Les 7 raisons pour lesquelles les Bleus sont encore loin d’une cinquième étoile

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La France entamera vendredi contre la République tchèque la reconquête du titre mondial abandonné en 2013, un soir de défaite en quarts de finale face à la Croatie. Redevenus champions d’Europe l’année dernière, les Bleus retrouvent un statut de favoris dont ils avaient presque perdu l’habitude. Mais le chemin vers une cinquième couronne mondiale s’annonce semé d’embûches.

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Un premier tour pas si facile

Les Bleus n’ont pas été si gâtés que ça par le sort. Au moment du tirage de la phase finale du Mondial 2015, les avis étaient pourtant unanimes : la France avait été bien servie. Dans le groupe C, elle figurait avec la Suède, l’Algérie, la République tchèque, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis. Sauf que ces derniers ont renoncé à leur participation début novembre. En raison de "considérations techniques" et d’une "préparation insuffisante" d’après la version officielle. L’argument politique aurait également pesé de tout son poids dans ce retrait de dernière minute, les Emirats étant actuellement en bisbille avec le Qatar au niveau diplomatique.
Toujours est-il que ce concours de circonstances a repêché l’Islande. Prioritaire en cas de désistement, elle aurait dû remplacer dans un premier temps l’Australie, exclue dans la controverse au motif que la Confédération d’Océanie n’est plus officiellement reconnue par la Fédération internationale de handball. Mais l’instance avait alors préféré convier l’Allemagne, déclenchant la colère des partenaires de Robert Gunnarsson et d’Arnor Atlason. Ils ont finalement décroché leur place suite au forfait des E.A.U. Avec le cinquième du dernier Euro (Islande), le finaliste des JO 2012 (Suède), le champion d’Afrique en titre (Algérie) et une nation en progrès constants (République tchèque), ce groupe C affiche désormais une densité d’un tout autre niveau. En affrontant les Tchèques et l’Egypte sur leurs deux premiers matches, les hommes de Claude Onesta seront rapidement sous pression. Parce que le moindre faux pas pourrait déjà compromettre la suite de leur parcours.

Un huitième explosif en prévision

Surtout que le huitième de finale des Français pourrait être le piège parfait. Les Bleus croiseront avec le "groupe de la mort", où s’écharperont le Danemark (vice-champion du monde et d’Europe), la Pologne (troisième du Mondial 2009), la Russie (sept titres planétaires), l’Allemagne (championne du monde 2007) et l’Argentine (championne des Amériques). A des degrés diverses, bien évidemment, aucun de ces adversaires potentiels ne ressemblera à un cadeau. Si le Danemark ou la Pologne seraient forcément menaçants, la perspective de retrouvailles plausibles avec les Allemands est tout sauf réjouissante, même s’ils apparaissent à des années-lumière de leur meilleur niveau. D’autant que le match à élimination directe rend l’exercice encore plus périlleux.

Un format plus aléatoire

Quand la Fédération internationale a fait sa révolution, elle n’a pas fait que des heureux. Exit la deuxième phase de poules faisant émerger des demi-finalistes au bout de huit rencontres disputées par chacune des nations engagées. En optant pour un format calqué sur la Coupe du monde de football, avec une première phase et des huitièmes de finale, l’IHF a injecté une bonne dose d’adrénaline à son Mondial. Dans l’intensité, rien ne vaut les matches à élimination directe, ceux qui ont le pouvoir de faire tomber le favori passé à côté de son sujet dans un jour sans. Un format qui donne de l’espoir aux outsiders et des sueurs froides aux gros poissons. En 2013, année du changement, les Bleus avaient évité difficilement le gadin en huitièmes face à l’Islande (30-28), avant d’être balayés par la Croatie en quarts (23-30). Une leçon à retenir, même s’ils pourront s’appuyer sur le souvenir lointain de 2001, où les Français avaient été sacrés à domicile dans le même format, pour aborder la compétition avec optimisme.

L’absence d’Abalo

Il avait participé à toutes les campagnes, les conquêtes comme les échecs, depuis l’Euro 2006. Luc Abalo ne sera pas de la partie cette fois-ci. Gêné par des adducteurs qui sifflent depuis deux mois, l’ailier droit du PSG (30 ans), troisième meilleur buteur français lors du dernier Euro et élu dans l’équipe-type du tournoi, a dû renoncer lundi au Mondial. Avec ses 188 sélections et 617 buts au compteur, Abalo laisse un trou béant dans l’effectif, tant les solutions de rechange ne sont pas légion à un poste où l’ancien d’Ivry prenait quasiment toute la place depuis une décennie.
Guillaume Joli est le seul ailier droit de métier à figurer dans le groupe de dix-sept joueurs retenus par Claude Onesta pour le championnat du monde qatari. Par la force des choses, Valentin Porte renouera avec ses premières amours et retrouvera cette aile où il a été formé. Michaël Guigou pourrait aussi déserter son côté gauche pour faire des piges à droite, comme cela lui est déjà arrivé par le passé. Bref, les Français devront bricoler en l’absence d’un joueur-clé de leur système offensif. Sans lequel ils vont devoir apprendre à faire pendant deux semaines.

