OLIVIER GIRAULT, est-ce que vous vous attendiez à une telle réussite ?
O.G. : Je m'attendais à avoir une médaille, mais de là à ce qu'elle soit en or, non. On s'était beaucoup préparés, on avait beaucoup travaillé pour que cette équipe soit opérationnelle. On était vraiment partis pour avoir une médaille. Et comme je l'avais annoncé en début de tournoi, si on n'en avait pas eue, cela aurait été une grosse déception.
Est-ce que le revers face à l'Espagne au premier tour de la compétition, et même de l'année, vous a fait remettre en question ?
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06/02/2006 À 14:05
O.G : Ah mais complètement. On ne s'attendait pas à prendre une claque pareille car il faut se souvenir que, même si on termine à trois buts à ce match-là, à un moment ces Espagnols nous menaient de onze buts. Je crois que cela n'était jamais arrivé à une équipe de France d'être menée avec un tel écart. Malgré notre retour à trois buts et le fait que l'on se soit créé des occasions pour égaliser et repartir avec un match nul, je peux vous dire que, pour nous, c'est resté comme une humiliation. Parce que cela ne nous était jamais arrivé avant, donc cela nous a forcé à redescendre sur terre. Alors, c'est un fait, toutes les équipes de France ont connu des bas dans les différentes compétitions. Donc on allait voir le lendemain face à l'Allemagne si notre équipe était véritablement forte psychologiquement, aussi forte que ces prédécesseurs, qui ont toujours eu l'âme pour se relever après une telle épreuve. Et ma plus grande peur était que nous n'en soyons pas capables. Et pourtant...
Votre rôle de capitaine et votre expérience du titre mondial gagné en 2001 vous a-t-il aidé à relever les têtes ?
O.G : Eh bien, en tant que capitaine, j'ai pris sur moi. J'avais de la peine pour mes coéquipiers qui sont des gros bosseurs et qui ne méritaient pas de se prendre une telle raclée. Après ce match, on s'est regardés dans les yeux, personne ne s'est reproché quoi que ce soit, ce qui a été très important pour mieux rebondir. C'est assez exceptionnel car c'est facile d'être soudés dans la victoire, mais c'est dans la défaite que l'on voit si l'équipe a des valeurs collectives. Et y'a eu de grosses valeurs collectives et humaines au soir de la défaite. Et on s'est parlé franchement pour pouvoir rebondir positivement. Et le lendemain face à l'Allemagne, c'est une toute autre équipe de France qui s'est présentée.
Vous comparez les différentes équipes de France, aussi, selon vous, quel est le petit grain en plus qui a fait devenir championne d'Europe l'équipe de Claude Onesta, plutôt que celle de Daniel Costantini quelques années auparavant ?
O.G : Il n'y a pas beaucoup de différence entre 2001 et 2006. Il y a beaucoup de secteurs de jeu qui se sont développés dans pas mal d'équipes européennes. Des équipes qui, derrière de grosses défenses, montaient le ballon très rapidement et avaient un jeu de transition que nous, nous n'avions pas. Ce petit facteur de jeu nous mettait en retard par rapport à beaucoup d'équipes européennes. On a donc travaillé sur ce facteur de jeu, qui était la montée de balle rapide. Et on savait qu'en y arrivant, on allait devenir plus « propre ». Avant, nous nous basions trop sur les qualités individuelles et sur une grosse défense. Souvent le jeu en pâtissait et les matches se jouaient au couteau... Aujourd'hui, le jeu est plus basé sur le collectif, le jeu de transition, et cela nous permet de marquer plus de buts et surtout de gagner les matches plus « facilement », en arrivant plus frais sur la fin de la compétition. Car le championnat d'Europe, c'est huit matches en dix jours. Et on ne rencontre ni le Canada, ni l'Angola comme en championnat du monde. Il y a donc moins de matches faciles à aborder pour souffler. Aujourd'hui, nous sommes mieux préparés pour faire face à ça. Et les autres équipes n'ont plus cette avance sur nous.
Est-ce qu'on peut appeler cet effet la "méthode Onesta" ?
