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L'incroyable pari
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Publié 05/07/2004 à 20:00 GMT+2
Voici les raisons de la stratégie à quatre arrêts de Schumacher au Grand Prix de France, pourquoi et quand Ferrari a décidé de l'utiliser pour remporter une victoire historique, dimanche, à Magny-Cours. Analyse.
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Michael Schumacher et Ferrari avaient déjà réussi ce tour de force au Grand Prix de Hongrie 1998. Par nécessité de contrer Mika Häkkinen et McLaren dans une lutte pour les titres qui tournait irrémédiablement en faveur des Gris. Le pilote allemand était passé de deux à trois pit-stops en pleine course, pour enlever une saisissante victoire. Les courses à trois haltes n'étaient pas courantes à l'époque et la Scuderia avait en cela marqué les esprits.
Sa victoire à quatre arrêts, dimanche, à Magny-Cours, fera de la même façon date dans l'histoire de la Formule 1. Comme la toute première du genre, de surcroît.
Dimanche matin, dans Auto-Moto, sur TF1, Jean Todt avait habillement brouillé les pistes. "Notre but est clair : il est de gagner. Cependant, on attaque la deuxième partie de saison avec une avance assez importante aux Championnats Constructeurs et Pilotes. S'il faut faire une stratégie pour être devant mais aussi une stratégie pour marquer des points, on le fera", avait déclaré le directeur général de Ferrari. Les Rouges n'allaient donc pas tenter l'impossible... Simple apparence !Trulli pousse Ferrari à l'audace...
C'était en effet sans compter la clairvoyance d'un homme clé de la Dream team italienne et le besoin de distraction d'un pilote après 8 victoires en 9 courses. "Notre stratège Luca Baldisseri a avancé l'option (à 4 arrêts) ce week-end" , révèle à l'arrivée Ross Brawn, le directeur technique et directeur de course de Ferrari, dernier décideur en la matière. "Pendant la course, nous avons ressenti le besoin de faire quelque chose pour passer Alonso" , ajoute-t-il.
Barré depuis le départ par Fernando Alonso, parti de la pole position, Michael Schumacher entrevoit de son cockpit une première solution. "Il est devenu clair que nos Bridgestone étaient très bons à la fin des relais, au contraire de l'opposition. Je pouvais combler l'écart avant les arrêts", expliquera l'Allemand. Au 11e tour, il suit l'Espagnol à moins d'une seconde mais il doit s'arrêter. Le pilote de la Renault N.8 tient trois boucles de plus... La deuxième vague de ravitaillement est la bonne, car Schumi, qui s'est arrêté au 29e tour, voit ressortir Alonso dans ses rétros au 32e tour.
Le pari est-il gagné ? Sûrement pas, car le troisième arrêt peut inverser les rôles. A cet instant, le génie de Ross Brawn est de regarder non pas la position d'Alonso mais celle de Trulli pour trouver la solution. "Nous avons fait des calculs et vu que nous avions assez de marge devant Trulli, 3e, pour tenter ça" , dira-t-il. Les simulations sont formelles : au 43e tour, lorsque Schumacher s'arrêtera une 3e fois, il aura assez d'avance pour repartir devant le vainqueur de Monaco, dont les pneus sont toujours aussi cloqués, et ne sera donc gêné pour engager la course contre-la-montre que nécessiterait un 4e arrêt."On s'amuse moins quand on prend moins de risques"
Banco ! "On a décidé de s'arrêter 4 fois juste après le 2e pit stop. On savait que c'était optimiste mais je n'avais rien à perdre et on s'amuse moins quand on prend moins de risques", confiera Schumacher. L'audacieuse tactique apparaît au grand jour au 43e tour. Car pendant 6.5 sec de ravitaillement, il est entré bien trop peu d'énergie dans le réservoir pour amener la F2004 N.1 au damier du 70e tour. Pas de problème d'autonomie en revanche pour Alonso, stoppé 8.7 sec au 46e tour.
L'équation est dès lors simple : de 11 secondes, Schumi doit porter sa marge sur Alonso à une vingtaine de secondes pour ménager la place d'un 4e ravitaillement. Il en a presque 23 quand il rentre une dernière fois, au 58e tour. Il ressort en leader avec 7.3 sec de sécurité sur Alonso. Le pari est gagné, et de quelle façon !
Pour Alonso, l'heure des regrets aura sonné bien avant l'arrivée. "Je suis parti avec beaucoup d'essence et la voiture était vraiment difficile à conduire", soulignera l'Ibère. "La Ferrari était vraiment très rapide pendant mes arrêts. Nous avons été surpris qu'il passe sur 4 pit stops, mais nous n'avions pas de possibilité de réagir. La 2e place était le maximum que l'on pouvait faire ici."
Pour Schumi, les quatre arrêts n'étaient pas l'arme absolue. "Nous aurions peut-être pu gagner avec trois stops, mais cela aurait impliqué de passer des voitures sur la piste", a-t-il dit.
L'autre paramètre de l'exploit transalpin est la formidable progression des Bridgestone d'une année sur l'autre, dans la chaleur de Magny-Cours. Avec 45°C sur la piste, les gommes japonaises n'auraient jamais tenu la comparaison face aux Michelin l'année dernière. La perspective d'un été doré pour Ferrari.
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