Serie A I Juventus - AC Milan I Allegri, puissance Max

De retour sur le banc de l'AC Milan après plus de dix ans, Massimiliano Allegri a déjà changé la vie du club milanais. Sur le terrain comme en dehors. Leader de Serie A en compagnie du Napoli et de l'AS Rome, le club lombard, seulement huitième la saison passée, a presque donné les pleins pouvoirs au technicien toscan. Lui qui retrouve la Juventus Turin, son ancien club, dimanche soir (20h45).

Massimiliano Allegri (AC Milan)

Crédit: Getty Images

Igli Tare n'a pas voulu perdre de temps. À peine nommé au poste de directeur sportif de l'AC Milan, fin mai dernier, l'ancien attaquant albanais décroche immédiatement son téléphone. Au bout du fil, un certain Massimiliano Allegri, toujours libre de tout contrat un an après son divorce tumultueux avec la Juventus Turin. Conscient de la possible concurrence à venir, entre un Napoli alors inquiet de voir partir Antonio Conte - qui décidera finalement de rester quelques semaines plus tard - et une équipe de l'Inter concentrée sur sa finale de Ligue des champions mais perturbée par un possible départ de Simone Inzaghi - qui se confirmera après la claque reçue face au PSG (5-0).
Tare souhaite convaincre le plus vite possible le technicien toscan. Très rapidement, les deux hommes se rencontrent, en compagnie de l'administrateur délégué du club lombard Giorgio Furlani, l'homme des chiffres et dont la signature est nécessaire pour formaliser des contrats. Le 29 mai, un accord est trouvé entre les parties : deux ans de contrat, une option d'une année supplémentaire et un salaire de 5,5 millions d'euros. Un gros effort pour les dirigeants milanais, toutefois conscients qu'il s'agit de la meilleure décision possible pour le club à l'issue d'une saison qualifiée de "faillite" par Giorgio Furlani.
Difficile de lui donner tort : deux entraîneurs consommés (Paulo Fonseca et Sergio Conceiçao), une huitième place en championnat, une finale de Coupe d'Italie perdue face à Bologne, aucune qualification en Coupe d'Europe, un vestiaire en lambeaux, des tifosi en colère qui n'ont pas hésité à manifester en grand nombre devant le siège du club avant l'ultime journée, des dirigeants invités à démissionner... Pour Milan et son propriétaire Gerry Cardinale, lui aussi vivement critiqué, l'heure se voulait grave. Alors autant en finir avec l'ultra "américanisation" du club et un projet technique basé grandement sur les datas, et place à un retour à des fondamentaux plus solides et pragmatiques. À l'italienne. De l'organigramme de la direction (retour d'un directeur sportif "classique" avec Igli Tare, permettant ainsi une médiatisation moindre des divers Zlatan Ibrahimovic, Geoffrey Moncada, Giorgio Furlani...) au terrain, avec l'arrivée d'un entraîneur rodé, expérimenté, parfaitement au courant des rouages éternels du Calcio et qui plus est déjà passé par Milanello entre 2010 et 2014 : Max Allegri.
Le jour et la nuit
Après le gros échec Paulo Fonseca la saison passée, initialement arrivé pour un projet de trois ans et finalement remercié fin décembre, le board milanais a souhaité miser sur du solide pour s'épargner une nouvelle erreur de casting. Avec Antonio Conte, Allegri, qui compte 811 matches de Serie A au compteur (54% de victoires), est l'un des entraîneurs italiens les plus victorieux et respectés de son pays. Les deux ont d'ailleurs un point commun : la Juventus Turin. C'est avec le club le plus titré du football italien, qu'il affronte dimanche soir (20h45) et qu'il a entraîné à deux reprises, de 2014 à 2019, puis de 2021 à 2024, que le natif de Livourne s'est forgé un sacré palmarès. Il y a collectionné les titres et coups d'éclat : cinq championnats d'Italie, consécutifs (2015, 2016, 2017, 2018, 2019), cinq éditions de la Coupe d'Italie (2015, 2016, 2017, 2018 et 2024) et deux finales, perdues, de la Ligue des champions (2015, 2017).
Entre son départ du Milan en janvier 2014 et son grand retour en mai 2025, le technicien a bien évolué. Ironie de l'histoire : au moment de son licenciement il y a onze ans, les tifosi milanais, exaspérés par des prestations et des résultats en berne, s'étaient alors sentis libérés. À l'annonce de son come-back au début de l'été, une grande majorité l'a perçu comme le messie. Soit tout l'inverse des nombreux doutes qui avaient entouré le pauvre Paulo Fonseca, débarqué dans le scepticisme général en Lombardie. Une différence notoire perçue jusqu'au vestiaire milanais, lui aussi euphorique à l'idée de suivre le commandant Allegri.
"Le premier objectif est que le Milan, un club de dimension mondiale, rejoue la Ligue des champions, déclarait Allegri lors de sa première conférence de presse à Casa Milan. On atteindra cet objectif seulement par un travail acharné et enthousiaste au quotidien de tous, à commencer par moi, et si on fait bloc derrière l'équipe, du propriétaire jusqu'au magasinier, pour la mettre dans les meilleures conditions possibles. Il faut simplement travailler dans l'ordre et avec rigueur (...) Comme je le dis souvent, on va tout faire lors des six premiers mois de la saison pour arriver dans les meilleures conditions en mars et là seulement, on pourra voir ce qu'on peut espérer de cette saison."
Très rapidement, Allegri, qui connaît le centre d'entraînement de Milanello comme sa poche, y instaure de nouvelles règles. "Moi, je veux bien rire avec vous, mais à condition que vous me suiviez et que vous vous appliquiez à chaque entraînement", dit-il en substance à ses troupes. Retour du double entraînement, parler au maximum l'italien, de la convivialité lors des repas partagés... L'objectif est simple : ramener des valeurs cardinales à un groupe dont l'état d'esprit a trop souvent fait défaut ces dernières années. Il suffit de se remémorer les nombreuses polémiques de la saison dernière, entre un cooling break qui a viré à l'affont à Rome et un "penaltygate" symbolique du désordre ambiant à Florence.
"C'est comme si un vent ancien soufflait de nouveau, confie un habitué de Milanello. On a retrouvé une équipe, avec un vrai état d'esprit, un sens du sacrifice, la valeur du travail, la notion du groupe... Si on prend les noms, elle est probablement moins forte que celle de la saison dernière. Mais la grande différence, c'est que celle d'aujourd'hui est une équipe avec un grand "E". Les joueurs vivent bien ensemble, ils s'entraident, s'accompagnent, se tirent vers le haut. C'est le jour et la nuit avec ce qu'on a pu voir dans un passé plus ou moins récent. L'anarchie est terminée. Et l'enthousiasme est revenu." "On est une véritable famille", confirmait la semaine passée Alexis Saelemaekers, de retour de prêt de l'AS Rome. "Authenticité, direction et un soupçon d'empathie : voilà les ingrédiens parfaits pour gagner la confiance des joueurs", rapportait Allegri dans son livre "C'est très simple".
"Nous sommes beaucoup plus une équipe. Nous sommes compacts, on joue de manière plus sereine", lui emboîtait le pas le jeune Davide Bartesaghi. Enfin, le défenseur Matteo Gabbia rapportait d'un collectif qui "avance dans une même et unique direction". À croire que cela n'a pas été toujours le cas. Aujourd'hui, tout le monde suit et croit en Max Allegri, dont le palmarès, le charisme et l'expérience imposent le respect au sein du vestiaire des Rossoneri. Même chose avec les nombreux médias qui gravitent quotidiennement autour du club. Les journalistes italiens ont toujours raffolé de ses saillies et ses répliques devenues cultes avec le temps. Au service communication du Milan, on peut enfin dormir tranquille.