O.G : Oui on peut. Il a longtemps rêvé de ce jeu et cela n'a pas été facile de l'imposer. Car c'était difficile d'arriver dans une équipe championne du monde et de tout remettre en question. Il nous a dit : « Voilà, vous êtes une belle équipe, mais vous n'êtes pas au niveau où vous devriez être pour être la meilleure du monde. » C'était très gonflé de sa part de sortir ça à des mecs qui venaient de fêter leur titre mondial... L'ego a été sérieusement touché et, malgré le fait que nous soyons intelligents et censés, l'équipe est restée très hermétique à ce discours. Donc il a fallu qu'il impose ses idées. Il a toujours dit qu'il mourrait avec plutôt que de les laisser de côté... et je peux vous dire qu'il a failli mourir plusieurs fois. Aujourd'hui, c'est une grande récompense pour lui, mais au championnat du monde tunisien, il a failli prendre des vacances plus tôt que prévu, tout comme après la défaite face à l'Espagne... Mais au final, ses idées et son travail ont porté leurs fruits et je suis heureux pour lui car il a voulu apporter ça à la France et que maintenant, tous les joueurs sont conscients de ça.
Et vous, en tant que capitaine, quel a été votre discours par rapport à lui et vos coéquipiers ?
O.G : Avec Claude, on discute beaucoup. Mais bizarrement, on discutait plus lorsqu'il avait des doutes, mais beaucoup moins qu'avant, tant il était sûr que ses idées étaient acceptées et que les joueurs avaient beaucoup travaillé dans ce sens. Donc j'ai plus été bavard avec les autres...
Alors en tant qu'interlocuteur privilégié, quel a été votre discours lors de la mi-temps de la finale de championnat d'Europe face à l'Espagne que vous meniez sans problème ?
O.G : Avant on faisait de grands discours. Mais après l'Espagne, on s'est rendus compte que les mots ne suffisaient pas et que surtout cela ne servait à rien de faire de grands discours. Il était plus important de se regarder dans les yeux que de s'exciter. Mon discours a été justement de dire qu'il n'y en aurait pas. C'est beaucoup décontractant et cela enlève beaucoup de pression inutile. Du coup, tout le monde était détendu. Chacun savait ce qu'il avait à faire et ce n'était pas la peine d'en rajouter. Un néophyte serait rentré dans les vestiaires à ce moment-là, il aurait pensé que l'équipe de France allait jouer un match amical...
Vous avez obtenu votre première sélection face à l'Espagne en juin 1997, vous êtes même passé par Irun par votre passé en club, vous avez fait un joli pied de nez aux Ibériques que vous connaissez bien et avec qui la France tient une relation très cordiale ?
O.G : Je peux même vous dire que les dirigeants d'Irun étaient là. Ils sont venus me saluer... ce sont des gens vraiment très charmants. Et c'est vrai que, en général, les Espagnols sont des gens exceptionnels. Nos adversaires, avec qui nous avons toujours de très bons rapports, ont été les premiers à venir nous féliciter. Donc c'était un match très dur avec beaucoup de respect. Avant et après.
Maintenant il s'agit pour vous de reprendre le championnat de France avec le Paris Handball. Quels sont vos objectifs cette saison ?
O.G : J'y suis déjà! c'est une gymnastique assez spécial de passer d'un championnat d'Europe à un championnat de France. Mais je m'y remets simplement. Je suis très heureux de retrouver mes coéquipiers et content de revivre le championnat de France avec eux. Et même si le titre semble quasiment joué... à moins que la grippe aviaire ne contamine les trois quarts de l'équipe, je pense que ce sera difficile d'aller chercher Montpellier maintenant.
En espérant qu'elle vous épargne aussi, l'équipe de France pourra compter sur vous l'année prochaine pour le championnat du monde en Allemagne ?
O.G : Bien sûr ! Si je suis dans l'état de forme actuel... J'ai toujours dit que le physique importait le plus, surtout à partir d'un certain âge. Donc je ne pourrais pas accepter une sélection en équipe de France si je savais que je ne suis pas à 100% de mes capacités. Aujourd'hui j'y suis et il n'y a pas de raison que je n'y sois pas en 2007. Et après on verra au coup par coup.
J'ai lu, par le biais du site de la Fédération Française, que ce qui vous plaisait le plus dans le handball était la chaleur des salles, est-ce que vous tenez toujours le même discours maintenant ?
O.G : Evidemment, c'est toujours très chaud dans les salles de handball !
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