Formule 1 - Le double arrêt aux stands obligatoires, la nouvelle règle qui peut faire revenir le suspense à Monaco
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 23/05/2025 à 12:50 GMT+2
La Formule 1 inaugure une nouvelle règle ce week-end à Monaco : celle d'un double arrêt obligatoire pendant la course pour tous les concurrents. Une mesure visant à relancer le spectacle et la stratégie d'un Grand Prix devenu soporifique au fil des années et de l'élargissement des voitures. Un aveu d'impuissance, et surtout un pari absolument incertain, qui pourrait bien se révéler inutile.
Williams et Alpine : trajectoires croisées
Video credit: Eurosport
Le sage, la lune, l'idiot et le doigt. On ne va pas vous la refaire. Au lieu de s'intéresser aux raisons qui font que le Grand Prix de Monaco est devenu le plus assommant de la saison, la Formule 1 tente de trouver des subterfuges pour réanimer artificiellement l'intérêt pour la course en Principauté. Dernière arrivée en rayon cette année : deux arrêts aux stands, au lieu d'un traditionnellement, seront désormais obligatoires durant la course.
L'objectif : donner une plus grande place à la stratégie, rajouter de l'incertitude et des possibilités, et peut-être, avec un peu de chance, augmenter le rythme de la course. Surtout, l'expérience de 2024 a dû fortement peser dans la balance. L'année passée, un drapeau rouge sorti dès le premier tour avait permis à tout le monde de faire un arrêt au stand gratuit d'entrée, et de faire tout le reste du Grand Prix, où la dégradation est quasiment nulle, sur un seul jeu de pneus. Il suffisait alors à tous les concurrents de rouler sur un petit rythme de croisière, en faisant en sorte de conserver ses pneus. Personne n'était à fond, il n'y a eu que quatre dépassements au total. L'organisation a retenu la leçon : plus jamais ça.
Cela peut paraître contre-intuitif, mais si les 20 pilotes, enfin plutôt 16 en excluant ceux qui ont abandonné, ont pu tous ralentir dans une course qui se joue – faut-il le rappeler ? – à la vitesse, c'est pour une raison simple. Dans les rues de Monaco, le différentiel de rythme pour dépasser sans forcer serait d'environ 2,5 secondes au tour. Un gouffre énorme, quasiment impossible à combler sur un circuit qui se boucle en environ 1'14" en configuration course. Et qui a poussé tout le monde à l'attentisme, par peur de détruire ses pneus et d'être le seul à perdre la trentaine de secondes nécessaires pour mettre de nouveaux pneus.
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"McLaren fait en sorte de garder Verstappen dans le jeu..."
Video credit: Eurosport
Un double drapeau rouge pour tout gâcher ?
C'est ici, en cas de premier pit-stop obligatoire gaspillé par un drapeau rouge, qu'interviendrait le second pit-stop pour relancer l'intérêt de la course. La course ne serait pas condamnée à être figée, et la stratégie rentrerait à nouveau en jeu. La possibilité de tenter l'undercut, ou l'overcut qui fonctionne mieux traditionnellement à Monaco, s'ouvrirait à nouveau. Cela pousserait aussi les pilotes à augmenter leur rythme, sachant qu'ils devront quoi qu'il arrive changer leurs pneus, et qu'ils ne sont donc plus tenus de les conserver à tout prix. Et même sans drapeau rouge, devoir s'arrêter deux fois en environ 80 tours ouvrira également de nouvelles possibilités tactiques. Voilà le pari que fait la F1.
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Les stands du Grand Prix de Monaco lors de l'édition 2024
Crédit: Getty Images
Mais ce pari pourrait être assez facilement ruiné. Déjà, en cas de double drapeau rouge. Il n'y aurait alors, à moins que l'un d'entre eux, ou les deux, n'arrivent très tard, aucun besoin de passer par la voie des stands. Et ensuite, par le pire ennemi du spectacle à Monaco : le trafic. Habituellement, Monaco est une course d'overcut pour une raison : les pilotes de tête sortant avec des pneus neufs et donc plus performants, sont bloqués par les retardataires qui leur sont passés devant lorsqu'ils étaient aux stands, qui roulent moins vite avec des pneus plus vieux et des voitures moins bonnes, et que le tracé rend indépassables.
Pour cette raison, personne ne veut être celui qui s'arrêtera en premier. Et même avec ces deux arrêts obligatoires, une course d'attente pourrait se mettre en place. Attendre qu'un accident provoque une voiture de sécurité pour gagner du temps sur l'arrêt au stand, voire un drapeau rouge pour avoir un pit-stop gratuit. Si rien ne se passe, l'une des équipes devra bien prendre le risque de s'arrêter avant tout le monde à un certain point de la course. Ou peut-être que ce risque ne sera pris par personne. On pourrait alors avoir un scénario ridicule, avec des pit-stop en pagaille dans les ultimes tours de courses. Et le serpent se sera mordu la queue.
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