L'Arabie saoudite continue son forcing sur le terrain du sport pour changer son image de pays régulièrement pointé du doigt par les organisations non gouvernementales attentives aux respect des droits de l'Homme. C'est ce qu'elle va tenter de faire ce week-end à Djeddah, une ville de 4 millions d'habitants située au bord de la mer Rouge, désignée pour accueillir le tout premier Grand Prix de Formule 1 dans le royaume wahhabite, sur un circuit urbain construit à la va-vite.
En effet, ce pays avait seulement l'ambition d'ajouter son nom aux destinations du Championnat du monde l'an prochain, mais le désistement de plusieurs Grands Prix, pour cause de crise sanitaire, lui en a donné la possibilité en cette fin de saison. Positionnée comme avant-dernière date du Mondial 2021, l'épreuve pourrait même faire une entrée remarquée dans l'histoire du sport en couronnant Max Verstappen (Red Bull). Une chance qui ne se représentera pas de sitôt : les autorités saoudiennes préféraient une date en début de saison, à une époque où elles jugent la compétition plus ouverte, entre grandes équipes pas encore vraiment rodées et écuries challengers capables de créer des surprises avant de rentrer dans le rang, battues par le manque de moyens dans la course au développement technique. Elles ont obtenu gain de cause : en 2022, le Grand Prix d'Arabie saoudite sera la deuxième manche du Mondial.
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Pour l'Arabie saoudite, cette intégration de dernière minute au Championnat du monde 2021 est une providence car elle passe pour celle qui contribue à assurer les finances du promoteur de la compétition après un exercice déficitaire en 2020 à cause de la pandémie du Covid-19. Elle verserait quelques 42 millions d'euros au titre du prix de plateau (une somme versée au promoteur du championnat avant redistribution aux écuries au mérite) à Formula One Group, un montant nettement supérieur à la moyenne haute des 21 autres manches.

Une place que l'Arabie saoudite cherchait depuis des mois

Deux semaines après le Qatar, l'Arabie saoudite sera donc la seconde épreuve nouvellement inscrite au calendrier de la Formule 1 cette saison, au cœur d'un enchaînement de cinq rendez-vous dans le golfe Persique puisqu'Abou Dabi sera le terminus du Mondial 2021, le 12 décembre, avant l'ouverture de la campagne 2022 à Bahreïn, le 20 mars, et le retour dans la foulée à Djeddah, le 27.
Bref, la région ressemble bien à un nouvel eldorado pour le détenteur des droits commerciaux de la F1, qui a trouvé cette année de quoi remplacer au moins provisoirement les destinations asiatiques qui incarnaient le marché émergent des années 2000, telles le Japon, la Chine ou Singapour, victimes des restrictions sanitaires, ou celles comme la Malaisie ou l'Inde qui ont lâché prise depuis parce qu'elles ne s'y retrouvaient plus au niveau comptable. Sans parler du Vietnam, inscrit puis retiré de l'agenda 2020 sous fond de scandale financier.
C'est donc dans ces circonstances que l'Arabie saoudite a trouvé en Formule 1 la place qu'elle souhaitait depuis des mois, pas seulement pour participer à une rivalité régionale high tech mais bien changer sa réputation de pays trop souvent associé à une actualité sombre, entre le "kidnapping" du Premier ministre libanais Saad Hariri en 2017, l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien à Istanbul en 2018, la guerre au Yemen ou de façon plus générale les atteintes aux droits humains.

Un coup d'accélérateur depuis 2018

Avant d'en arriver là, le prince héritier Mohammed ben Salmane, soupçonné d'avoir commandé l'assassinat de Jamal Khashoggi, avait annoncé la fin programmée de sa dépendance à l'or noir en lançant en 2015 son plan de conversion "Vision 2030", destiné à faire du pays une place forte du tourisme dans le Golfe. Un projet dans lequel le sport pouvait tenir une place prépondérante à court terme via le "soft power".
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C'est ainsi qu'on a assisté tour à tour à la délocalisation des Supercoupe d'Espagne à Djeddah en 2020 et d'Italie à Djeddah en 2018 et à Riyad en 2019, au fameux "Clash of the Dunes" entre Anthony Joshua et Andy Ruiz cette même année à Diriyah, puis au virage tout-sports mécaniques avec le premier meeting de l'histoire du Championnat de Formule E à Diriyah en 2018, le Dakar en 2020 et une manche d'Extrême E en 2021. Mais, chose intéressante, l'Arabie saoudite a dû pour en arriver s'ouvrir enfin en créant un visa touristique afin d'accueillir la Formule E en 2018.
Pourtant, si la Formule 1 débarque en Arabie saoudite cette année, ça fait longtemps que le pays a mis un pied dans la discipline reine des sports mécaniques. Frank Williams, le fondateur de l'écurie disparu dimanche, a fait décoller son équipe en 1978 grâce à son associé saoudien Mansour Ojjeh et Fly Saudia, son sponsor majeur jusqu'en 1982. Décédé en juin dernier, l'homme d'affaire qui affichait le nom de sa société TAG (Technique d'Avant-Garde) sur les carrosseries de l'écurie de Didcot, a ensuite financé la réalisation par Porsche d'un moteur V6 turbo à l'origine du retour au premier plan de McLaren dans les années 1980, avec Niki Lauda et Alain Prost.

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Un long chemin

Et l'Arabie saoudite, qui avait volé au secours d'un Dakar dans l'impasse, confiné au seul Pérou en 2019, a aussi sauvé de la faillite McLaren l'an dernier en octroyant au constructeur britannique, conjointement avec un fonds spéculatif américain, un prêt de 400 millions de livres via son fonds souverain Public Investment Fund. Et ce n'est pas tout, Aramco fait partie du décor des circuits depuis 2020 et serait même le plus généreux des six sponsors majeurs de la Formule 1. Peut-être la raison pour laquelle le logo de la F1 s'affiche aussi en bleu et vert, les couleurs de la compagnie pétrolière.
C'est donc dans un contexte pour le moins controversé que la Formule 1 et son slogan "WeRaceAsOne" vont faire escale pendant quelques jours en Arabie saoudite. Les écuries et les pilotes cautionnent-ils l'événement ? Dans le paddock, les avis sont partagés mais la réalité est très simple : en s'inscrivant au Championnat du monde, chaque équipe s'engage à aller partout où le promoteur le décide sous peine de se voir exclue de la compétition et de la répartition des gains. Derrière ce paravent providentiel, Christian Horner, le patron de Red Bull Racing, a beau jeu de rappeler que le Championnat du monde "n'est pas une organisation politique" et que le sport est aussi une affaire de gros sous.

Casque arc-en-ciel, kilt et monoplace noire : quand Hamilton prend position

Comme au Qatar et la semaine prochaine à Abou Dabi, Lewis Hamilton portera son casque arc en ciel LGBTQ+ et son discours restera peu ou prou le même. "En venant ici, la Formule 1 a le devoir de sensibiliser les gens sur ces problèmes (des droits humains). Je sais que ces pays tentent de faire des progrès, et qu'on ne peut pas tout transformer du jour au lendemain", avait-il dit à Losail. L'Arabie saoudite doit profiter du long bail qu'elle a signé avec la Formule 1 pour montrer qu'elle est effectivement prête à progresser sur les avancées souhaitées par la communauté internationale.
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