Le doute Narcisse

Au-delà du cas Abalo, déjà tranché, reste celui de Daniel Narcisse. En délicatesse avec un mollet, le demi-centre parisien (35 ans) n’a pas participé à la moindre minute des trois matches de préparation, mais sera du voyage dans le Moyen-Orient. Ce qui a encouragé Onesta à prendre ses précautions. "Cela nous impose un peu de prudence, a expliqué le sélectionneur français, après le succès des Bleus face à l’Autriche en amical lundi à Créteil (30-28). L'opportunité d'utiliser Kentin (Mahé) devenait une évidence de par sa polyvalence, sa capacité à être performant au poste d'ailier, et à être le relais dans un registre très différent de Nikola Karabatic au poste de demi-centre." Mahé a rendu des copies convaincantes lors des matches de préparation. Mais à 23 ans et avec moins du dixième de l’expérience internationale de Narcisse (23 sélections contre 264 pour le Réunionnais), il n’en reste pas moins un néophyte à ce niveau. Il n'offre clairement pas les mêmes garanties sur la longueur d’un tournoi. Autant dire que l’état de santé de Narcisse, l'un des rescapés du Mondial 2001, sera scruté de près dans les prochains jours.

Un départ majeur à négocier

C’est passé quasiment inaperçu au mois de septembre, mais les répercussions de ce bouleversement dans le staff de l’équipe de France pourraient se faire sentir jusqu’au Qatar. En charge du suivi du renouvellement de l’élite du handball masculin français auprès de la Fédération nationale, Sylvain Nouet a abandonné son rôle d’adjoint d’Onesta pour mieux se consacrer à cette tâche. Un départ compensé par Didier Dinart, qui monte en grade dans l’encadrement technique. Nouet était arrivé dans les valises d’Onesta en 2001 et, depuis, le binôme avait fait ses preuves. L’un était en charge de la tactique et était souvent le plus en avant sur les temps morts décisifs en fin de rencontre. L’autre était le garant de l’esprit de groupe et embrassait un rôle plus général de manager. Avec Dinart, le staff s’inscrit dans une certaine continuité. Mais un temps d’adaptation pourrait s'avérer nécessaire. Il conviendra de le négocier au mieux pour éviter de la friture sur la ligne.

La pancarte dans le dos

"Le seul point négatif, c’est qu’à partir de demain, vous allez encore nous dire qu’on est obligé de gagner toutes les compétitions auxquelles on participe". Claude Onesta en souriait à moitié dès le lendamain du triomphe des Bleus au championnat d’Europe en 2014. Celui-ci leur a redonné l’étiquette de favori, dont il s’était débarrassé malgré eux après un Euro 2012 catastrophique (élimination au deuxième tour) et un Mondial 2013 décevant (sixième place finale). Après avoir avancé dans l’ombre jusqu’à un troisième titre européen l’hiver dernier, les Français seront de nouveau en pleine lumière au Qatar. Un statut qu’ils devront réapprendre à gérer dans leur quête d’une cinquième couronne mondiale dans leur histoire. "Vous savez, les objectifs pour nous, ils sont faciles à établir (...) puisqu'on considère que quand l'équipe de France de handball s'en va sur une compétition, elle y va fatalement pour gagner et que tout autre résultat sera vécu comme un échec", a reconnu Onesta au début de la préparation, lors du stage à Pornic.
Ça n’a pas empêché le sélectionneur, grand spécialiste du poker menteur, d’y aller encore au bluff. Pour lui, l’objectif principal, c’est bien le Top 7, afin de ne pas compromettre la qualification pour les Jeux Olympiques 2016. "Ne pas obtenir une de ces places-là voudrait dire réduire de beaucoup les chances de participation, parce que la seule opportunité pour rattraper le wagon serait d'obtenir l'une des deux dernières places lors du prochain championnat d'Europe en Pologne, dans un an". Redevenue l’équipe à battre dans le microcosme du handball mondial, la France devra montrer qu’elle sait toujours répondre présent dans une telle situation. Tant ils avaient fini par être usés de ce statut au temps de leur splendeur, ce n’est certainement la plus simple de leurs missions au Mondial. Mais ce sera là son vrai test au Qatar.
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