Formule 1 - "Tout le monde s'en souviendra" : pourquoi le premier départ de la saison risque d'être chaotique
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 19/02/2026 à 09:06 GMT+1
Pierre Gasly a prévenu : le départ du Grand Prix d'Australie, le tout premier de la saison 2026, le 8 mars prochain pourrait être particulièrement mémorable. Et pas vraiment positivement. Le pilote Alpine, désormais motorisé par Mercedes, craint que les monoplaces équipées d'un moteur du constructeur allemand ne restent coincées sur la ligne. En cause : le turbo (trop) gros choisi par Mercedes.
MGU-K triplé, MGU-H supprimé, carburant durable : Ferrari explique la révolution du V6 de 2026
Video credit: Eurosport
Il faudra se lever tôt, très tôt avant même l'aurore (5h, heure française), mais s'il y a bien un départ de Formule 1 à ne pas manquer en 2026, c'est celui du Grand Prix d'Australie. Le conseil ne vient pas de nous, mais de Pierre Gasly en personne. "Je vous conseille d'être devant votre TV pour l'Australie, parce que ça pourrait être un départ dont tout le monde se souviendra" a déclaré le pilote Alpine à l'issue des premiers essais de présaison à Bahreïn, le 13 février dernier. Le circuit de l'Albert Park à Melbourne accueille, le 8 mars prochain, la première course d'une saison marquée par un important changement réglementaire.
Et après les premiers essais des monoplaces nouvelle génération, le pilote français en est convaincu : il pourrait s'y passer quelque chose de l'ordre des départs les plus bizarres de l'histoire du championnat. Du genre Indianapolis 2005, où seules les six voitures qui n'étaient pas équipées en pneus Michelin, avaient pu prendre le départ, et garnissaient ça et là une grille disparate. Cette fois, les 22 machines qui composent le championnat devraient être autorisées à prendre le départ, sauf immense surprise. C'est donc une bizarrerie d'un tout autre calibre que craint Pierre Gasly : plus d'un tiers d'entre elles pourraient rester complètement figées au moment où les feux de départ s'éteindront.
Tout cela tient principalement à une modification dans le règlement : il est désormais interdit d'utiliser la partie électrique du moteur pour lancer le turbo. Auparavant, c'était le MGU-H, le générateur électrique qui récupérait de l'énergie à partir de la chaleur créée par les gaz d'échappements, qui permettait de booster d'un coup la turbine du compresseur du moteur pour obtenir des départs canons. Sauf que cette pièce ne fait plus partie de la nouvelle architecture motrice, et que son rôle dans la procédure de départ n'a pas été remplacée.
Les moteurs Mercedes concernés
Les pilotes doivent donc désormais maintenir un très haut régime moteur, autour de 12 000 tours/minutes, pour accumuler l'énergie nécessaire à un bon départ. Il faudrait alors le maintenir pendant suffisamment longtemps, au moins une dizaine de secondes apparemment, et le faire redescendre pile au bon moment pour que le turbo soit prêt, et le régime moteur dans une plage suffisamment basse pour démarrer sans caler. "Cela pourrait être comme en Formule 2, où l'on risque presque de se retrouver en anti-calage, a expliqué Oscar Piastri. Et dans ce cas, on ne perd pas seulement cinq mètres mais six ou sept positions si quelque chose se passe mal."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/01/22/image-b64dae22-e2ae-4bca-8655-abd05d327e8e-85-2560-1440.jpeg)
Mercedes révèle la W17 de Russell et Antonelli
Video credit: Eurosport
L'autre problème, en plus du risque de calage, concerne la procédure de départ des F1. Le temps entre la mise en grille et l'extinction des feux de départ est jugé bien trop court pour pouvoir préparer correctement le turbo selon plusieurs pilotes et écuries. "Pour le moment, je ne prends le départ que lorsque je me trouve dans la bonne fenêtre, a détaillé George Russell. Mais nous sommes conscients, qu'en course, on part à l'extinction des feux et pas quand le turbo est dans la bonne fenêtre." Le Britannique est d'autant plus concerné que ce souci toucherait principalement les moteurs Mercedes, et donc également les écuries motorisées par la marque allemande (Alpine, McLaren, Williams).
Les Flèches d'Argent auraient fait le pari d'un gros turbo pour leur moteur. Ce qui implique donc logiquement un plus grand délai nécessaire pour l'amener dans cette fameuse "bonne fenêtre". Un problème que ne devrait pas rencontrer, au contraire, Ferrari. Les Italiens ont anticipé ce problème potentiel et planché sur un turbo plus petit. Cela devrait avoir ses désagréments en courses, car cela implique forcément moins de puissance, mais les départs seront facilités. Ce qui leur permet, surtout, de s'opposer à toutes les demandes de révisions du réglement de la procédure de départ formulées par les équipes motorisées par Mercedes.
Reste que la Formule 1 va examiner, tout de même, des propositions de modifications de ces procédures de départs. La FIA l'a annoncé via un communiqué après une réunion de la commission F1 ce mercredi. Les premières expérimentations sont menées directement durant la deuxième fenêtre d'essais de présaison de Bahreïn (18-20 février). La première option, celle de prolonger la durée de la procédure pour que tous les pilotes puissent avoir la dizaine de secondes nécessaires pour lancer le turbo, a été testée le jour même. Et le résultat a été plutôt positif, puisque personne n'est resté figé en grille.
Une deuxième option pourrait être également mise au banc : celle d'autoriser l'utilisation du MGU-K, l'autre générateur électrique du moteur qui est lui toujours présent dans la nouvelle réglementation, pour démarrer le turbo. La possibilité qu'une des deux options soit retenue est réelle, notamment pour des questions de sécurité. Une voiture qui reste bloquée en grille est un grand danger pour celle qui réussisse leur départ, et les dernières saisons de Formule 2 en ont donné de nombreux exemples. Mais si la cause est noble, le message envoyé le serait beaucoup moins. Car les grands perdants seraient ainsi... Ferrari, et les autres motoristes qui ont fait le pari d'un turbo correspondant aux attentes originales de la procédure de départ. Encore une fois, en F1, l'histoire pourrait être la même : malheur à ceux qui ont joué dans les règles.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité