Super Ligue contre l'UEFA : Premiers indices de l'épilogue judiciaire

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Un an et demi après la création de la Super Ligue, qui avait vu neuf membres capituler face à la pression populaire, la Cour de justice européenne livrera de premiers indices, jeudi, sur sa lecture du conflit autour de cette éphémère compétition, qui avait failli faire imploser le foot européen. Encore aujourd'hui, le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus Turin croient toujours au projet.

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Pétard mouillé ou séisme annoncé ? La Cour de justice européenne livrera de premiers indices, jeudi, sur sa lecture du conflit autour de l'éphémère projet de Super Ligue, qui avait failli faire imploser le foot européen en 2021. Dans ce litige engagé auprès d'un juge madrilène puis soumis à la Cour de Luxembourg, la décision de la CJUE n'est pas attendue avant début 2023, mais son avocat général Athanasios Rantos rendra jeudi ses conclusions, fréquemment suivies par les juges.
L'UEFA "abuse-t-elle de sa position dominante" en voulant sanctionner les clubs mutins à l'initiative de ce tournoi privé et semi-fermé ? Derrière cette question, apparemment technique, se joue non seulement l'avenir du football de clubs sur le Vieux Continent, mais plus largement la possibilité pour les instances sportives de protéger leurs compétitions, bien au-delà du ballon rond. La bataille peut sembler obsolète puisque l'ébauche de Super Ligue - lancée en fanfare en avril 2021, avec un degré de préparation qui demeure mystérieux - a capoté en seulement 48 heures face à la fureur de nombreux supporters et la menace de mesures politiques.
Trois des douze formations rebelles - le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus Turin - refusent certes de renier le projet, mais les neuf autres ont été échaudées par le tollé général, et le PSG comme le Bayern Munich ont dès le départ refusé de s'y joindre. L'UEFA, qui avait infligé aux neuf repentis des sanctions financières légères en contrepartie de leur engagement à ne pas recommencer, a de son côté suspendu l'enquête disciplinaire ouverte contre les trois irréductibles en attendant l'issue de la procédure judiciaire.
Mais le spectre d'un tournoi privé a resurgi mi-octobre avec le lancement d'une structure baptisée A22 Sports Management, qui assure vouloir ouvrir "un dialogue" sur l'avenir du football européen de clubs en rencontrant chacun de ses acteurs. A22 et son lobbyiste en chef, l'Allemand Bernd Reichart, sont tombés quelques semaines plus tard dans un traquenard mijoté par l'UEFA : conviés au siège de l'instance européenne à Nyon, ils se sont trouvés face à un vaste front du refus - représentants des clubs, ligues, joueurs et supporters -, pour réaffirmer l'opposition à une Super Ligue.
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Coup dur supplémentaire, les mutins ont perdu fin novembre l'un de leurs chefs de file, l'ex-patron de la Juventus Andrea Agnelli, poussé à la démission par une procédure judiciaire en Italie pour des irrégularités dans la gestion financière du club. Aux yeux des juges européens, seul comptera néanmoins un débat de principe : les instances sportives ont-elles toute latitude pour défendre leurs intérêts d'organisateur, alors que le droit de la concurrence - tout comme la libre-circulation des personnes invoquée en 1995 dans l'arrêt Bosman - est un pilier de la construction européenne ?
"Cette affaire est cent fois plus importante que l'affaire Bosman où il s'agissait d'une libéralisation du marché du travail. Ici on parle du marché de la production du football", avait souligné à l'audience mi-juillet Jean-Louis Dupont, un des avocats de la Super Ligue, après avoir été celui de Jean-Marc Bosman il y a 25 ans. Pour lui, "il ne s'agit pas d'établir une loi du Far West", mais de permettre que dans le sport comme dans n'importe quelle activité économique en Europe, "tout le monde (ait) le droit de produire quelque chose, d'amener au supporter mieux que ce qui existe".
Le conseil de l'UEFA, Donald Slater, avait lui nié toute "position monopolistique" de l'instance, arguant à l'inverse qu'une "ligue fermée réservée aux clubs les plus riches est incompatible avec le modèle sportif européen", basé sur "le mérite" - à savoir la qualification via les championnats nationaux - ainsi que la solidarité financière.
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