A 32 ans, Peter Luccin est "un homme heureux". Depuis quatre mois, il est exilé en Suisse, dans un "magnifique cadre de vie, à proximité du Lac Léman". Il a posé ses valises à Lausanne, pour "aider le club à se construire, qu'il arrête de faire le yo-yo". A mi-parcours, son équipe n'est pas totalement sortie d'affaires. Même si le dépôt de bilan du Neuchâtel Xamax et les points de pénalités infligés au FC Sion lui ont donné un matelas confortable dans la course au maintien en Superleague. Samedi, elle se mesurera au FC Bâle, l'indétrônable leader du championnat. "Si la météo le permet, corrige Luccin. Ici, les températures avoisinent les -15°C..."
De l'autre côté des Alpes, Luccin a trouvé de quoi se réchauffer. "Se refaire une santé", comme il nous l'explique au téléphone. "Quand Lausanne m'a contacté, début septembre, ça faisait presque deux ans que je n'avais plus joué au foot. J'appréhendais un peu de savoir comment mon genou allait réagir. Mais je me suis vite rassuré." Lausanne : destination étonnante, pour un ancien espoir du football français, promis à un avenir radieux. "Je n'ai pas signé pour l'argent ou pour des pseudos avantages fiscaux, prévient-il. Je n'ai pas de compte en Suisse. D'ailleurs, mon salaire est viré sur mon compte espagnol. Jouer en Suisse me permet juste de me situer." Loin de "sa famille, restée à Madrid", parce qu'il "ne voulait bouleverser la scolarité de (ses) enfants". "Ils viennent en Suisse une à deux fois par mois, relativise Luccin. Et moi, dès que j'ai quelques jours de repos, je retourne à Madrid."

Peter Luccin Lausanne

Crédit: Reuters

Football
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"Le foot me manquait sans plus"
Le natif de Marseille s'était installé dans la capitale espagnole en 2007, lorsqu'il a signé à l'Atletico, après "trois bonnes saisons au Celta Vigo". "J'ai joué pratiquement dix ans en Espagne. Et je m'y suis régalé. Vraiment." Jusqu'à ce maudit mois de mai 2009. Luccin porte alors le maillot du Racing Santander. Face à Malaga, il se blesse, gravement. Rupture des ligaments croisés du genou droit. La guérison sera interminable. Pendant de longs mois, il est éloigné des terrains. Plutôt que de ruminer, il profite de cette parenthèse pour se ressourcer. "Je l'ai très bien vécue. J'étais entouré dans ma famille, à Madrid. Cette coupure m'a permis de rattraper un peu le temps perdu avec mes enfants. Le foot me manquait un peu. Mais sans plus."
Cette traversée du désert aurait pu l'inciter à raccrocher. "Je n'avais pas l'intention d'arrêter ma carrière. Mon agent me disait que j'avais encore pas mal de touches." Au cœur de l'été 2010, il est même tout proche de signer avec Schalke. "Mais au dernier moment, on m'a dit que le club ne laissait pas les pleins pouvoirs à Felix Magath en matière de recrutement. Ça été un petit coup dur. Tout le monde pensait que c'était fait. Moi le premier. On cherchait déjà un appartement. Je me voyais vraiment m'installer là-bas. C'est un challenge qui m'excitait. La Bundesliga, c'est le championnat de demain. Franchement, pendant une ou deux semaines, j'ai ruminé." Pour mieux "tourner la page". Sans renier son parcours, qui l'a conduit de l'AS Cannes jusqu'à Lausanne, en passant par Bordeaux, Marseille, Paris, Vigo, Madrid et Santander. "Ma carrière aurait pu être meilleure, convient-il. Mais elle aurait pu être pire aussi. Je pars du principe que j'ai eu la carrière que je méritais." Mais il concède : "Après mon départ de Marseille, je n'ai peut-être pas progressé autant qu'on l'attendait."
"L'équipe de France, c'est mon seul regret"
"Avec du recul", il "ne regrette pourtant pas" d'avoir quitté sa ville natale en 2000. Même s'il est conscient que son transfert au PSG a fait couler beaucoup d'encre. "Moi, je voulais rester. C'était inimaginable que je parte. Et puis en toute fin de mercato, les dirigeants m'ont fait comprendre que je devrais accepter l'offre de Paris. Que ce serait bien pour ma carrière. Pendant deux heures, je suis resté avec ma famille et mon agent, sans dire un mot. L'atmosphère était pesante. Tout le monde disait que je partais pour l'argent. Mais on ne me laissait pas vraiment le choix. Quand j'ai signé ma résiliation de contrat avec l'OM, c'était ultra-tendu. Des supporters m'attendaient à la sortie." Luccin rallie donc la capitale, où "Paris cherche à construire une grosse équipe". "Les premiers mois, ça marchait bien, se souvient-il. Et puis, à partir de novembre-décembre, on a connu un vrai passage à vide. Je faisais des matches de merde. Je n'étais pas content de moi. Six mois plus tard, je suis parti. Avec un sentiment d'inachevé." Direction l'Espagne, où il estime "avoir grandi". Mais où, revers de la médaille, "la France l'a oublié".
Annoncé comme un futur grand, Luccin ne portera jamais le maillot bleu. Son "seul regret". "A un moment, quand Claude Makelele a pris sa retraite et que Raymond Domenech a testé beaucoup de joueurs au milieu de terrain, je pensais vraiment avoir ma chance. Ne serait-ce qu'une fois, même en amical. Juste pour voir ce que je valais. Porter ce maillot, représenter ton pays, ça doit être tellement fort..." Luccin, international Espoirs et chez les U21, sait qu'il n'en aura jamais l'opportunité. Tant pis. Même à 32 ans, il assure "avoir les jambes pour jouer encore deux-trois saisons au plus haut niveau", "dans un championnat compétitif comme l'Espagne ou la France". "Si je sens qu'à un moment, je suis moins bien, j'aurai l'honnêteté de dire 'stop'."
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