Jeux Olympiques de Paris 2024 | Comment Simone Biles s'est débarrassée du mal qui la rongeait

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"She's back", répètent les Américains. Après le traumatisme de Tokyo, il y a trois ans, où sa quête de nouveaux titres olympiques avait été annihilée par l'un des plus grands maux des gymnastes, Simone Biles s'est reconstruite avec patience et minutie. La voici de nouveau favorite aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Après les pertes de figure, voici comment elle a retrouvé la face.

Biles all smiles after pulling off stunning flip in vault training

Video credit: Eurosport

C'est un mal dont certains gymnastes ne se remettent jamais. Et dont on a longtemps pensé qu'il allait mettre fin à la carrière de la plus grande gymnaste de tous les temps. Il y a trois ans, dès le début des Jeux Olympiques de Tokyo, Simone Biles avait été chamboulée par un phénomène appelé "twisties" par les Anglo-saxons. Chez les athlètes, il se traduit par une perte de repères dans l'espace. Il est, en somme, une sorte de désynchronisation entre le corps et l'esprit. Et peut rendre n'importe quel figure extrêmement dangereuse à réaliser.
Cette terreur des gymnases est une manifestation psychique dont on ne connaît pas encore précisément tous les contours. On sait, en revanche, qu'il se nourrit d'un état psychologique fragile, et qu'une fois qu'il s'est installé, il devient particulièrement difficile de l'éloigner. Biles, elle, y est parvenue : l'Américaine a retrouvé le sommet de sa discipline, lors des Mondiaux d'Anvers il y a moins d'un an, et après un retour très progressif.
À son retour de Tokyo, la quadruple championne olympique s’était appliquée à "prendre soin de sa santé mentale". L'athlète née dans l'Ohio a d'abord pris ses distances avec le Champions Centre, un gymnase ultra-moderne dont ses parents sont propriétaires et où elle s'entraînait aux côtés de nombreuses autres gymnastes d'élite. Son seul véritable lien avec sa discipline fut le Gold Over America Tour, une tournée "spectacle", prévue avant les JO et organisée à l'automne suivant, dont elle était la pierre angulaire.

Tout sauf la gym

Biles était parvenue à faire le "show", avec des figures de routine élémentaires pour elle et plaisantes pour les spectateurs. Mais elle avait mis de côté les vrilles et les autres acrobaties devenues trop dangereuses à ses yeux. En mars dernier, lors d'un podcast enregistré avec la NBC, l'athlète de 27 ans a même révélé qu'il lui était devenu impossible de les voir devant un écran de télévision : "Je me disais : 'Oh mon dieu, je vais vomir, je ne peux pas."
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De Jesus Dos Santos : "Simone Biles est comme une grande sœur, on est connectées"

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Finalement, sa meilleure décision aura été de profiter d'une vie presque "normale", dont elle s'était tant privée pour construire sa carrière sportive. Elle a fait construire sa maison au Texas, avec son compagnon Jonathan Owens, joueur de NFL qu'elle a régulièrement accompagné au stade. Elle s'est fiancée en février 2022 et a peu à peu repris le chemin du Champions Centre, où ses entraîneurs Laurent et Cécile Landi l'ont toujours guidée, sans jamais la brusquer. Au départ, l'enjeu pour elle était simplement de retrouver sa forme physique et le plaisir de la gym.
Biles a timidement monté le curseur lors de la rentrée 2022, rendant ses entraînements moins parcimonieux, à hauteur de deux par semaine. Les vrilles, encore trop angoissantes, ont longtemps été écartées des exercices, au même titre que les barres asymétriques, l'agrès avec lequel il a été le plus difficile de renouer. La reine de la gymnastique a réellement acté son envie de retrouver le plus haut niveau au début de l'année 2023. Elle a alors sérieusement intensifié ses entraînements, après s'être entourée d'un thérapeute qui l'a accompagnée lors de séances hebdomadaires. Et son mariage, au printemps 2023, a marqué une césure.
Maintenant, je me dis : 'je m'en fiche'
Biles a en effet enchaîné le prestigieux U.S. Classic, puis les championnats nationaux, et les Mondiaux, avec beaucoup de succès, et grâce à un changement de paradigme. La gym n'est plus sa vie. Elle ne serait presque plus qu'un loisir. "La façon dont je laisse les choses m'affecter a changé, expliquait-elle à Anvers. Avant, à chaque fois que je disputais une compétition, je ne dirais pas qu'il n'y avait que les médailles, le score et ce genre de choses mais... je m'inquiétais un peu plus à l'idée de finir sur le podium. Maintenant, je me dis : 'je m'en fiche'."
Complètement libérée de la pression médiatique - elle a d'ores et déjà prévenu qu'elle n'accorderait pas d'interview à Paris - et du perpétuel jugement des réseaux sociaux - avec lesquels elle a également pris ses distances - la gymnaste la plus médaillée de l'histoire a trouvé une forme de maîtrise autour de son art. Désormais, ni l'importante chaîne NBC, qui en avait fait l'une de ses figures de proue à Tokyo, ni les puissants sponsors (elle a coupé les ponts avec Nike), ni même la Fédération n’exercent une quelconque influence sur elle. Plus rien ne lui est imposé. Encore moins dans son programme.
"Je pense que pour elle, le simple fait de savoir qu'elle a la possibilité de choisir, ça aide", a confié à l'AFP Chellsie Memmel, directrice technique de l'équipe féminine américaine en début de semaine. Biles fait maintenant ce qu'elle veut. Et c'est précisément pour ça qu'elle est de nouveau capable d’exécuter ce que ses rivales rêveraient de pouvoir réaliser.

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