Rabiot, Modric : les relais sur le terrain

"C'est l'un des meilleurs entraîneurs du monde, et l'un des plus victorieux, reconnaissait ni plus ni moins Luka Modric dès son arrivée cet été. J'ai hâte de travailler avec lui." Étincelant et déjà indispensable pour les siens, le milieu de terrain croate, qui a récemment fêté ses quarante ans, est l'un des relais de son entraîneur sur le terrain. Tout comme Adrien Rabiot, le fils spirituel d'Allegri débarqué sur le fil lors du dernier mercato et qui n'a pas encore manqué la moindre minute. Si le technicien milanais, toujours résilient, n'est pas du genre à se plaindre de la venue de jeunes joueurs, au point de s'adapter à toutes les situations sans rechigner, il est également conscient de la nécessité d'avoir des éléments "d'expérience et d'épaisseur internationale", comme avoué après l'arrivée de l'international français. Pas un hasard s'il a poussé ses dirigeants à sauter sur cette opportunité une fois mis au courant de sa situation dégradée à l'OM.
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Rabiot

Crédit: Getty Images

Après avoir ramené de l'ordre et une certaine discipline à Milanello, Allegri, en compagnie de tout son staff, s'est ensuite focalisé sur le terrain. Avec une volonté claire : stopper l'hémorragie des buts encaissés. "En deux ans, Milan a encaissé 49 et 43 buts, c'est beaucoup trop si tu veux arriver en haut du classement", répétait son adjoint Marco Landucci la semaine dernière. Au total, on parle quand même de 190 buts encaissés en 159 rencontres ces trois dernières saisons. Résultat, après une défaite inquiétante face à la Cremonese (1-2) lors de la première journée de championnat, les Milanais, alignés depuis dans un 3-5-2 plus solide et qui épouse mieux les qualités de cet effectif, ont fermé les robinets pour de bon : un seul petit but encaissé (sur penalty) en cinq matches pour douze marqués toutes compétitions confondues. Et une série de cinq victoires de rang, dont une prestigieuse face au Napoli (2-1) dimanche dernier, synonyme de première place au classement en compagnie du champion d'Italie en titre et de l'AS Rome.
Si le pragmatisme de l'entraîneur toscan est bien connu, et que lui-même se met en opposition avec ceux qui transforme le football en une philosophie trop complexe ("c'est un jeu simple", aime-t-il répéter), son équipe ne renonce toutefois pas à jouer et attaquer, porté par l'inévitable Christian Pulisic, actuel meilleur buteur de Serie A avec quatre buts. Il faut simplement le faire avec équilibre et logique. "Nous attaquons et nous défendons en bloc, ce n'est pas uniquement une question de défenseurs, mais tout simplement de contexte de toute l'équipe. Nous devons avoir la perception du danger", prévenait Allegri. "Je ne suis pas un amateur de statistiques, mais il y en a qui sont imparables : lors des quinze derniers championnats, il n'y a qu'une seule année où l'équipe qui a gagné le titre n'avait pas la meilleure défense", souriait-il lors de sa première conférence de presse. On ne change pas les rayures du zèbre...
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