Transferts - Le symbole Memphis Depay : Pourquoi le Brésil s'attaque aux joueurs européens sur le mercato
Par Arthur Merle
Mis à jour 08/10/2024 à 09:47 GMT+2
Dimitri Payet qui évolue au Vasco de Gama, Memphis Depay qui a rejoint le Corinthians cet été, Anthony Martial un temps lié au Flamengo… Depuis quelques mois, le Brésil se met à attirer dans ses filets des joueurs venus d'Europe, qu'ils soient en fin de course ou en pleine force de l'âge. Explications de cette nouvelle stratégie, entre santé financière et adaptation.
Le championnat brésilien s'intéresse à l'Europe
Crédit: Getty Images
Adrien Rabiot à l'OM, Anthony Martial à l'AEK Athènes… L'été 2024 aura eu le don de nous surprendre. Mais l'un des mouvements les plus étonnants de ce mercato estival est le départ de Memphis Depay au Corinthians. Libre comme l'air, l'attaquant néerlandais, qui n'a jamais cessé de clamer tout haut ses ambitions de jouer dans les meilleurs clubs européens, a donc décidé de rejoindre le Brésil à 30 ans.
Mais comment l'actuel 17e du championnat brésilien a-t-il pu attirer l'ex-joueur de l'Atlético de Madrid ? "Pour contenter un peu les supporters, ils avaient besoin de marquer un grand coup durant ce mercato, nous répond Dominique Baillif, expert du foot brésilien et consultant sur RTL et Le Club des 5. Ils ont un partenaire fort depuis quelques temps qui est une société de paris en ligne au Brésil, donc forcément ils ont pas mal de liquidités. Et eux ont dit, pour un nom qui vaut le coup, on versera quasiment l'intégralité du salaire", qui grimpera à 11 millions d'euros sur deux ans.
Mais cet exemple n'est pas un cas isolé. "Longtemps, le Corinthians avait activé la piste Mario Balotelli", nous précise d'ailleurs notre intervenant. "Un directeur du Corinthians a expliqué qu'il regardait ce qui se faisait ailleurs en Europe, qu'il n'y avait pas que Memphis qui pouvait les intéresser", précise Marcelin Chamoin, auteur de "Garrincha", "Primeira Bola" et "Maracanaç/zo" chez Lucarne Opposée. Ainsi, l'attaquant espagnol Hector Hernandez est lui aussi arrivé libre au Corinthians, à l'issue de son contrat au Portugal.
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Une bonne santé financière
Le club de Sao Paulo n'est pas le seul à s'être tourné vers le Vieux Continent cet été et ces derniers mois. Anthony Martial, lui, a été un temps associé au Flamengo avant de rejoindre la Grèce. Martin Braithwaite a débarqué au Gremio, le latéral gauche anglais de Newcastle Jamal Lewis a été prêté à Sao Paulo, le Lyonnais Mohamed El Arouch a rejoint (de manière très éphémère) Botafogo, Ivan Cavaleiro a signé à Bragantino, le Suisse Maxime Dominguez au Vasco de Gama, club d'un certain... Dimitri Payet. Et la liste n'est pas exhaustive.
Mais d'où vient cette nouvelle lubie pour les joueurs venus d'Europe ? "C'est vrai que c'est un phénomène depuis deux ans, deux ans et demi. Le pays va un petit peu mieux, économiquement parlant, depuis le retour de Lula à la présidence. Donc forcément, ça a rejailli sur les sociétés et donc les partenaires que peuvent avoir les clubs, parce qu'il faut savoir qu'au Brésil, les présidents de clubs ne sont que de passage, et ce sont vraiment les sociétés, les partenaires qui apportent la sécurité financière, qui peuvent assurer des bons salaires", explique Dominique Baillif.
"Il y a des stades neufs depuis la Coupe du monde 2014. Maintenant, c'est assez sécurisé. Donc les spectateurs sont revenus, les places sont assez chères, complète Marcelin Chamoin. Et il y a aussi les droits TV. Il y a la Copa Libertadores, la Coupe du Brésil qui paye très bien. Donc maintenant, il y a une bonne santé financière".
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Les feux sont donc au vert pour de plus en plus de clubs brésiliens en termes de finances, bien aidés, aussi, par le fait que 9 étrangers soient autorisés par club contre 5 en 2022. De leur côté, les joueurs européens sensibles à la ferveur brésilienne sont désormais rassurés par des garanties de sécurité et financières plus importantes qu'il y a quelques années.
Des pépites qui partent toujours plus tôt
Reste une tendance de fond pour expliquer cette nouvelle stratégie. Le Brésil continue de former des pépites chaque année, et de très bien les vendre... mais de plus en plus jeunes. "On l'a vu avec Vinicius, on l'a vu avec Rodrigo, avec Endrick. Ils sont des joueurs qui, a à peine 18 ans désormais, quittent le Brésil, et derrière, on se retrouve avec soit des joueurs d'un niveau moyen, ou alors on va essayer de recruter sur les pays d'Amérique du Sud. On va dire que la source peut se tarir un petit peu", reprend Dominique Baillif.
Rien que depuis le début de l'année, Palmeiras a vendu pour 84,60 millions d'euros (47,50 pour Endrick au Real Madrid, 23 pour Luis Guilherme à West Ham), Fluminense a cédé André à Wolverhampton contre 22 millions d'euros, le transfert d'Estêvao (17 ans, Palmeiras) à Chelsea a déjà été annoncé, et même l'Arabie saoudite vient se servir : le Corinthians a récupéré 18 millions pour le transfert de son ailier de 19 ans Wesley à Al-Nassr, qui a versé la même somme à Paranaense pour son gardien Bento.
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Il faut donc regarder ailleurs, ce qui se retrouve dans les chiffres : il y a aujourd'hui plus de 130 joueurs étrangers au Brésil, soit une augmentation de 150% depuis 2019. Et comme les jeunes Argentins, Equatoriens ou Colombiens rejoignent eux aussi l'Europe de plus en plus tôt, sans plus passer par la case intermédiaire que représentait le Brésil jusqu'ici, ce dernier s'adapte.
La tendance n'est donc pas seulement aux gros noms européens, mais aussi aux joueurs de "seconde zone" comme Braithwaite. Et même aux transferts conséquents de joueurs sud-américains recrutés... en Europe. C'est ainsi que le Flamengo a recruté le milieu argentin Carlos Alcaraz à Southampton cet été, contre 18 millions d'euros. Il n'y a définitivement plus de barrières.
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