Spectacle euphorique tout en démesure, traité comme l'un des plus grands événements aux Etats-Unis et reconnu comme tel par le public, les participants et les marques, le nouveau Grand Prix de Miami a mis en mai dernier un coup de vieux aux autres épreuves du calendrier. Depuis, chacune d'elle se demande ce qu'elle va pouvoir inventer pour suivre cette course obligée vers la modernité, dans le but de renforcer son attrait sportif et surtout commercial, donc sa valeur. Chacune des 21 autres épreuves du championnat actuel sait aussi que Las Vegas va faire l'effet d'une nouvelle tornade l'an prochain, repousser les limites médiatiques et créer de nouveaux standards.
En fait, cette course d'un autre genre a déjà commencé et ne fait que s'accélérer. En 2008, Singapour est devenu le premier Grand Prix nocturne de l'histoire de la Formule 1. Un choc esthétique en soi, mais pas la révolution imposée par Abou Dabi en 2010. Par la dimension de ses infrastructures, ses moyens, ce nouvel opus a créé un précédent. Celui-ci était généralement cité jusque-là par les patrons des équipes, les sponsors et le promoteur du championnat du monde, comme la meilleure plateforme pour vendre le produit Formule 1. Les nouvelles zones de dépassement crées et le final épique de 2021 entre Max Verstappen et Lewis Hamilton a fini de convaincre tout le monde. Mais, il faut le rappeler, avoir une course passionnante n'était pas la priorité absolue et le plus important était d'avoir un cadre. Avant ce duel épique pour le titre, le promoteur du championnat n'avait d'ailleurs pas hésité à reconduire l'épreuve jusqu'en 2030, de surcroit comme Grand Prix de clôture de la saison. Un véritable signal envoyé au reste du monde… dont Monaco.
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Une histoire presque centenaire

Jusqu'alors, les Grands Prix originaux, tous européens, résistaient à cette marche forcée en mettant en avant leurs singularités. Ces gardiens du temple y sont parvenus pendant des décennies, sous la gouvernance de Bernie Ecclectone, mais ils ne sont plus audibles aujourd'hui. L'un d'entre eux est précisément le Grand Prix de Monaco, en fin de contrat avec la Formule 1 dimanche soir, sans que l'on ait idée de sa présence au calendrier l'an prochain. Il est d'usage que les promoteurs de l'événement et du championnat entament leurs négociations au cours de la dernière année de contrat. Et il est également de coutume d'annonce une bonne nouvelle quelques jours avant le week-end de compétition.
Le premier Grand Prix de Monaco a eu lieu en 1929. Il est presque centenaire, il est devenu le rendez-vous le plus prisé des équipes et de leurs sponsors. On n'y gagne pas, on y triomphe comme nulle part ailleurs. La Principauté n'a jamais couronné de champion du monde, au contraire d'autres épreuves historiques en ballotage comme le France ou la Belgique, car en fin de contrat, et elle n'en a jamais pâti. Elle a même longtemps choisi sa position au calendrier - la semaine du jeudi de l'Ascension -, et se plaît à coïncider avec la fin du Festival de Cannes.
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5 millions, c'est insuffisant

Est-ce que tout cela suffit aujourd'hui à en faire une épreuve toujours incontournable ? Non, quand on revoit les images de Miami. Les pragmatiques pourraient même répondre que non en arguant que Monaco a passé son tour en 2020, en pleine pandémie. Une preuve surtout par l'absurde qu'effectivement on peut se passer de tout.
En plein effervescence autour du Grand Prix de Miami, Zak Brown avait été clair. "Monaco a besoin de se mettre au niveau des autres Grands Prix en termes commerciaux, et aussi travailler à adapter sa piste car, avec nos voitures devenues plus grosses, la course est plus difficile", avait résumé le directeur de McLaren.
Zak Brown vaut d'être entendu. C'est à la fois est un amoureux de la course et un patron soucieux de développer son business. Et en disant cela, il touchait au cœur du problème. Avec un ticket d'entrée - le "prix du plateau" en Formule 1 - estimé à 5 millions d'euros, contre une moyenne de 20 pour les autres épreuves 2022 et 50 pour le dernier arrivé (Miami), Monaco est devenu le vestige indéfendable des années Ecclestone. Pour "Mister E", Monaco était la vitrine de la Formule 1 et ça valait bien un traitement de faveur. Mais ça, c'était avant.
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Zéro dépassement en 2021

Le boss de l'écurie de Woking n'évoquait pas non plus par hasard la nécessaire réflexion autour du tracé qui, doté d'une zone DRS symbolique dans la "ligne droite" des stands, n'a produit aucun dépassement en 2021. En vérité, il faisait écho aux demandes somme toute logiques du promoteur du championnat du monde. "La contribution économique (prix du plateau) ne doit pas guider notre décision mais en faire partie, ajoutait Zak Brown. Je préfèrerais avoir Monaco que pas. De même que le sport est plus grand que tout pilote ou toute équipe, je pense qu'il est plus grand que tout Grand Prix."
Totalement anachronique en tant que circuit, Monaco n'a pourtant eu de cesse de se moderniser pour répondre aux exigences de sécurité de la Formule 1 et personne ne peut remettre en question les standards de l'organisation dans ce domaine. Et c'est uniquement grâce à cela que le Grand Prix est resté une incroyable exception. Il reste un état dans l'état et irrite aussi pour cela car ses organisateurs sont les seuls du championnat à gérer la réalisation TV et faire cohabiter leurs sponsors avec les annonceurs premium de la Formule 1. Jusqu'à afficher des marques concurrentes.
C'est sûr, Monaco ne pourra jamais céder au gigantisme, ni s'inventer un autre tracé où les dépassements serait légion. Et le rayer du calendrier est un risque que personne ne veut sans doute prendre.
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