il m'a beaucoup aidé pour m'adapter au football anglais. Il avait toujours la bonne parole pour nous, pour le président, pour la personne qui travaille au club, du magasinier au cuisinier. Il était très aimé. Vraiment un gentleman. Il vient de Rome. Je ne sais pas si on peut le comparer aux gladiateurs mais...
Devant la caméra, sur le terrain, c'est un monsieur avec un grand charisme. Dans le vestiaire, c'est un conquérant qui savait nous donner cette énergie. Je me rappelle d'un match contre Manchester United. Il y avait eu des petits articles qui avaient tourné toute la semaine entre Ranieri et Mourinho (NDLR : alors entraîneur des Red Devils). Le jour du match, c'est l'anniversaire du coach. On va s'échauffer. On retourne au vestiaire, on a dix minutes pour se préparer, et là, notre président a la bonne idée d'entrer avec un grand gâteau pour fêter, on va dire, et faire des photos avant ce match-clé pour nous.
Derrière, on est partis sur le terrain, et on a gagné ce match. Après, sinon, pour la petite histoire, Ranieri, c'est "Monsieur diliding-dilidong". Quand il voulait nous réveiller, il nous répétait souvent sa phrase magique. Quand il la disait, il fallait qu'on mette quelque chose en plus. Je ne sais pas s'il va vraiment arrêter le football... C'est un passionné, pas du tout guidé par le gain économique. Il aime vraiment son métier, ça le fait vivre. S'il arrête, tout le monde va lui dire chapeau, car il a fait une carrière exceptionnelle."

Yacine Bammou : "La pizza du mercredi"
Ancien attaquant du FC Nantes, dont Claudio Ranieri a été l'entraîneur entre 2017 et 2018.
"C'était la classe. De temps en temps, le mercredi, il nous invitait avec l'équipe à manger une pizza dans un restaurant italien. Il nous disait : "La pizza, ça craint rien, c'est de la pâte, un peu de viande ou de fromage et ça ne fait pas de mal trois jours avant un match." Dans un restaurant chic à Nantes. Pour nous, les pizzas étaient bonnes, mais c'est vrai que pour lui, l'Italien, ça devait être moyen."
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Claudio Ranieri et la fameuse pizza

Crédit: Getty Images


Ferdinand Coly : "Une malice à toute épreuve"
Ex-latéral droit, coaché par Claudio Ranieri à Parme en 2006-2007.
"Le Mister... Un charisme incroyable. Repenser à lui me fait sourire. On a partagé une demi-saison incroyable avec Parme. Au mois de décembre, on est condamné, avec seulement douze points (Il sourit.). Il est arrivé, avec un discours simple et clair : "Celui qui n'est pas prêt à combattre pour sauver le club, qu'il lève la main, je ne lui en voudrais pas, il se met sur le côté." Silence dans le vestiaire. Personne n'a levé la main. Il nous a donc dit : "Je considère que tout le monde est apte pour le défi." Et on est partis.
On a fait une seconde moitié de saison extraordinaire, pour terminer qualifiés en Coupe de l'UEFA. C'était inespéré. On avait carrément paradé dans la ville avec un bus à impériale tellement tout le monde nous voyait mort. Je ne vais jamais oublier ça. C'était assez puissant. On était comme des invincibles. Avec lui, c'était une proximité, une simplicité, un discours clair. Mais aussi une malice à toute épreuve. Il savait tirer le meilleur de chaque joueur. J'ai apprécié l'homme par son expérience. C'est comme un père qui parle à ses enfants. Avec lui, il n'y a pas d'âge pour progresser.
Une anecdote ? J'étais assez offensif et je me rappelle d'un match à domicile contre la FIorentina (NDLR : 18 avril 2007, victoire 2-0 de Parme) où il me dit : "Tu vois la ligne là ? Eh bien tu ne dois pas la dépasser." (Il rit.) J'avais Adrian Mutu en face de moi, extrêmement véloce. Donc il m'a lancé : "Tu es le seul à pouvoir le rattraper ! Ta mission est de récupérer le ballon, sans te projeter comme d'habitude. Á la moitié du terrain, tu t'arrêtes là." En fin de saison, on pensait repartir avec lui mais il avait décidé de partir à la Juventus, un coup dur pour le club. On était déçus car on avait créé des liens assez forts. Je vois ce qu'il est en train de faire avec la Roma... Il n'y a pas de hasard. C'est un savoir, une patte qu'il a."
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Quand Ranieri guidait Chelsea

