Formule E : "Le pit boost est un élément stratégique additionnel"

La Formule E fait l'actualité vendredi à Djeddah en mettant en place le pit boost, un dispositif offrant un gain de 10% d'énergie électrique lors d'un arrêt du stand. Pablo Martino, responsable de la Formule E à la Fédération internationale de l'automobile, nous explique les principes de cette nouveauté qui doit dynamiser encore plus les courses.

Décollage, festival de la pièce détachée, final à la Hitchcock : le résumé de la Course 1

Video credit: Eurosport

En Formule E, le "mode attaque" permet à un pilote d'utiliser un surcroît d'énergie en passant dans une zone spécifique de la piste. Le temps qu'il passe à l'écart de la trajectoire idéale lui fait perdre des positions, qu'il tente de récupérer avec l'avantage de cette puissance supplémentaire, pendant un temps limité.
Vendredi à Djeddah, le championnat du monde électrique introduit un nouvel élément stratégique, dans le même esprit : le pit boost. Le pilote effectue un pit stop pour récupérer 10% de puissance dans ses batteries. L'arrêt pour recharge est de 30 secondes, plus 4 secondes de temporisation afin d'éviter que les équipes n'investissent dans des systèmes coûteux pour réaliser des pit stops plus rapides. Le pilote garde cette puissance additionnelle jusqu'à la fin de l'épreuve. Elle lui sert là à augmenter son rythme face à des pilotes qui ne sont pas passés par les stands.
L'introduction du pit boost fait l'évènement, vendredi à Djeddah, pour la troisième manche du championnat du monde de Formule E. Il arrive après deux années d'interrogations sur sa mise en place prévue. Comment s'est passé son développement ?
Pablo Martino : La technologie déployée, qui consiste à recharger 10 % de la capacité de la batterie en seulement 30 secondes grâce à une puissance de 600 kW, est avant-gardiste, aussi le pit boost a forcément constitué un challenge technique. Nous avons commencé à travailler dessus il y a quatre ans mais nous avons d’abord concentré nos ressources de développement sur les premiers tours de roues de la monoplace GEN3. Ensuite, nous avons voulu nous assurer que la technologie était suffisamment mature avant de l’introduire en course. C'est la raison de ce décalage de deux ans.
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Pablo Martino, directeur de la Formule E à la FIA

Crédit: Getty Images

Il représente une évolution naturelle pour la Formule E selon vous ?
P. M. : Les pit stops ne sont pas nouveaux dans les sports mécaniques, ils sont partout : WEC, F1, F2… Il va apporter un nouvel élément stratégique en Formule E pour les écuries, les constructeurs. On va voir le pit boost dans les double headers, lors de l'une des deux courses du week-end. Ce week-end, c'est lors de la première, et nous avons délibérément opté pour la même distance de course le lendemain, afin de démontrer que grâce au surplus d’énergie du pit boost, la Course 1 sera plus rapide. Les équipes et les pilotes vont avoir un travail supplémentaire pour se mettre au niveau du point de vue stratégique sur cette course avec le pit boost mais c’est un nouveau défi auquel ils sont préparés.
C'était une demande unanime des équipes ?
P. M. : Oui, les manufacturiers voulaient ce pit boost pour la monoplace GEN3. Cette démonstration de recharge électrique rapide est très importante aux yeux des constructeurs pour les véhicules électriques (dans l'industrie). La Formula E est une plateforme leur permettant de développer et mettre en valeur la technologie qu’ils déploieront vendredi sur la voiture de Monsieur-tout-le-monde et c'est primordial pour la FIA de préserver cette dimension-là.
Selon quelles conditions ce passage obligatoire au stand va-t-il s'opérer ?
P.M. : La rentrée dans la voie des stands pour le pit boost sera possible dans une fenêtre précise, lorsque la charge de la batterie sera comprise entre 60 et 40% de sa capacité totale. Autour de la mi-course, donc. Mais si un pilote aura consommé plus en début de course pour se retrouver dans cette fenêtre un tour plus tôt que le reste du peloton, par exemple, il aura un avantage stratégique ; ou pas selon les circonstances. On sait que les ingénieurs ont pas mal travaillé là-dessus afin d’en tirer le meilleur parti. On aura la réponse ce vendredi.
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Sébastien Buemi (Envision) au ePrix de Sao Paulo, le 7 décembre 2024

Crédit: Getty Images

Est-ce que ce pit boost sera combiné aux "modes attaque" ?
P.M. : Ce sont deux dispositifs indépendants, séparés, mais qui vont participer à la stratégie d'ensemble et au dynamisme de la course.
Ne craignez-vous pas que la Formule E tourne trop autour de ça, des rebondissements créés, avec un facteur "chance" trop important ?
P.M. : Non, il faut voir le pit boost comme un élément additionnel, présent seulement sur six courses cette année sur un total de 16. Au contraire : cela va offrir aux plus fins stratèges, lesquels ne seront pas toujours les teams les plus performants, une opportunité de plus pour gagner des positions sur la piste.
Un pilote comme Jean-Eric Vergne a évoqué le risque de voir un pilote relégué à un tour, sur ces circuits courts, ce qui pourrait compliquer la compréhension de l'épreuve. Est-ce un réel problème selon vous ?
P.M. : Non, honnêtement pas du tout. Les moments où les pilotes seront au stand ne seront pas longs, et la Formule E a bien travaillé pour montrer sur les graphiques quels pilotes auront un avantage en termes d'énergie. Bien sûr, il y aura des changements de positions, parfois importants, mais ce ne sera pas très compliqué à comprendre. Lors des essais d’avant saison à Jarama (Espagne), on a fait un exercice en piste filmé, d'une course dans cette configuration, et les commentateurs télé ont bien expliqué l'évolution du classement.
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Oliver Rowland (Nissan) en tête du peloton lors du ePrix de Sao Paulo, le 7 décembre 2024

Crédit: Getty Images

Plus que jamais, la Formule E est une compétition où dix pilotes peuvent se retrouver en lice pour la victoire à mi-course…
P.M. : La Formule E est intéressante car la lutte pour la victoire va jusqu'au dernier tour, c'est son ADN.
La monoplace GEN3 Evo accélère de 0 à 100 km/h en 1"86 : c'est plus rapide qu'une Formule 1. C'est important pour vous d'avoir une telle référence ?
P.M. : C'est une caractéristique de la GEN3 Evo, un chiffre qui traduit son très haut niveau de performance grâce notamment au recours aux quatre roues motrices sur les départs depuis cette année, c'est sûr, mais notre but n'est pas de se comparer à la Formule 1 ou un autre championnat. Le but est de montrer que la Formule E permet aux constructeurs de faire la démonstration des technologies qu'ils développent pour leurs véhicules électriques futurs.
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