Formule 1 - "Souvent inutile, mal sélectionné" : pourquoi les pilotes détestent que leurs radios soient diffusées

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Les communications radios des pilotes de Formule 1 sont devenus un spectacle dans le spectacle de plus en plus scruté par la réalisation TV et les fans. Frustrations, sarcasmes et coups de sang s’y déversent sans filtre et aux yeux du monde entier. Tout le contraire de la communication millimétrée à laquelle les pilotes s’astreignent tout le reste du temps. Alors forcément, cela ne leur plaît pas.

Fernando Alonso dans son cockpit lors du week-end du Grand Prix de Singapour

Crédit: Getty Images

"Tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous." La plus célèbre des maximes de films policiers américains, extrait de l'avertissement Miranda énoncé lors de l'arrestation d'un suspect, pourrait aussi s'appliquer aux pilotes de Formule 1. Depuis le début du siècle, les messages radios échangés entre les pilotes, depuis leurs cockpits, et leurs équipes, depuis le muret des stands, sont écoutés par la réalisation TV et susceptibles d'être diffusés au monde entier à tout moment. Et leur utilisation commence à sérieusement fatiguer les pilotes, souvent mis dans l'embarras par des propos tenus un peu trop à chaud.
"Avec la quantité d'adrénaline et de pression de ce sport, tu ne penses pas au monde entier qui pourrait entendre ton message quand tu veux partager ta frustration à ton ingénieur", a expliqué Ollie Bearman en conférence de presse avant le Grand Prix des Etats-Unis ce jeudi. "C'est souvent inutile, mal diffusé et mal sélectionné par ceux qui choisissent quelle radio passera à l'antenne", a enchaîné Fernando Alonso, beaucoup moins diplomate. Il faut dire que l'Espagnol vient à peine d'en faire les frais. A Singapour, début octobre, c'est surtout pour ses messages agacés à la radio que le double champion du monde s'est fait remarquer. En suggérant ironiquement, d'abord, qu'Isack Hadjar soit récompensé d'un prix de "héros de la course" pour sa défense qu'il jugeait trop engagée compte tenu de l'enjeu.
Puis ensuite, et surtout, lorsqu'il a soupiré : "Je ne peux pas y croire" à son équipe en voyant Lewis Hamilton couper le dernier virage de la course sous ses yeux pour conserver sa septième position. Un message qui n'avait, cette fois, même pas été diffusé par la réalisation, mais que des internautes avaient récupéré grâce à F1 TV, le service de streaming officiel de la Formule 1 qui permet d'écouter en temps réel chaque radio de chaque pilote, avant de le poster sur les réseaux sociaux. Et même si l'Espagnol a finalement rapidement récupéré cette septième position à la faveur d'une pénalité infligée au Britannique, c'était trop tard. Son exaspération était devenue l'un des sujets de l'après-course, et venait même dépoussiérer quasiment vingt ans de rivalité.
Symbole d'à quel point ces "petites phrases" sont recherchées et épiées par les fans : sur Instagram, le compte Radio Messages, qui répertorie les meilleurs d'entre eux chaque week-end, cumule plus de 75 000 abonnés. "Quand le message radio devient le principal protagoniste, c'est très triste pour ce que cela dit du niveau de divertissement proposé par la course", a ajouté Alonso, cinglant, qui a très bien compris de quoi il en relève. Au grand dam des principaux intéressés, ces communications des pilotes sont devenues quasiment un incontournable de l'analyse des courses, en particulier lorsqu'il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent. Parce qu'elles sont en direct, en plein effort, et échappent donc aux filtres de la bienséance, de la bonne communication, et du media training qui régissent habituellement leurs déclarations.

Le surmoi et le ça

Le fameux 'surmoi' freudien, l'instance qui censure les pulsions au nom de la morale, que les pilotes affichent continuellement lorsqu'ils sont hors de leur voiture. Mais pas lorsqu'ils sont dans le cockpit. Une fois derrière le volant, le 'ça', l'instinct primitif qui ignore la morale reprend le dessus. Et c'est exactement ce que les pilotes et leurs équipes préféreraient ne pas montrer. Parce que cela fait mauvais genre. "C'est délicat de mesurer ce que l'on dit à la radio parfois" a ainsi admis Franco Colapinto lors de cette même conférence de presse. 
Dans un environnement où chaque mot est pesé et utilisé à bon escient, les radios de courses sont les dernières prises de paroles qui échappent à tout contrôle. Parfois, elles permettent d'avoir une idée un peu plus claire de ce que pense vraiment un pilote. Comme quand, à Singapour, Oscar Piastri se plaignait à la radio de s'être fait tasser par son coéquipier au premier virage avec une spontanéité qu'il ne se serait jamais permise face à un micro. Alors, leur diffusion et leur interprétation ne risque pas de s'arrêter. Alors peut-être qu'il faudrait vraiment réciter l'avertissement Miranda aux pilotes avant de monter dans leur machine.
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