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William Gallas : "Vous avez envie de tout lui donner"
Ancien défenseur du Chelsea de Ranieri entre 2001 et 2004.
"Le coach Ranieri, c'est lui qui m'a permis de franchir un autre palier quand je suis arrivé à Chelsea. Par rapport à sa façon de travailler, surtout sur le plan défensif, où on faisait beaucoup d'exercices pour savoir défendre en étant en infériorité numérique. On travaillait ce style d'exercice toutes les semaines. Des choses que je n'avais pas apprises à Marseille. Il était entraîneur avant tout, mais, en dehors du terrain, il parlait beaucoup avec les joueurs. Avec moi, qui étais un des plus jeunes à ce moment, on échangeait énormément pour discuter de football ou d'autres choses. On pouvait se confier. Ça a été une figure. Très, très rigoureux à l'entraînement, mais, en dehors, c'était un blagueur, il aimait bien chambrer. C'est un Monsieur et je pense que même si, de l'extérieur, il paraît dur, il a beaucoup de cœur. Vous avez envie de tout lui donner.
Il connaissait tellement bien ses joueurs, qu'un jour, il voulait avoir une discussion avec l'un d'eux. Il le cherchait. Il est venu dans le vestiaire, il ne l'a pas trouvé. Ensuite, il est allé dans la douche. Et, là, quelqu'un prenait sa douche avec ses joueurs, et il a tout de suite reconnu qu'il ne faisait pas partie de l'équipe. Il a dit : 'Cette personne-là n'est pas un de mes joueurs.' A l'époque, ce n'était pas aussi strict qu'aujourd'hui, des potes de joueurs pouvaient se retrouver dans nos vestiaires."
Ricardo Faty : "Ses punchlines qui vont direct au cœur"
Ancien milieu de terrain de l'AS Roma, dont Claudio Ranieri a été une première fois entraîneur entre 2009 et 2011.
"Gentleman, c'est le mot que j'aime utiliser en parlant de Ranieri. Un entraîneur qui privilégie l'aspect humain avant toutes choses. C'est un meneur d'hommes. Il est intègre, entier avec ses joueurs. Donc il arrive plus facilement à instaurer son projet de jeu. Après, il n'a pas un projet de jeu révolutionnaire, c'est même minimaliste, mais avoir l'adhésion de tous ses joueurs fait la différence. Ce qui peut étonner, c'est qu'à mon époque, il était déjà assez âgé, mais il parvenait à pousser des gueulantes incroyables, notamment dès l'échauffement. Je me souviens aussi de réunions où, a contrario, il ne criait pas forcément, mais il arrivait à te piquer, à te sortir de ta zone de confort. Ce n'étaient pas des menaces, mais te sortir des choses authentiques, crues, qui faisaient effet. Quand il doit te remettre en place, il le fait.
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Claudio Ranieri in conferenza stampa alla vigilia di Roma-Cagliari - Serie A 2024-25

