C'est un refrain qu'Adriano Galliani aime entonner devant les journalistes depuis maintenant bien des années. Désormais en poste à Monza mais ex-dirigeant historique du grand Milan, l'homme à la cravate jaune a souvent répété que "certains amours ne finissent pas, ils font simplement des grands tours et puis ils reviennent", notamment en période de mercato. Une phrase issue de la célèbre chanson de l'artiste italien Antonello Venditti et remise au goût du jour par Galliani lors du come-back de Ricardo Kaká à l'AC Milan en 2013. Cette fois, il ne l'a pas employée publiquement pour Mario Balotelli, l'un de "ses" protégés dans le monde du football. Mais à vrai dire, c'est tout comme.
Après l'avoir fait venir deux fois du côté des Rossoneri (janvier 2013 puis août 2015), le bras droit de Silvio Berlusconi depuis plus de trente ans a décidé de donner une "ultime chance" à l'attaquant italien en le faisant signer à Monza, actuellement en Serie B et propriété du Cavaliere depuis septembre 2018.
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Pas né de la dernière pluie, Adriano Galliani, qui s'entend très bien avec Mino Raiola, a fait signer un contrat sur-mesure au joueur jusqu'en fin de saison, avec option de prolongation en cas de montée en Serie A. Comme souvent, des clauses plus ou moins originales y figurent. Selon le Corriere della Sera, Balotelli est désormais contraint à résider dans un rayon de 30 kilomètres de distance de Monza. Pas l'idéal pour celui qui aurait aimé rester du côté de Brescia, ville où réside sa famille. Mais il s'est finalement plié à cette exigence, probablement conscient qu'il s'agit là de son ultime occasion de relancer une carrière vouée aux regrets éternels.
"Je l'ai souvent engueulé, a d'ailleurs confié Galliani peu après l'annonce de sa signature à Monza. Cette fois, c'est la dernière (il le répète trois fois, ndlr) chance. Avec ses qualités, il aurait pu faire bien plus. Mais il n'a que 30 ans. Silvio Berlusconi a rapidement donné son aval pour son arrivée. Le joueur a accepté un salaire avec une partie fixe plutôt basse et des options liées à ses performances et la promotion en Serie A. Mino Raiola, lui, n'a pris aucune commission." C'est dire si la situation est desespérée. Mais tout le club de Monza a envie d'y croire.

La désillusion Brescia

"Galliani et Berlusconi apprécient beaucoup le joueur et la personne, nous confie un dirigeant du club lombard. On a des problèmes en attaque et l'un de nos buteurs s'est blessé, et l'occasion Balotelli est arrivée. Mario pense actuellement seulement au terrain. Il ne gagnera pas autant que lors de ses précédentes expériences. Autant dire que nous n'avons rien à perdre." Mario Balotelli, lui, un peu plus. La saison passée, il avait tenté de se relancer du côté de Brescia. Sur le papier, tout semblait réuni : la ville où il a grandi auprès de ses parents adoptifs, "son" club et une équipe prête à jouer pour lui. Mais comme souvent avec "SuperMario", rien ne s'est vraiment passé comme prévu. Entre une première mise à l'écart de l'entraînement pour "paresse", des absences répétées et des performances pas vraiment flamboyantes, l'histoire s'est terminée après une seule saison. Et pas vraiment en douceur.

Mario Balotelli

Crédit: Getty Images

"Mario est un garçon particulier et il est clair qu'il n'a plus l'esprit chez nous. Rien de très différent de ce qu'il a toujours été. Je l'aime et j'espérais que l'air de chez lui et la volonté de retrouver la sélection lui feraient du bien", déclarait en fin de saison dernière Massimo Cellino, le président de Brescia, très "déçu" par l'attitude de son désormais ex-joueur. Le club lombard redescend en deuxième division, casse le contrat avec Balotelli... qui se retrouve donc dans l'impasse.
A 29 ans, l'ancien attaquant de l'Inter Milan, Manchester City ou encore Liverpool continue de voir sa carrière lui glisser des doigts sans jamais vouloir vraiment la rattraper. Il y a bien eu des points culminants, comme son doublé face à l'Allemagne en demi-finale de l'Euro 2012, ses 12 buts en 13 matches de championnat avec Milan de février à mai 2013 ou encore la belle aventure niçoise en Ligue 1. Mais bien trop peu pour celui qui était annoncé comme le futur avant-centre de la Nazionale.
Trop éparpillé dans sa vie personnelle, manque de concentration sur le terrain et caractère bien trempé : les raisons de l'échec sont nombreuses. Beaucoup trop. Presque autant que les qualités incontestables du joueur. Quand Balotelli décidait de respecter et d'aimer le football, le football lui a toujours rendu, comme pris d'affection par un joueur qui en a terriblement manqué. Malheureusement, c'était épisodique. Les tristes et graves épisodes de racisme dont il a fait l'objet n'ont évidemment rien arrangé. Son attitude souvent désinvolte non plus.

