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Michael Schumacher | De l'accident au secret, dix jours de frénésie
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Publié 28/12/2023 à 23:46 GMT+1
Il y a dix ans, les pistes de Méribel et le centre hospitalier de Grenoble sont devenus, l'espace d'une dizaine de jours, le centre du monde. L'accident de ski de Michael Schumacher, le 29 décembre 2013, a entrainé une folle frénésie médiatique. Malgré la volonté du corps médical et, surtout, de l'entourage du pilote, qui a tout fait pour entourer l'Allemand de secret. Récit.
Sabine Kehm, manager de Michael Schumacher, à la sortie du CHU de Grenoble, le 1er janvier 2014
Crédit: Getty Images
C'était il y a dix ans, jour pour jour. Soit dix jours à l'échelle des souvenirs. Et un siècle à celle du paysage médiatique. Le 29 décembre 2013, lorsque Michael Schumacher a été victime d'un accident de ski qui a fait basculer sa vie, les chaînes d'informations en continu n'avaient pas l'audience qu'elles ont aujourd'hui, et Twitter n'était pas encore un réseau social fourre-tout, pour la simple et bonne raison qu'il n'était pas encore "mainstream".
Mais au moment où le monde a appris la triste nouvelle, à la mi-journée d'un dimanche coincé entre Noël et le Nouvel An, une véritable frénésie s'est installée dans la région entre Méribel, où l'Allemand passait des vacances paisibles avec des amis, et le CHU de Grenoble, où il a finalement été transporté pour y être opéré. Sans oublier l'Allemagne, où il est forcément une icône, l'Italie, qu'il a profondément marquée en portant Ferrari vers de nouveaux sommets, et même le Brésil, grande terre de Formule 1 et de deux de ses ex-coéquipiers au sein de la Scuderia, Rubens Barrichello et Felipe Massa.
Le monde voulait savoir, avec le plus de précision possible, comment un homme, intouchable durant toute une carrière à narguer le diable dans des machines de l'enfer, avait pu se retrouver entre la vie et la mort dans un beau paysage d'hiver. Très vite, plus d'une centaine de journalistes se sont rendus au pied du CHU grenoblois pour recueillir quelques nouvelles, au compte-gouttes. Avant cela, certains d'entre eux ont tenté d'en savoir plus sur les circonstances de l'accident, auprès des équipes de premiers secours ou des quelques témoins présents sur place.
Trouver un coupable
Comme s'il fallait trouver un coupable, ou une raison valable, chaque hypothèse est devenue un sujet de débat. "Schumi" allait-il porter secours à un proche tombé plus bas ? Skiait-il hors des zones balisées ? Et d'ailleurs, la zone était-elle correctement balisée ? Portait-il un casque ? Était-il bien attaché ? Comment a-t-il pu se briser en deux lors de l'accident ? Portait-il une caméra portative ? Était-elle allumée au moment du drame ? Pourquoi a-t-il été transféré de Moûtiers à Grenoble ? Cela a-t-il aggravé son état de santé ?
La quête de détails s'est rapidement transformée en course à l'indécence. Dès le lendemain de l'accident, un journaliste allemand a cru bon de se déguiser en prêtre pour tenter de s'introduire dans la chambre du septuple champion de Formule 1, après avoir été confondu par quelques-uns des agents de l'important dispositif de sécurité déployé au CHU de Grenoble.
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Un fan de Michael Schumacher et de Ferrari patiente devant les urgences du CHU de Grenoble, le 30 décembre 2013
Crédit: Getty Images
La famille, occupée à autre chose, et dont la volonté était de réduire, au plus vite, la dimension médiatique entourant cet accident, n'a pas entamé de démarches. L'homme n'a pas fait l'objet de poursuites judiciaires. Pas plus que de nombreux autres individus, journalistes ou non, qui ont eu l'audace de proposer d'importantes sommes d'argent aux infirmiers et internes pour tenter d'obtenir des bribes d'informations.
Face à cette avalanche médiatique, et alors que le parking des urgences s'était transformé en plateau de télévision pour les médias étrangers, l'hôpital à fait ce qu'il a pu pour rationaliser l'événement. Alors que les fans s'interrogeaient déjà sur la capacité du "Baron Rouge" à retrouver ses facilités de sportif, le corps médical a fait valoir, dès le lendemain matin, la réalité scientifique.