Crédit: Getty Images

J'ai le souvenir d'une réunion en 2009, l'équipe ne tournait vraiment pas bien. Tout le monde tirait la gueule. Les supporters étaient venus au centre d'entraînement, c'était assez tendu, chaud, on en était presque venus en tête à tête avec les supporters. On est dans le vestiaire, il vient nous voir et nous dit d'un ton jovial et enthousiaste : "Les gars, ne vous inquiétez pas, quand on va gagner dix matchs d'affilée, ils reviendront mais vous feront, cette fois-ci, des bisous." Cette posture a amené vraiment une confiance, une motivation. Et ça s'est vraiment déroulé. On a fait un record de victoires et la bonne humeur est revenue.
L'autre souvenir, c'est lors d'une autre réunion : un joueur, dont je ne vais pas dire le nom, ne jouait pas. Le coach lui dit : "Toi, tu veux jouer à chaque fois, tu veux être titulaire, mais apparemment tu parles mal de moi dans la presse. Moi, je ne parle pas, j'ai du respect pour tout le vestiaire. Est-ce que je dis à la presse qu'on trouve des bouteilles de vin et de whisky sous ton lit et dans ton vestiaire ? Et qu'on te voit à 2 heures du matin dans Rome tout bourré ? Non ! Parce que, moi, je te protège." Voilà le genre de réunions où il remet des joueurs en place, sans crier. Même chose à un autre joueur : "Toi, je t'aime beaucoup, tu es l'un des joueurs les plus talentueux que j'ai entraînés, mais, avec moi, tu ne joueras plus jamais ! Parce que tu as un comportement de cochon, parce que tu es bête, parce que tu n'es pas intelligent. Donc pour jouer, il ne va pas falloir que tu t'entraînes mieux, mais que tu vives mieux !" Il t'impacte par ses punchlines. Ça va direct au coeur."
Carl Medjani : "Sa carrière parle pour lui"
Ex-défenseur de l'AS Monaco
"J'ai passé six mois magnifiques avec lui. Ranieri, c'est la classe, la prestance, le charisme, l'élégance. J'ai adoré. Je regrette même d'avoir signé à Monaco dans une période pré-Coupe du Monde (2014), qui fait que je n'ai pas pu évoluer plus longtemps sous ses ordres. Mais c'est typiquement le coach que j'adore. Le type d'hommes que j'adore : franc, honnête, sincère, qui te dit les choses en face, qui sait être dur quand il le faut, qui sait être souple quand il le faut. C'est ça qui fait qu'il a l'adhésion de tous ses joueurs."
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"Guardiola pensait à lui pour lui succéder" : Inzaghi, hype limitée

Video credit: Eurosport

Je me souviens, quand les beaux jours arrivaient sur Monaco, avec la fin de championnat où on peut assurer la montée en Ligue 1 et le titre, le week-end, il nous laissait des jours de repos. Mais il nous prévenait : attention à celui ou ceux qui allaient revenir bronzés ou pas, avec des petits yeux ou pas, parce qu'il savait très bien comment ça pouvait se passer dans cet environnement sudiste et monégasque. Il ne voulait pas qu'on perde de vue notre objectif d'être champion de Ligue 2. Ranieri, c'est aussi le souci du détail. Les images que j'ai vu quand il remonte en Serie A avec Cagliari, où tu vois la communion à la fois avec les supporters, mais aussi avec son staff et ses joueurs : ça, ça ne ment pas. Sa carrière parle pour lui. On ne l'appelle vraiment pas le Mister pour rien."

Mohamed Sissoko : "Dans la même logique qu'Ancelotti"
Ancien milieu de terrain de Valence, en Espagne, où Ranieri a été coach entre 2004 et 2005
"C'est un très grand Monsieur, avec beaucoup de valeurs. Clairement, c'est un gentleman. Il est brave, généreux, humble et de la transmission la plus totale. De l'échanges, de la bienveillance. Il est un peu dans la même logique que Carlo Ancelotti. Des personnes qui donnent énormément confiance en leurs joueurs. La première fois que je l'ai rencontré, il m'a pris sous son aile, il m'a conseillé, il me prenait un peu comme son fils. Il avait toujours les bons mots et les mots justes. Il m'a beaucoup aidé dans le développement de mon football."
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Claudio Ranieri durante Roma-Juventus - Serie A 2024/2025

Crédit: Getty Images


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