Les pilotes de Formule 1 sont-ils de bons conducteurs sur la route ?
Par Julien Pereira
Mis à jour 15/10/2025 à 12:53 GMT+2
Ils sont les vingt hommes les plus rapides du monde. Les pilotes de Formule 1 ont tous un talent, une expérience et des aptitudes leur permettant d'être performants sur les circuits. Mais ces qualités les aident-elles à se muer en conducteurs exemplaires sur les routes empruntées par monsieur et madame tout le monde ? Pas forcément. Voici pourquoi.
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Video credit: Eurosport
L'expression n'a pas survécu à tous les temps. Autrefois, et jusqu'à un passé pas si lointain, on disait des conducteurs au pied lourd qu'ils se "prenaient pour Fangio". Cette comparaison s'est un peu perdue et n'a jamais été remise au goût du jour, avec les successeurs de l'Argentin, malgré l'utilisation d'une version 2.0 dans le film "Taxi" ("On se prend pour Schumacher ?"). Bref, le parallèle entre la conduite de monsieur et madame tout le monde et celle des pilotes de Formule 1 est vieux comme le championnat du monde.
Pourtant, de la même manière qu'il serait très difficile - voire impossible - pour un usager de la route de piloter une Formule 1, il est également délicat, pour les pilotes, de redevenir des conducteurs normaux en dehors des circuits. Les deux "mondes" n'ont pas grand-chose à voir et la transition vers l'un ou l'autre réclame un effort cognitif important.
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Les pilotes de F1 sont-ils de bons conducteurs en civil ?
Crédit: Quentin Guichard
C'est la raison pour laquelle une grande majorité des pilotes n'apprécie pas franchement la conduite sur route. Le meilleur exemple est sans doute Lewis Hamilton. Le septuple champion du monde a plusieurs fois répété "ne pas aimer conduire". Il est loin d'être le seul mais il l'a admis publiquement relativement tard, après s'être séparé d'une bonne partie de sa vaste collection de voitures de luxe, principalement pour défendre ses opinions sur le plan écologique, aussi parce que la route générait "trop de stress" chez lui.
Sur un circuit, c'est "plus simple"
"Il peut s'y passer tellement de choses", avait-il confié, il y a trois ans, à un journaliste de Vanity Fair qu'il conduisait dans les rues de Nice. "Hamilton est un conducteur extrêmement sensé et prudent, avait écrit ce dernier. Il n’accélère jamais et s’arrête fréquemment pour laisser passer d'autres conducteurs impatients."
Bien d'autres pilotes ont un rapport à la route similaire à celui du Britannique et certains, comme Lance Stroll, se contentent le plus souvent d'être passagers. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, et bien qu'ils soient surentrainés à appréhender des vitesses élevées, à prendre des décisions rapidement ou à se repérer spatialement, les hommes les plus rapides du monde rencontrent certaines difficultés sur la route.
D'abord parce que les comportements y sont beaucoup plus divers et variés que sur un circuit de Formule 1. "Je trouve que lorsque l'on conduit sur la route, il y a beaucoup de choses à prendre en compte : les gens, les voitures qui arrivent d'un côté ou de l'autre, a résumé Oscar Piastri, leader du Championnat du monde, au podcast "Pitstop". Sur un circuit, c'est plus simple, d'une certaine manière." "La route, ce n'est pas un circuit, a renchéri Esteban Ocon sur Legend. Il y a des dangers. Il n'y a pas de commissaires qui vont dire : 'là, y a quelqu'un qui traverse', ou 'ici, une biche va traverser'."
J'avais l'impression de pouvoir ouvrir ma portière
Autre difficulté majeure : la sensation de vitesse. À l'année, la plupart des pilotes de Formule 1 effectuent plus de kilomètres au volant de leur monoplace qu'à celui de leur voiture de tous les jours. Leurs yeux, leur cerveau et l'ensemble de leurs circuits de décision sont donc plus habitués à traiter des informations à plus de 200, 300 voire 330 km/h. Conséquence directe : leur perception du danger peut apparaître biaisée lorsqu'ils roulent à 90, 110 ou 130 km/h.
"Il y a eu des périodes où, quand je finissais des Grands Prix, je ne me rendais même plus compte de la vitesse à laquelle j'allais, a admis Ocon. C'est hyper grave. Je roulais à 300 km/h pendant tout un week-end de Grand Prix puis, quand je reprenais ma voiture de route, j'avais l'impression de pouvoir ouvrir ma portière et sortir alors que j'étais à 150 km/h au lieu de 110."
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Verstappen "doit rentrer dans la tête de Piastri" pour croire encore au titre
Video credit: Eurosport
C'est la raison pour laquelle certains usagers de la route avaient été heurtés par une vidéo diffusée il y a un an et demi par Mark Cox, ami de Max Verstappen. On y voyait le quadruple champion du monde au volant d'une Aston Martin Valkyrie, bolide surpuissant homologué pour la route, dépassant les 120 km/h sur une route niçoise limitée à 90 km/h, tout en pianotant l'écran central. Après analyses d'une cellule spécialisée de la direction générale de la gendarmerie nationale, il avait été acté que le Néerlandais avait circulé à une vitesse moyenne "conforme à la réglementation".
Les pilotes de Formule 1 ont, de toute façon, plutôt intérêt à se tenir à carreaux sur la route. Aux yeux de la Fédération Internationale de l'Automobile, ils sont tous des ambassadeurs de la sécurité routière. Le moindre écart les expose donc à des sanctions. Et dans le pire des cas, un retrait de permis entraînerait même la perte de la Super Licence, le précieux sésame leur permettant de disputer des Grands Prix de Formule 1.
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