Mancini, Mourinho, Allegri...

Mario Balotelli, très exposé médiatiquement depuis le début de sa carrière, a toujours divisé l'Italie. En bien ou en mal. Des applaudissements aux sifflets. Les tifosi des équipes adverses ne l'ont jamais apprécié, dénonçant son arrogance présumée. Ceux de l'Inter Milan, eux, ont rompu avec lui un soir d'avril 2010, lorsque le numéro 45 a eu la bonne idée d'enlever puis jeter le maillot nerazzurro à la fin de la célèbre demi-finale de C1 remportée face au Barça (3-1). Agacé par les sifflets, Balotelli avait craqué. Pourtant, ce dernier a connu bien des entraîneurs. Et pas vraiment les derniers de la classe. José Mourinho a bien tenté de le canaliser durant sa période à l'Inter. En vain. Pareil pour Massimiliano Allegri à l'AC Milan, même si ce dernier a également tiré du bon de l'attaquant, alors plutôt performant sur le pré. Sinisa Mihajlovic y a également cru, toujours chez les Rossoneri, après une rencontre programmée dans un parking peu après un Fiorentina-Milan en 2015. Défi acceptée, mission ratée.

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Un entraîneur a vraiment tout fait pour Mario Balotelli. A l'Inter, à Manchester City puis en sélection italienne. Cet homme, c'est bien évidemment Roberto Mancini, qui a souvent considéré l'attaquant italien comme son fils. Au point, parfois, d'en venir aux mains, comme en ce jour de janvier 2013 du côté des Citizens. Malgré cet altercation, Mancini a toujours voulu croire que Mario était Super. Au point de le faire revenir en sélection italienne à la mi-mai 2018. Plus de deux ans plus tard, force est de constaster que cette tentative est restée vaine. "Je suis vraiment désolé de le voir dans ces conditions. À 30 ans, il serait encore dans sa pleine maturité technique et aurait été très utile à l'équipe d'Italie", soulignait en octobre dernier le sélectionneur italien lorsque Balotelli était en quête d'un club. Désabusé, fatigué et probablement lassé, Mancini semble lui aussi avoir rendu les armes avec Balotelli. Mais pas le club de Monza, donc.
Nous ne voulons pas trop le médiatiser
"Ici, il s'est vraiment bien adapté", nous assure une source du club lombard, qui espérait, le 23 décembre dernier, voir l'attaquant de 30 ans retrouver une condition physique décente en l'espace "de deux semaines". C'est depuis chose faite : Balotelli a fait ses grands débuts avec Monza le 30 décembre face à la Salernitana. Et il a inscrit son premier but sous ses nouvelles couleurs.
Sans club pendant des mois, Balotelli s'était préparé avec un coach personnel puis en s'entraînant à Franciacorta, club de quatrième division italienne. Entre deux commentaires parfois polémiques sur les réseaux sociaux concernant le "Grande Fratello", une célèbre émission italienne de télé-réalité où son frère Enock figurait au casting, l'international italien a donc voulu garder la forme, refusant de rejoindre le Brésil, où son nom était notamment cité du côté de Flamengo. Son objectif était de rester en Italie et au haut niveau.

Mario Balotelli - AC Monza

Crédit: Imago

"C'est un garçon normal, tranquille et vraiment très bien. Depuis son arrivée, nous ne voulons pas trop le médiatiser, on veut qu'il travaille tranquillement et dans l'ombre, nous fait-on savoir du côté du club de Monza. Il n'a pas été accueilli comme une star mais comme un simple joueur de football. Mario n'a pas joué depuis mars, on lui laisse le temps de revenir. A la fin de saison, on fera le bilan et on verra si l'aventure continue ou non." La carrière de Balotelli tient donc à un fil. Encore une fois. A 30 ans, l'enfant terrible du Calcio n'a plus le choix. Soit il se relance à Monza, soit il tire probablement une croix définitive sur la réussite d'une carrière d'ores et déjà gâchée.
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