Elle devait tout rafler et éclabousser Tokyo de sa grâce. Mais Simone Biles souffre à Tokyo. Son corps et sa tête ne sont plus sur la même onde. L'Américaine aux quatre médailles d'or est perdue et sa participation à la suite des évènements est largement compromise. En plus de ses tourments psychologiques, la superstar américaine a invoqué ce que les gymnastes appellent la "perte de figure" pour expliquer son retrait en plein concours par équipes. Mais quel est ce mal qui ronge l'Américaine comme tant d'autres gymnastes avant elle ? Qu'est-ce que sont les "twisties" (littéralement tortillons), comme disent les Américains ? Comment expliquer ces black-outs plus fréquents qu'on ne le croit ?

Biles : "Je donne la priorité à ma santé mentale"

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Quand Biles parle de ses "démons", de sa "santé mentale", elle vise précisément ce syndrome. Mardi, dans le concours par équipes, Biles lance un saut dit "Amanar", un saut très difficile avec deux vrilles et demie. Sauf qu'une vrille disparaît au passage. "Je n'ai pas compris ce qui s'est passé, je ne savais pas où j'étais en l'air", a-t-elle décrit lors de sa conférence de presse. Ses coéquipières l'interrompent : "On a eu une petite attaque cardiaque en voyant ce qui arrivait !"

Blocage mental ou court-circuit

Bile a perdu les commandes de son propre corps qui a soudainement déconnecté. Le phénomène, qu'on peut assimiler à une sorte de blocage mental ou un court-circuit, est connu chez les gymnastes, il peut aussi toucher les golfeurs. La grande différence, c'est que si, en golf, il peut coûter un put raté ou une victoire, en gym, les conséquences peuvent être bien plus dramatiques. Surtout lorsque, comme Biles, les limites sont repoussées à l'extrême.
En perdant leurs repères dans l'espace, les gymnastes réduisent ou ajoutent des mouvements en l'air et se retrouvent soudainement incapables d'atterrir en toute sécurité. Il n'est alors plus question de notes ou de podium envolé, mais de l'intégrité physique des gymnastes. "Je n’avais aucune idée d’où j’étais dans les airs, j’aurais pu me blesser", a simplement constaté Biles au terme de son saut raté mardi.

Cata pour Biles qui rate sa réception au saut de cheval : son passage en vidéo

Comme un accident vasculaire sans gravité
L'Américaine Melissa Anne Marlowe, qui a notamment participé aux Jeux de Séoul en 1988, a parfaitement expliqué le phénomène sur ses réseaux sociaux : "C'est un blocage mental. C'est comme un accident vasculaire sans gravité, explique-t-elle (…). Vous sentez comment faire la chose dans votre cerveau mais vous ne pouvez pas faire réagir votre corps. Vous pouvez aller dans la mauvaise direction, vous perdre au décollage et vous finissez par complètement sortir de la figure pour ne pas chuter."
La gymnaste suisse Giulia Steingruber, spécialiste du saut, qui concourt en finale du concours général jeudi à Tokyo, a raconté aussi qu'elle a connu "un blocage mental" similaire en 2014. "J'avais vraiment peur" et "je n'arrivais pas à m'en sortir", raconte-t-elle dans un documentaire. "Elle a dû tout réapprendre petit à petit", poursuit son entraîneur.
Ca peut prendre des mois à réparer, ou ne jamais revenir
Aucune explication scientifique ou médicale n'a encore éclairé cet étrange black-out. Le stress et la pression peuvent le déclencher mais difficile d'avoir des certitudes sur un phénomène essentiellement psychologique. "Pour moi, c'est ce que Simone Biles vit et c'est décuplé par la pression", explique à l'AFP Yann Cucherat, ancien gymnaste confronté déjà au twisties pour ses sorties aux barres parallèles. "Cela vient nous pourrir le cerveau et on a peur de faire notre acrobatie."

Simone Biles

Crédit: Getty Images

L'attente était énorme autour de Biles alors que tout le monde attendait sa nouvelle acrobatie, un double salto arrière carpé, testé à l'entraînement, et qu'elle devait inaugurer à Tokyo. Peut-elle s'en sortir avant la fin des JO et vaincre ses "démons" qui lui polluent l'esprit ? Quand elle a eu déjà des "twisties" dans le passé, Biles a déclaré qu'il lui avait fallu "2 semaines ou plus" pour récupérer.
"Cela m'est arrivé deux fois quand j'avais 12 et 20 ans. Vous ne pouvez pas réparer ça rapidement, ça peut prendre des mois ou ne jamais revenir", prévient Melissa Anne Marlowe sur son compte Twitter. Aucun remède médical précis n'existe pour les twisties. Les JO de Biles ne sont pas encore officiellement terminés mais on voit mal comment l'Américaine pourrait se relever dans les jours qui viennent.
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