Formule 1 / Grand Prix d'Italie -Andrea Kimi Antonelli, le talent n'attend pas, les résultats non plus
Publié 31/08/2024 à 15:17 GMT+2
Mercedes a enfin annoncé son second pilote pour 2025, ce samedi, et il s'agit d'Andrea Kimi Antonelli. Une demi-surprise, le jeune Italien de 18 ans étant attendu dans la Flèche d'argent depuis de longs mois. Mais le contexte des premières rumeurs a évolué, l'écurie de Brackley ayant retrouvé entre temps le chemin de la victoire. Autant dire que le natif de Bologne devra rapidement performer.
Andrea Kimi Antonelli (Mercedes)
Crédit: Getty Images
Le suspense a pris fin ce samedi à 9 heures pile. Mercedes, via ses réseaux sociaux, a fait savoir qu'elle avait tranché la question du remplaçant de Lewis Hamilton et qu'elle avait décidé de confier son second et très prisé baquet à l'une de ses jeunes promesses, Andrea Kimi Antonelli, en 2025.
Pur produit du programme junior de l'écurie allemande et désormais futur coéquipier de George Russell, l'Italien a soufflé sa dix-huitième bougie il y a moins d'une semaine. Il ne pouvait rêver plus beau cadeau que de devenir le premier rookie de la marque à l'étoile depuis 70 ans. "Intégrer la Formule 1 est un rêve que je nourris depuis que je suis enfant, a déclaré le natif de Bologne dans un communiqué. J'apprends encore beaucoup, mais je me sens prêt à saisir cette opportunité. Je vais m'efforcer de m'améliorer et d'obtenir les meilleurs résultats possibles pour l'équipe."
De la trempe des plus grands
Sa nomination n'est pas vraiment une surprise. Cela faisait plusieurs semaines, voire plusieurs mois que le nom du prodige, considéré comme l'un des meilleurs pilotes de sa génération, revenait avec insistance. Plus précisément depuis l'annonce du départ de Lewis Hamilton vers Ferrari. Outre le fait qu'ils incarnent l'ancien et le nouveau visage de Mercedes, l'Anglais et le Transalpin partagent un autre point commun : comme Antonelli, le septuple champion du monde a été lancé dans le grand bain en 2007 par une grande équipe, McLaren.
Depuis, tous les plus gros prospects ont dû prendre leur mal en patience dans une équipe de moindre importance : Max Verstappen avait tenu une saison et demi dans le garage Toro Rosso, Charles Leclerc a appris un an avec Alfa Romeo-Sauber contre trois pour Russell chez Williams... Quant à Lando Norris, il a atterri dans une McLaren qui n'était que l'ombre d'elle-même en 2019.
Antonelli, lui, aura donc le droit d'intégrer directement une prestigieuse écurie alors qu'il aurait pu se faire la main en remplaçant Logan Sargeant (Williams). Il faut dire que sa trajectoire est fulgurante. En témoignent les quatre titres acquis entre 2022 et 2023 : champion de Formule 4 italienne et allemande, puis détenteur des couronnes de Formule Régionale en Europe et au Moyen-Orient.
Aussi, ses différents tests au volant d'anciennes monoplaces (W12 et W13) ont provoqué de l'enthousiasme dans les rangs de Mercedes. "Kimi a toujours fait preuve du talent et de la vitesse nécessaires pour concourir au plus haut niveau de notre sport. Nous savons qu'il s'agira d'une nouvelle étape importante, mais il nous a impressionnés lors de ses essais en F1 cette année et nous le soutiendrons à chaque étape du processus d'apprentissage", a déclaré Toto Wolff, le patron de Mercedes.
Jeune avec peu de références
Il n'empêche que sa promotion express dans une écurie de premier ordre interpelle. La première saison d'Antonelli dans l'anti-chambre de la Formule 1, après avoir sauté l'étape F3, a débuté timidement. Il a enchaîné deux zéros pointés à Barcelone et à Spielberg, avant de remporter deux succès à Silverstone et au Hungaroring. Certes, son classement au général (7e) est meilleur que celui d'Ollie Bearman (15e), promu par Haas après une pige réussie en F1 avec Ferrari à Bahreïn, mais il accuse 78 points de retard sur le leader Isack Hadjar. Une situation cocasse, étant donné que le Français, en dépit de performances remarquées, ne sait toujours pas de quoi son avenir sera fait.
De plus, la situation sportive de l'écurie à l'étoile a drastiquement évolué depuis les premières rumeurs. S'il paraissait opportun, en mars, d'installer un rookie dans une équipe en reconstruction et dont la monoplace cacochyme galérait à accrocher le top 6, l'idée est devenue moins séduisante avec le retour au premier plan de Mercedes. La W15 a retrouvé de la vitalité, décrochant trois victoires en quatre courses au cœur de l'été, et Antonelli devra rapidement se montrer à la hauteur sous peine de compromettre ses chances à court-terme. Vendredi, au bout de dix minutes d'essais libres à Monza, le Bolonais a collé au mur la W15 de Russell qu'on lui avait "prêtée". "Mais ce qu'on a vu sur un tour et demi était époustouflant", a insisté Wolff après le crash à 45G de son protégé.
Eviter de faire une "Piastri"
Le patron autrichien ne tarit pas d'éloges à l'égard du pilote italien. Le parcours de ce dernier, ainsi que ses qualités, lui font peut-être penser à Verstappen, autre coureur très précoce. Wolff se rappelle forcément de ce rendez-vous raté avec le Néerlandais, qu'il a tardivement essayé d'attirer dans le giron Mercedes avant son explosion au plus haut niveau. Il a peut-être également pensé à l'erreur commise par Alpine avec Oscar Piastri, ce talent brut australien qui en avait marre d'attendre et qui fait aujourd'hui le bonheur de McLaren.
L'occasion était trop belle de manifester sa très grande confiance à Antonelli en lui proposant le baquet dont rêvait Carlos Sainz, avant que l'Espagnol se résigne à signer pour Williams. La durée du contrat de "Kimi" est inconnue, et Mercedes s'est bien gardée de la révéler. Une chose est sûre : celui de Russell s'achève en 2025, à l'aube d'une nouvelle réglementation technique qui pourrait sourire à l'écurie de Brackley. S'offre à elle le choix du roi : retenir son pilote aux deux victoires en F1 ou convaincre Verstappen d'entamer une idylle ? Les premières tractations avec le triple champion du monde ont eu lieu cette saison mais n'ont débouché sur aucun accord pour 2025.
Dans un univers aussi compétitif que celui de la F1, la question ne se posera vraisemblablement pas si Antonelli peine à tirer la quintessence d'une Mercedes retrouvée. La pression sur ses épaules est déjà très grande. Hamilton le sait et vendredi, alors qu'il avait certainement été mis dans la confidence, il a volé au secours de son successeur transalpin : "J'ai dit il y a longtemps que je pensais que c'était lui que l’équipe devrait choisir pour aller de l’avant. Je pense qu'il a un brillant avenir devant lui. Je suis impatient de voir et d'observer ses progrès (...) Plutôt que de recruter un pilote ayant de très nombreuses années d'expérience, il faut donner une chance à un jeune... C'est ce que McLaren avait fait pour moi et cela a bien fonctionné." Adoubé par un septuple champion du monde, c'est déjà un bon début.
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