Le temps médiatique face à la réalité scientifique
"Le pronostic vital est engagé, a-t-il été annoncé lors d'une conférence de presse organisée avec le directeur-adjoint du CHU Marc Penaud, le professeur Chabardes et le professeur Payen, chef du service anesthésie. La prise en charge à Moutiers correspondait à la procédure habituelle. [...] L'évolution de l'état de santé de Michael Schumacher se mesure en heures, voire en minutes."
Une chape de plomb s'est alors posée au-dessus du CHU sans, toutefois, ralentir frénésie. Angela Merkel, la chancelière allemande, s'est dit "totalement bouleversée" par cet accident et les premiers fans italiens ont passé la frontière pour venir soutenir, du mieux possible, l'ancien pilote de la Scuderia. Aux portes de l'hôpital, un filtrage digne d'un petit aéroport. Sur le parking, de nombreuses lumières artificielles projetées par les caméras en pleine nuit.
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A l'hôpital de Grenoble où Michael Schumacher a été admis, le corps médical a fait face à une marée de journalistes
Crédit: Getty Images
La machine s'est une nouvelle fois emballée, le matin du mardi 31 décembre, lorsque l'hôpital a annoncé que Michael Schumacher avait dû subir une seconde opération consistant à évacuer un hématome placé dans la partie gauche du cerveau pour réduire la pression intracrânienne. Tout ce bruit a presque fait oublier les centaines d'autres patients pris en charge, parfois pour des raisons similaires, dans ce même hôpital. Sauf pour leurs proches.
"Vous jugez cette situation exceptionnelle parce qu'il s'agit de Michael Schumacher, a alors dû insister le professeur Payen. Mais je veux dire à toutes les familles des autres patients hospitalisés dans le service qu'ils sont soignés de la même façon et avec le même engagement thérapeutique que M. Schumacher." Et Sabine Kehm, manager du champion du monde, d'ajouter : "Nous ne prévoyons pas de faire des déclarations juste pour le principe."
Mais à l'approche du 45e anniversaire de l'Allemand, le 3 janvier 2014, les alentours du centre hospitalier grenoblois ont plutôt eu tendance à se remplir qu'à se dégarnir. Les clubs de fans de la Scuderia ont même organisé le déplacement de 600 supporters pour "apporter leur soutien". Mais puisque les informations sur l'état de santé, l'attention s'est peu à peu portée vers l'enquête diligentée par les gendarmes de Bourg-Saint-Maurice et Méribel, et les images enregistrées par la caméra que portait Schumacher au moment de l'accident.
Sur internet, certaines personnes mal intentionnées en ont même profité pour répandre un virus en faisant croire aux internautes qu'ils cliquaient sur une vidéo de l'accident. Plusieurs médias allemands, eux, ont affirmé détenir des images de témoins, et assuré que la famille du pilote avait rechigné à fournir la carte mémoire de la GoPro aux autorités. "C'est complètement faux", a dû répondre Kehm dans un SMS envoyé à différentes sources.
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Des fans de Michael Schumacher autour d'un drapeau de Ferrari au CHU de Grenoble, le 31 décembre 2013
Crédit: Getty Images
L'annonce d'une conférence de presse du parquet a encore démultiplié l'agitation. Ce, malgré la volonté de Corinna, femme de Michael. "Il est important pour moi que l'on ménage les médecins et l'hôpital afin qu'ils puissent travailler en paix, réclame-t-elle dans un communiqué transmis aux médias. S'il vous plaît, laissez notre famille tranquille. Soutenez-nous dans notre combat commun. Quittez la clinique."
Le mercredi 8 janvier, le tribunal d'Albertville est envahi par une foule de journalistes venus écouter les déclarations de Patrick Quincy, procureur de la République, sur les avancées de l'enquête. "Les skis ne sont pas à l'origine de l'accident et on ne peut pas mettre de chiffre sur sa vitesse juste avant les faits, a-t-il détaillé. [...] Je n'ai pas en procédure un élément qui permet d'affirmer qu'il a secouru quelqu'un."
La thèse avancée plusieurs jours auparavant par Sabine Kehm, celle d'un "enchaînement de malchance", est peut-être finalement la bonne. Personne n'en saura beaucoup plus. Ni sur les causes ni sur les conséquences. Après dix jours de frénésie, Schumacher, dix ans de secret.
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