C'était une marotte de l'ancien président de la FIFA, qui en avait fait son cheval de bataille à la fin du siècle précédent. Le Mondial 1998 à peine terminé, Sepp Blatter avait fait part d'une idée qui lui trottait dans la tête et qu'il avait fini par prendre très au sérieux : transformer la Coupe du monde, au rythme quadriennal depuis sa création en 1930, en rendez-vous bisannuel. Le Suisse en avait parlé quelque temps pour les raisons qu'on imagine bien, il visait même 2008 pour le grand chamboulement, et puis le projet était retourné dans les cartons. Pour ne jamais vraiment en ressortir, sinon sous la forme d'un Mondial light et sous le patronage de Gianni Infantino.
En 2018, le successeur de Blatter avait lancé une idée de mini-Coupe du monde, qui serait disputée tous les deux ans avec huit équipes seulement mais qui rapporterait, évidemment, beaucoup d'argent. Là aussi, l'idée n'est pas allée bien plus loin. Deuxième ouf de soulagement.
Et puis, ce mercredi matin, Arsène Wenger, qui n'est certes pas président de la FIFA mais directeur du développement mondial pour l'institution, y est allé de son petit couplet sur le rythme de la Coupe du monde. Et même de l'Euro. Et ceci dans les colonnes du Parisien.
Football
La révolution de Wenger : "Jouer la Coupe du monde et l'Euro tous les deux ans"
03/03/2021 À 07:47
A la décharge de l'ancien entraîneur des Gunners, le point de départ de sa réflexion est bâti sur la conjoncture sanitaire, mué par un bon sentiment et le tout est pour le moins sensé. Ce sont ses solutions proposées qui sont hautement discutables et même paradoxales.
A la question "des dangers qui guettent le football", Wenger a cette réponse :
"Le dopage et la corruption… Mais aussi le nombre de matchs joués par an et les risques sanitaires liés à la situation, qui nécessite une réflexion pour réaménager le calendrier. Est-ce raisonnable, alors que nous ne devons d'être responsables, notamment éco-responsables, de multiplier les voyages pour les trêves internationales (en septembre, octobre, novembre et mars) ? Est-ce en adéquation avec l'évolution de la société ? Il faut réorganiser tout cela, regrouper les dates internationales. Une des solutions est sans doute d'organiser la Coupe du monde et l'Euro (et les autres championnats continentaux) tous les deux ans et d'arrêter tout le reste. Contrairement à ce que disent certains, ça ne nuira pas au prestige de ces compétitions. La Ligue des champions se tient tous les ans et c'est très prestigieux. Les gens veulent voir des matchs qui comptent, des compétitions qui comptent."
(Pour la petite histoire, le manager qu'il était ne goûtait déjà guère aux trêves internationales lorsqu'il tenait les rênes d'Arsenal)
https://i.eurosport.com/2021/03/03/3004913.jpg
Si l'on en croit Wenger, on est plus proche du trop-plein que du trop peu de football. Sur ce point, difficile de lui donner tort : le gavage a ses limites et celles-ci ne sont pas loin d'être atteintes, même si l'UEFA et les grands clubs européens ont très envie de tester et de mettre à rude épreuve nos systèmes digestifs avec cette Super Champions imbitable mais lucrative et, surtout, remplie ras la gueule de matches sans intérêt, en raison d'un premier tour à rallonge.
Pour contrebalancer la possibilité d'une compétition à 180 matches, le plus simple est, toujours et encore, de rogner sur le football international et les matches internationaux. Sauf qu'en supprimant les trêves internationales, on n'éliminerait pas le surplus. Mais le moins lucratif. Il ne faut pas se tromper. Pourquoi arrêter de voyager lors des trêves internationales mais continuer à le faire pour près de 200 matches de C1 ? L'éco-responsabilité n'est pas à géométrie variable.
Pour "compenser" la disparition des trêves internationales, Arsène Wenger propose une Coupe du monde et un Euro tous les deux ans. Pour faire simple, le Championnat d'Europe les années impaires, la Coupe du monde les années paires. Au-delà d'une question simple et qui semble bien insoluble : à savoir, comment organise-t-on les éliminatoires sans trêve internationale, la proposition de l'ancien coach de Monaco est en totale contradiction avec son propos et, de toute manière, non souhaitable.

SuperLigue ou SuperChampions ? "Ca n'a rien de super, ça ne sert qu'à rapporter du fric"

Pourquoi contradictoire ? Wenger s'inquiète du danger du dopage et du nombre de matches joués par an. Or, il propose une compétition majeure chaque été, avec tout ce que cela comporte en termes d'exigences sanitaires et physiques. Retirer quatre trêves internationales, qui, il ne faut pas l'oublier, permettent aussi à 90% des footballeurs de la planète de souffler pendant deux semaines, et les remplacer par un mois de football de très haut niveau tous les étés ne semble pas forcément une idée lumineuse.
Pourquoi non souhaitable ? Parce que le rythme quadriennal de la Coupe du monde et de l'Euro sont aussi garants de leur prestige. Ce qui est rare est précieux et l'argument du "la Ligue des champions, c'est tous les ans et c'est quand même prestigieux" ne tient pas. On mélange les choux et les carottes. Et si l'on va dans ce sens, on peut rappeler que la Coupe du monde des clubs, annuelle, n'a qu'un intérêt relatif comparé à la Coupe du monde, celle des nations.
Ce qui est presque plus dérangeant finalement, c'est la conclusion à laquelle arrive Arsène Wenger : "Les gens veulent voir des matchs qui comptent, des compétitions qui comptent". Derrière cela, il y a la tentation, qui n'en est d'ailleurs plus une, d'accélérer la tendance actuelle, la super élitisation du football. Les matches qui comptent, c'est quoi ? Bayern - Real, France - Espagne, Brésil - Allemagne, PSG - Manchester City. En substance, ceux qui rapportent de l'argent. On fait quoi des autres ? On aimerait bien avoir l'avis d'Arsène Wenger.
Bundesliga
Lucas Hernandez n'ira pas en prison
IL Y A 9 MINUTES
Ligue 1
Guendouzi, chaud comme Marseille
IL Y A 2 HEURES