Golf - PGA Tour - Jusqu'où ira Matthieu Pavon ? "Ne rien changer à ce qu'il fait, car ça marche"
Par Glenn Ceillier
Publié 08/02/2024 à 00:12 GMT+1
Premier Français vainqueur sur le PGA Tour dans l'ère moderne suite à son succès le Farmers Insurance Open, Matthieu Pavon a encore confirmé sa forme éblouissante en prenant la 3e place du tournoi PGA de Pebble Beach. Cette progression fulgurante s'explique de diverses manières avec quelques déclics, comme nous le racontent Pascal Grizot et Jean-François Lucquin. De quoi attendre la suite avec imp
Matthieu Pavon à Pebble Beach en février 2024
Crédit: Getty Images
Il ne cesse de bluffer tout le monde. Et a même écrit l'histoire du golf français. Rien que cela. A 31 ans, Matthieu Pavon s'est fait un prénom dans le monde du sport tricolore en remportant le Farmers Insurance Open à Torrey Pines, histoire de signer un exploit inédit pour le golf français sur le circuit PGA dans l'ère moderne. Et derrière, il a enchaîné avec une excellente troisième place à Pebble Beach ce weekend. Alors forcément, des questions s'accumulent sur sa personne. Et notamment sur sa capacité à rester au plus haut niveau sur le circuit professionnel nord-américain qu'il a rejoint que cette saison.
Ce qui étonne et peut laisser quelques amateurs songeurs, c'est que l'on ne l'avait pas forcément vu venir. Le fils du footballeur Michel Pavon passé par Toulouse, Montpellier et surtout Bordeaux n'a en effet pas vraiment eu un parcours typique. "Quand Matthieu était amateur, il ne faisait pas partie des meilleurs Français. Il n’allait pas en équipe de France, il ne s’entraînait pas dans les structures fédérales, nous raconte Pascal Grizot, président de la FFGolf. Il avait un entraîneur fédéral, Benoît Ducoulombier, autorisé par la fédération à s’occuper de lui. C’est grâce à la qualité de son travail, des bons choix qu’il a faits, sa force physique, sa capacité à s’entraîner au-delà de la moyenne, qu’il a progressé."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/02/04/3879648.jpg)
Matthieu Pavon.
Crédit: Getty Images
Lucquin : "Cette victoire à Madrid a été un déclic énorme"
S'il a grandi hors du radar fédéral et qu'il reconnait ne pas avoir eu "une carrière flamboyante en amateur", Matthieu Pavon a donc dû s'accrocher loin des feux des projecteurs avant de percer. Cependant, l'ex-membre du Challenge Tour possédait déjà des arguments solides : "Il était venu en Floride il y a une dizaine d'années après son bac, et je l'avais un peu convaincu de passer pro car il avait clairement le potentiel, a glissé la semaine passée sur le site de la fédération Thomas Levet, qui le suit depuis longtemps. Il était revenu il y a trois ou quatre ans, et les gars du coin avec qui on avait joué à l'entraînement m'avaient tous dit ‘comment ça se fait que ce gars-là n'ait pas encore gagné ?’ car il avait épaté tout le monde."
Prometteur, Pavon a donc dû faire preuve de patience pour s'accomplir vraiment. Travailler consciencieusement et batailler notamment pas moins de sept ans sur le circuit européen avant d'attendre sa première victoire, qui est arrivé le 15 octobre dernier lors de l'Open d'Espagne. Un vrai tournant. "Ça m'a prouvé que j'étais capable de faire de grandes choses, ça m'a donné beaucoup de confiance", note-t-il. "Cette victoire à Madrid a été un déclic énorme. Dans l'état d'esprit et pour se rendre qu'il pouvait gagner. (…) Depuis, il est très serein. Mentalement, il est hyper lucide. C'est exceptionnel", nous explique Jean-François Lucquin ancien golfeur professionnel désormais entraîneur.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2024/01/28/3875119.jpg)
Matthieu Pavon avec le trophée du Farmers Insurance Open
Crédit: Getty Images
Depuis, le natif de Toulouse semble ainsi de plus en plus armé sur le plan psychologique. "Sur l’aspect mental, il est très fort. (A Torrey Pines), il aurait pu être rattrapé par des démons en étant en tête, il a parfaitement maîtrisé ses émotions pour à la fin gagner avec brio", reconnait Pascal Grizot. Si c'est une déterminante essentielle dans le golf, le mental ne fait cependant pas tout. Gros bosseur et amateur de musculation, Matthieu Pavon a aussi de nombreux autres atouts dans son jeu. Comme sa qualité de frappe notamment alors qu'il peut envoyer des missiles avec une régularité bluffante.
"Il a une très bonne régularité sur ses mises en jeu. Il a un jeu de fer excellent", remarque Pascal Grizot. "C'est lui qui a le meilleur grand jeu. Il est au-dessus en termes de frappe et il ne tape qu'à 60 % de ses capacités, sinon il serait loin devant", avait d'ailleurs prévenu Victor Dubuisson quand L'Equipe l'avait interrogé sur les Français du circuit en décembre dernier avant de se transformer en Nostradamus : "C'est celui qui a le jeu le plus complet pour gagner sur le PGA Tour."
Lucquin : "La vraie évolution, c'est au niveau de son putting"
Si sa force explosive brute le rend particulier, Matthieu Pavon s'est cependant aussi bonifié au putting ces derniers mois, ce qui peut expliquer sa progression fulgurante. "C'est un joueur très complet. Il possède un beau gabarit. Et il drive très fort. Il a également un effet fade de gauche à droite qu'il maitrise de mieux en mieux. Les coups de fer, il est aussi très fort. Mais la vraie évolution, c'est au niveau de son putting, confirme Jeff Lucquin, qui s'occupe désormais du prometteur Tom Vaillant en tant qu'entraîneur. C'est hallucinant les putts qu'il met depuis cinq-six mois. (…) Tout son jeu est en place mais ce qu'il a réussi à faire aux Etats-Unis au niveau du putting sous pression, c'est vraiment impressionnant."
Plus précis, plus fiable au moment de conclure, Pavon fait ainsi l'étalage de ses qualités au plus haut niveau. Premier de la FedEx Cup mais aussi 26e mondial, le golfeur du Sud-Ouest, qui possède désormais d'une exemption sur le PGA Tour jusqu’à fin 2026, va maintenant pouvoir travailler sereinement pendant quelques temps. Histoire de poursuivre sa progression et son ascension ? "Il sait quoi faire avec ses coachs. Il faut continuer à améliorer petit à petit certains compartiments de son jeu. Mais il le fait déjà au quotidien. (…) On n'est pas Top 35 mondial par hasard", note Lucquin avant de conclure : "En fait, il faut continuer et ne rien changer à ce qu'il fait au quotidien car ça marche".
Sur le même sujet
Publicité
Publicité